Débat organisé par la WPSA* : Aller vers des systèmes de production durables

Armelle Puybasset

Aujourd'hui plus que jamais se pose la question de la durabilité en aviculture. Avec le
développement de la population mondiale — nous serons 9 milliards d'habitants en 2050
contre près de 6 milliards aujourd'hui —, la demande en viande de volaille ne devrait cesser
de s'accroître. Cette source de protéines animales est relativement peu onéreuse par
rapport aux autres viandes et ne souffre d'aucun interdit religieux. Mais on le constate
aujourd'hui, les matières premières nécessaires à l'alimentation animale sont mises en
concurrence avec l'alimentation humaine et les débouchés énergétiques (biocarburants).
Parallèlement, le producteur doit s'adapter à des contraintes sanitaires et
environnementales toujours plus fortes et répondre aux nouvelles demandes sociétales. Ce
constat étant fait, comment les systèmes de production avicole doivent-ils évoluer pour être
durables et s'adapter aux contraintes auxquelles ils sont soumis ? Pour apporter quelques
éléments de réponse et alimenter ce débat, le groupe français de la World Poultry Science
Association (WPSA) avait organisé le 27 mars 2008 au Mans une journée sur le thème de «
l'aviculture durable : des matières premières aux systèmes de production pour la sécurité
du consommateur et le respect de l'environnement ». À travers les présentations d'une
dizaine d'intervenants, les trois piliers d'un système durable ont été abordés : l'économie,
l'environnement et la demande sociétale.

Évoluer avec de nouvelles contraintes économiques

Concurrence internationale : Les marchés français et communautaire sont de plus en plus
soumis à une concurrence internationale. En l'espace de dix ans, les exportations
brésiliennes de viande de volailles sont passées de près de 600 000 tonnes équivalent
carcasses en 1997 à plus de 3600 000 tec en 2007. « L'évolution de la négociation à l'OMC
ne va pas dans le bon sens », relève Yves Trégaro, de l'Office de l'élevage. « L'Europe
peut-elle encore avoir une stratégie d'exportation vers les pays tiers en volaille ou bien doit
elle se recentrer sur le marché communautaire ? », interroge l'économiste. L'évolution du
coût du transport, les accords bilatéraux ne vont-ils pas générer un renouveau du
commerce régional ?

Volatilité des marchés : Les filières animales doivent faire face à une forte hausse du cours
des matières premières. Les stocks mondiaux de céréales sont au plus bas et sont passés
en 2006 en dessous du seuil critique défini par la FAO. « Pour la campagne 2008-2009, la
production mondiale de blé est prévue à la hausse mais la tension sur les prix devrait se
maintenir », estime Jacques Commère, de l'Organisation des producteurs de grains. Pour
Nicolas Malandain, d'Evialis, cela va aboutir à des formules d'aliment plus complexes. «
L'arrivée des biocarburants peut être une opportunité pour l'alimentation animale de
diversifier ses sources de matières premières », poursuit Yves Dronne, de l'Inra. À moyen
terme, 10 millions de tonnes de drêches de blé devraient être disponibles dans l'Union
européenne.

Le producteur de volailles doit évoluer dans un environnement de plus en plus complexe. (A. Puybasset)

Le producteur de volailles doit évoluer dans un environnement de plus en plus complexe. (A. Puybasset)

 

Gérer les contraintes environnementales

Pollution de l'air : L'aviculture a sa part de responsabilité dans la pollution de l'air et travaille à
la mise en oeuvre de solutions pour réduire son impact. « L'amélioration des itinéraires
techniques et la gestion de l'ambiance conduisent à une réduction des émissions
d'ammoniac, cite Claude Aubert, de l'Itavi. D'autre part, des solutions sont à l'étude pour
diminuer la consommation d'énergie et les émissions de gaz à effet de serre. »

Rejets dans le sol : Les déjections des volailles représentent 3 % des rejets totaux
d'animaux d'élevage en France. Diverses pratiques ont déjà permis de diminuer les rejets
avicoles, notamment en phosphore et en nitrate, mais les efforts doivent être poursuivis.
Mickaël Rouault, de BASF, cite quelques pistes nutritionnelles : utilisation des phytases,
intérêts des additifs, meilleures connaissances des besoins et des rétentions corporelles,…



Intégrer les demandes sociétales

Bien-être des poules pondeuses : L'application des nouvelles normes 2012 aura des
conséquences sur la population d'éleveurs de demain. Tous ne pourront investir dans les
cages aménagées. « Les nouveaux sites de production d'oeufs en cage ont des tailles de
près de 100 000 places. La production d'oeufs alternatifs restera à la portée des
agriculteurs mais celle d'oeufs en cage sera dans les mains de groupes », estime Lucien
Roffidal, d'Inzo.

Sécurité sanitaire : La réglementation, notamment celle sur la maîtrise des salmonelles,
entraîne une pression lourde sur les producteurs. « Mais elle a permis le maintien des
marchés intra-communautaires dont la France dépend étroitement, relève Gilles Salvat, de
l'Afssa de Ploufragan. Elle a aussi permis de réduire de moitié le nombre d'intoxications
alimentaires collectives dues au sérotype Se. »

Qualité nutritionnelle : Un enfant sur six est en surpoids et l'équilibre alimentaire devient une
préoccupation majeure. La volaille est considérée par le consommateur comme un aliment
de référence pour l'équilibre alimentaire. « Pour chaque nouveau produit, nous prenons en
compte systématiquement l'équilibre nutritionnel », explique Jean Garet, de LDC.


Source Réussir Aviculture Juin 2008

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