Déjections : Réduire davantage les rejets de phosphore grâce aux phytases

Armelle Puybasset

Incorporées dans l'aliment, les phytases ont déjà permis de réduire considérablement les rejets de phosphore dans les déjections. Il reste encore des marges potentielles de progrès.

Le phosphore est un élément indispensable au développement osseux des animaux. Près des
deux tiers du phosphore contenu dans les matières premières végétales sont mis en réserve
sous forme d'acide phytique (phytate). Or, cette forme est peu digestible chez les volailles. La
majeure partie de cette fraction est donc éliminée dans les excrétions sans être utilisée.
L'aliment des volailles doit en conséquence être supplémenté en phosphore minéral. En
ajoutant de la phytase microbienne, on améliore la digestibilité et l'assimilation du phosphore
total des matières premières.

L'ajout de phytase dans l'aliment des volailles réduit les rejets de phosphore dans les déjections. (A.Puybasset)

L'ajout de phytase dans l'aliment des volailles réduit les rejets de phosphore dans les déjections. (A.Puybasset)

Une baisse de 20 % à 40 % des rejets

En effet, cette enzyme agit en décomposant la molécule phytate et libère le phosphore ainsi
que d'autres minéraux (calcium, zinc) et acides aminés (lysine), qui y sont liés. L'enzyme
permet donc de réduire les rejets de phosphore dans les déjections de 20 % à 40 % selon
les espèces et de limiter les quantités de phosphore minéral habituellement ajoutées dans
l'aliment.
En France, l'incorporation de phytases microbiennes dans l'aliment des poulets, dindes et
pondeuses s'est généralisée à partir du début des années 2000.
Selon le Corpen, en 2006, près de 95 % des aliments de ces espèces contenaient de la
phytase microbienne. On peut s'attendre à atteindre les mêmes proportions en canard,
espèce pour laquelle l'autorisation d'utiliser des phytases est plus récente (2007). En 2005,
en France, l'utilisation de phytase microbienne a permis de réduire de 7000 tonnes les
quantités de phosphore minéral dans les déjections, soit 17,5 % du rejet total du phosphore
par la filière avicole estimé à 40 000 tonnes par an (sources document Corpen 2006). S'y
ajoute le potentiel de réduction de 1000 tonnes par an des aliments canard.




Depuis la réédition des références Corpen en 2006, sur lesquelles se base l'administration,
le contexte a encore évolué. L'envolée du prix du phosphore minéral(1) depuis le mois de
novembre 2007, a davantage incité les fabricants d'aliments à coller au plus juste des
besoins en phosphore des animaux. Augmenter la teneur en phytase dans la formulation
leur permet de réduire l'ajout de phosphore minéral, de mieux valoriser le phosphore
contenu dans les matières premières et de réduire leur élimination dans les déjections.
Selon Claude Aubert, de l'Itavi, « les teneurs actuelles en P2O5 dans les déjections seraient
déjà 10 % à 15 % inférieures aux références du Corpen. »
Tout l'enjeu est maintenant de faire admettre par l'administration cette baisse du rejet de
phosphore dans les déjections.



 

(1) Prix du phosphate bicalcique autour de 300 euros la tonne en novembre 2007 contre 820
euros la tonne en juin 2008.


Source Réussir Aviculture Septembre 2008

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