Dans le Gers, le poulet et les arbres font bon ménage

Xavier Cresp - Réussir Aviculture Octobre 2012

Dans le Gers, le poulet et les arbres  font bon ménage
Composées de nombreuses espèces (noyer, merisier, alisier, cormier, poirier, frêne, érable champêtre, chêne sessile, figuier), les haies en peigne plantées en 1996 masquent presque totalement les poulaillers label rouge. © X. Cresp

Vincent Blagny a contracté le virus de la plantation depuis 1996. Après avoir abondamment planté ses parcours label rouge, il a décidé de faire pousser des arbres dans ses cultures.

En savoir plus sur l'agroforesterie

Dans le Gers, le poulet et les arbres  font bon ménage
A. Canet, directeur d’Arbre et Paysage 32, président de l’Association française d’agroforesterie (Afaf). © X. Cresp

. L’agroforesterie consiste à associer sur le même espace l’arbre et les pratiques agricoles. Elle vise à copier l’écosystème des forêts, afin d’associer de façon constante — et non opposer — production et protection. Elle se différencie de la foresterie classique par de moindres densités de peuplement. À l’heure où l’on cherche des solutions pour produire plus, tout en préservant les ressources naturelles, l’agroforesterie a des atouts : réduction du recours aux intrants ; diversification agricole avec la production de bois d’énergie ou d’œuvre ; protection climatique et biologique des sols et des cultures ; préservation de la biodiversité ; entretien et création de paysages.

. Environ 17,50 euros par arbre planté
D’après Émilie Bourgade, une technicienne d’Arbre et Paysage 32, il faut compter 7 euros de fournitures (environ 2 euros de plant), 5,20 euros de travaux et 5,30 euros pour la gestion sur trois ans. « Pour les parcours de volailles (pintades en particulier), il est recommandé de renforcer la protection (grillage individuel avec trois à quatre piquets), ce qui alourdit le coût de 6 à 7 euros », ajoute la technicienne. Les financeurs se basent sur un montant de 12,25 euros, considérant que les travaux sont pris en charge par l’agriculteur.

. Plus d'infos sur le web

Pour découvrir ou mieux connaître l’agroforesterie, vous pouvez consulter les sites www.agroforesterie.fr  et  www.arbre-et-paysage32.com . Voir aussi l’interview d’Alain Canet sur le site Réussir Aviculture : www.reussir-aviculture.com

Ferme céréalière de 110 hectares de SAU située à Leboulin dans le Gers, l’exploitation de Vincent Blagny comporte une unité de production de poulets label rouge du Gers depuis 1995. Elle comprend deux poulaillers de 400 m2 construits en 1996 et deux autres datant de 1998. Lorsqu’ils se sont installés, Sylvie et Vincent souhaitaient développer une production qui apporte du revenu sans trop de surcroît de travail et sans bouleverser l’existant. Il importait également de ne pas dévaloriser l’environnement, corps de ferme et paysage, par des constructions disparates. Concernant la mise en place des parcours, Vincent Blagny souhaitait intégrer au mieux ses poulaillers dans l’environnement. Pierre Buffo, le directeur du groupement de producteurs Avigers, menait une démarche dans ce sens. À l’époque, Avigers préconisait déjà plus de plantations que celles qui ont été imposées en 2010 dans le cahier des charges label rouge (20 plants par parcours). À leur création, les parcours ont bénéficié des arbres et des arbustes existants. Ils ont été renforcés par la mise en place d’un kilomètre de haies et d’une cinquantaine de plants par parcours, avec de nouvelles essences (cormier, alisier, poirier franc, merisier, noyer).

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Vincent Blagny a fait le choix de pratiquer une forme d’agriculture conciliant modernité et tradition. © X. Cresp

Ne pas perdre son temps avec un espace vide

Les effets du parcours largement arboré se sont vite fait ressentir. Le bien-être animal est incontestable, Vincent Blagny a toujours observé de meilleurs indices de consommation et une croissance plus élevée par rapport à d’autres élevages en parcours traditionnels, peu arborés. De plus, l’absorption des fientes par les plantations élimine le risque de surfertilisation organique des parcours.
Si une telle démarche ne semble pas encore systématique, les arguments de Vincent sont convaincants. Son postulat de base est le suivant : « on perd son temps à entretenir un parcours vide de volailles, et c’est une surface qui ne produit pas ! ». À la performance d’élevage améliorée, s’ajoute l’intérêt de développer un capital financier (valeur du bois, ou des productions comme les noix) et transmissible à la génération suivante. S’ajoutent encore l’aspect esthétique et le plaisir à travailler dans un environnement agréable.

Redécouvrir l’agronomie avec l’agroforesterie

L’expérience concluante des parcours a incité Vincent à engager depuis cinq ans une démarche agronomique associant les arbres et les cultures.
Fixée sur des coteaux pentus, l’exploitation est composée de sols argilo-calcaires peu profonds, sensibles à l’érosion. Suite au remembrement (destruction de haies, suppressions de fossés…), celle-ci a été accentuée par le regroupement et le remodelage des parcelles. Il fallait tenter de remédier à ce phénomène, ainsi qu’aux effets négatifs des vents et à la fragilisation de l’écosystème. Comme pour ses parcours, Vincent Blagny a expérimenté dans quelle mesure une démarche agroforestière pouvait apporter une amélioration et même une plus-value. Depuis cinq ans, un vaste chantier de plantations de haies et d’arbres a été réalisé, sur les bordures de parcelles, comme en plein champ, avec pour premier objectif de limiter les sensibilités à l’érosion et au vent. « Je redécouvre l’agronomie, en m’engageant dans une démarche d’écologie, avec la limitation et l’optimisation maximale des intrants, avec des techniques culturales simplifiées. »

Un bilan bénéfice-risque déjà positif

Les résultats définitifs seront longs à obtenir car il faut compter avec les saisons et les variables de la nature. Avec une érosion réduite, une meilleure protection du vent, les premiers résultats positifs se dessinent pourtant. Sur le long terme, d’autres impacts sont attendus comme l’augmentation du taux de la matière organique par la production des feuilles et des racines.
Les surfaces plantées (y compris les parcours) représentent 5 % de la SAU. Vincent Blagny souhaite encore planter pour préparer l’avenir. En grandes cultures, des groupes agroalimentaires envisagent des contrats de production prenant en compte le respect environnemental et la biodiversité. En remettant « l’arbre champêtre » à sa place, les techniques ancestrales se révèlent finalement pleines d’avenir.

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