Concilier méthanisation et autonomie s’avère difficile

Pascal Le Douarin - Réussir Aviculture Octobre 2012

Concilier méthanisation  et autonomie s’avère difficile

Utilisant des effluents avicoles et bovins dans son méthaniseur, la Scea du Bois Brillant s’approvisionne à l’extérieur pour optimiser la production de biogaz.

Pour en savoir plus

Concilier méthanisation  et autonomie s’avère difficile

Voir dossier de Réussir Aviculture d'octobre 2012. R. Aviculture n°180, p.14 à 23.

Depuis fin 2010, la Scea du Bois brillant exploite à Saint-Sigismond (Maine-et-Loire) une unité de méthanisation de taille modeste, avec production d’électricité et de chaleur par cogénération. « Le moteur ne fait que 104 kWe de puissance électrique » souligne Thierry Lore. L’exploitation détient 1780 m2 de canardiers (85 000 canards élevés par an), un atelier de 400 veaux de boucherie et soixante-dix vaches laitières Brunes. Elle génère 4500 tonnes de lisier (bovins et canards) et 250 tonnes de fumiers.

Un démarrage laborieux de la production de biogaz

La réflexion sur le projet a démarré en 2005. À l’époque, à la volonté de produire de l’énergie renouvelable s’ajoutait la motivation agronomique, avec l’intention de produire un digestat liquide inodore. Ce fertilisant à environ 5 % de matière sèche est stocké dans une lagune de 5 000 m3. Il peut être épandu quand la plante en a besoin et sans brûler les cultures, au contraire du lisier de canards.
Initialement, la production annuelle prévue par les concepteurs allemands (Weltec-Biopower) était de 830 MWh électriques et 850 MWh thermiques à partir de 335 000 m3 de biogaz formé. L’éleveur voulait être autonome à 100 %. Il jugeait dangereux de dépendre de déchets extérieurs non maîtrisés. Son apport lisier-fumier serait complété par 1350 tonnes de cultures intermédiaires à vocation énergétique, en l’occurrence 20 hectares d’ensilage de méteil cultivé en dérobé avant maïs. Confrontée à la réalité, la Scea a changé son fusil d’épaule. « Avec notre mélange, on n’a pas réussi à monter suffisamment haut la production de biogaz, analyse Thierry Lore. Le mélange fumier-lisier est peu méthanogène. Nous avons dû recourir à l’ensilage de maïs pour booster la production de gaz, mais utiliser du maïs n’est pas notre finalité. » Les associés incorporent désormais des graisses végétales et des déchets de céréales extérieurs. « Le contexte a changé. Maintenant les apporteurs nous sollicitent. On a trois fois plus d’offres que notre besoin, souligne l’éleveur qui ajoute : « En fait, au lieu de 17 tonnes par jour, j’ai besoin de vingt tonnes pour tourner à plein régime. »
 

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De nombreuses incertitudes à éclaircir avant

Avec le recul, Thierry Lore liste trois questions à se poser avant d’envisager une unité de méthanisation : « Quel sera le devenir du digestat obtenu ; comment la chaleur produite sera-t-elle valorisée sur place ; aura-t-on assez de produits disponibles pour faire fonctionner le digesteur ? » D’autres incertitudes ont jalonné le montage du projet. D’abord le choix d’un installateur compétent et proche. Ensuite les aides : « C’est la galère pour les avoir. De plus, on ne sait pas combien on va toucher, ce qui a compliqué le business plan. »
Thierry Lore n’a pas choisi la méthanisation comme moyen de résorption, au contraire. L’incorporation d’autres matières organiques a augmenté son besoin d’épandage. Quatre-vingt-sept hectares de l’exploitation sont équipés d’un réseau d’irrigation servant de distributeur de digestat. Néanmoins, l’éleveur envisage d’aller plus loin en faisant de la séparation de phase du digestat, complétée par le compostage de la partie solide, concentrée en fertilisants.

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