Dans la foulée du soja : L'aviculture brésilienne met le cap au Centre-Ouest

Camille Coulon

Après avoir saturé ses bassins historiques du Sud, l'aviculture brésilienne poursuit son expansion vers le Centre-Ouest, dans le sillon des grandes cultures.

Pendant une cinquantaine d'années, la production avicole brésilienne était restée concentrée au sud du pays. Là où la population est la plus dense et où les émigrants italiens ou allemands (japonais dans l'État de Sao Paulo) avaient une tradition d'éleveurs de petits animaux. En 2009, les trois États du Sud (Paraná, Santa Catarina et Rio Grande do Sul), qui couvrent seulement 7 % du territoire national, ont fourni 54 % des onze millions de tonnes produites. L'aviculture s'est développée dans des exploitations familiales de taille modeste et sous une forme intégrée par l'aval. Aujourd'hui, la forte concentration des élevages pose des problèmes environnementaux qui obligent les éleveurs à adopter des pratiques propres. Et les besoins croissants en viande et en matières premières (soja, maïs) poussent les entreprises à chercher de nouveaux territoires de développement.

Module de quatre poulaillers à ventilation dynamique au Mato Grosso. Une nouvelle génération de poulaillers automatisés pour produire sur des sites plus concentrés et en climat plus hostile.(Embrapa)

Module de quatre poulaillers à ventilation dynamique au Mato Grosso. Une nouvelle génération de poulaillers automatisés pour produire sur des sites plus concentrés et en climat plus hostile.(Embrapa)

Après le soja, le boom du poulet

Comme d'autres productions avant elle, l'aviculture s'adapte et se déplace. À partir de 1970, le Brésil a planté du soja dans la région Centre-Ouest (District fédéral, Goias, Mato Grosso, Mato Grosso do sul), grâce à la mise en culture de terres couvertes de savane au sol acide, les « cerrados ». Une fois le soja et le maïs installés, ce fut au tour de l'aviculture de s'implanter dans les années 90, à l'initiative de l'agro-industrie. Transporter une tonne de soja ou de maïs du Centre Ouest vers les États du Sud coûte plus cher que transporter une tonne de viande de poulet du Centre Ouest vers les ports. Cette région couvre 1,6 million de km2 et compte 8 habitants au km2. En 2009, le Centre Ouest a fourni 1,35 million de tonnes de poulets (13,6 % de la production nationale). De janvier à juillet 2010, le Mato Grosso (900 000 km2, 2,8 millions d'habitants) a exporté 100 000 tonnes de volaille, contre 115 000 tonnes de viande bovine, en hausse de 45 % sur 2009. Il représente 5 % des exportations avicoles brésiliennes (15 % en bovin).

Un nouveau modèle intégré

Le nouveau schéma avicole table sur une filière économiquement « idéale » avec des maillons de grande taille et proches : élevages multiplicateurs, couvoirs, usines d'aliment, sites d'élevages, abattoirs. Officiellement, ce schéma de production n'est pas appelé à remplacer le modèle d'exploitation familiale qui est la norme au sud, mais à le compléter. L'éloignement des zones urbaines et les ristournes fiscales offertes par des élus locaux encouragent cette expansion. Les investisseurs agricoles, pas toujours exploitants agricoles, font édifier des sites souvent constitués de quatre bâtiments ressemblant à ceux d'Europe. L'investissement est d'environ 500 000 € (compter 100 000 € pour un bâtiment de 12x100 m tout équipé) bien supérieur au modèle manuel du Sud. En effet, le Centre-Ouest n'a pas que des avantages. C'est une région chaude où les coups de chaleur peuvent être fatals. À 45°C, voire 50°C, les bâtiments mêmes équipés de ventilateurs et de brumisation peinent à réguler la température.

Source Réussir Aviculture Décembre 2010

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