Développement avicole tous azimuts : L'Ukraine se prépare pour exporter en Europe

Véronique Bargain

Production de céréales, élevage, abattage, transformation… L'industrie avicole ukrainienne investit en masse, bien au-delà des capacités d'absorption du marché intérieur.

Du temps de l'URSS, l'Ukraine représentait à elle seule entre un quart et un tiers de la production agricole de l'Union soviétique. Après la chute de l'URSS, la demande ukrainienne ne pouvant absorber les énormes volumes produits dans le pays, la production et le cheptel ont beaucoup diminué. Cette baisse se poursuit encore, avec parfois des fluctuations, dans l'élevage bovin surtout, porcin, et laitier dans une moindre mesure. Exception faite de l'aviculture. Après avoir diminué jusque dans les années 2000, la production augmente régulièrement depuis. « C'est aujourd'hui le secteur le plus dynamique de l'élevage en Ukraine », constatait Xavier Cadiou, de Bretagne International(1), lors d'une conférence organisée à l'occasion du Space. Toutefois, le marché intérieur resterait limité pour la volaille. Les Ukrainiens préfèrent consommer la viande de porc et des charcuteries. La consommation totale de volaille est de l'ordre de 1 million de tonnes pour 46 millions d'habitants (22 kg/tête/an et 51 kg/tête toutes viandes confondues). Comme pour l'ensemble des viandes, cette consommation porte sur des produits peu chers. La crise économique mondiale a accentué cette tendance en 2008, mais l'économie repart après une baisse du PIB de 15 % en 2009. La hausse du PIB devrait être de 3,7 % en 2010 (+6,3 % sur le premier semestre). Le premier semestre a été marqué par une progression des importations (+26,2 %) et des exportations (+31 %). Les salaires ont également augmenté de 10 % de janvier à juillet 2010.

Le pays produit aujourd'hui 850 000 tonnes de volailles selon Ubifrance, essentiellement du poulet de chair, dont 711 000 tonnes en production industrielle, les 15 % restant étant issus des exploitations familiales. En 2009, la production a augmenté de 13 %. Au 1er mars 2010, le pays comptait 97 millions de places de volailles dans ses exploitations, soit 12,7 % de plus qu'en 2009. Des entreprises françaises et internationales sont déjà présentes dans certains secteurs de l'agriculture, notamment dans le secteur laitier, mais pas en volailles. Les opérateurs du secteur avicole sont des groupes ukrainiens bénéficiant souvent de capitaux extérieurs à l'agriculture, sachant que l'État ne soutient pas directement le secteur avicole.

Ferme industrielle en Ukraine. En 2009, la production de volailles a augmenté de 13 % et, en 2010, l'augmentation devrait être encore plus importante. (DR)

Ferme industrielle en Ukraine. En 2009, la production de volailles a augmenté de 13 % et, en 2010, l'augmentation devrait être encore plus importante. (DR)

 

Industries avicoles intégrées

Signe de maturité, cinq groupes assurent plus de 85 % de la production nationale. « Ces groupes, explique Pascal Hieronimus, d'Est Expansion(2), sont des holdings financières détenant des terres, des fabriques d'aliment, des bâtiments d'élevage, des abattoirs, des usines de transformation et ayant même parfois leur propre réseau de distribution. » Loin devant avec plus de 40 % de parts de marché, Mironovski Hliboproduct (groupe MHP) a produit 285 000 tonnes de volailles et croît le plus vite de tous. Le numéro 2, Agromars, détient 16 % de parts de marché avec 113 000 tonnes de volailles produites. Les numéros 3 et 4, avec chacun 60 000 tonnes de volailles, soit 8 % du marché, sont le Combinat de volaille Dniprovski et le groupe Agro-Oven. Enfin, Langdut produit 35 000 tonnes de volailles (5 %). « Ces groupes sont rentables et ont de fortes capacités d'investissement », souligne Dmytro Kushnir, de la mission économique d'Ubifrance en Ukraine. Des investissements ont déjà été réalisés depuis quelques années pour moderniser les outils, développer la transformation (plats préparés panés…) et même diversifier la production, notamment en canards et oies à gaver (Mironovski), bien que le Parlement ait interdit le gavage cette année.

Le développement avicole passe par une production de type industriel basée sur des méthodes éprouvées à l'Ouest. (DR)

Le développement avicole passe par une production de type industriel basée sur des méthodes éprouvées à l'Ouest. (DR)

 

Investissements massifs en 2011

Aujourd'hui, d'énormes projets s'apprêtent à voir le jour. Le groupe MHP veut passer de 180 000 ha à 300 000 ha en exploitation et construire le plus gros site de production de volailles dans la région de Vinnitsa.
Il pourra ainsi produire 400 000 tonnes par an. De grands investissements sont également en cours chez Agromars : lancement d'un nouvel abattoir de 18 000 têtes/heure en 2011, modernisation des quais de réception, installation d'une ligne de production d'aliments et d'un atelier de transformation du soja, construction d'un couvoir, construction d'une usine de plats préparés (400 t/jour) et d'un entrepôt frigorifique. Dniprovski veut construire deux sites d'élevage pour atteindre une production de 100 000 tonnes, moderniser son abattoir, reconstruire son usine de transformation et construire d'ici 2012 un site de production d'électricité à base de fientes de poule. Agro-Oven envisage la construction d'une usine de fabrication de produits semi-finis surgelés (35 000 t/an) et d'un site logistique avec entrepôts frigorifiques de 40 000 m2. Enfin Langdut a un projet de construction d'un nouvel abattoir (6 à 8000 têtes/h) et un projet de modernisation de son élevage de poulets de chair.

Opportunités pour les fournisseurs

Compte tenu des développements en cours, il y a de la place pour des fournisseurs étrangers de génétique, de matériel et de technologies. Les Danois, les Néerlandais sont déjà très présents. Les Ukrainiens ne sont pas fermés aux fournisseurs français et certains fabricants de matériel ont déjà commencé à commercer, sans problème particulier. Au final, conclut Pascal Hieronimus, « tous ces projets dépassent largement les capacités d'absorption du pays et visent clairement l'exportation, notamment vers l'Europe ». Le pays exporte déjà, notamment vers la Russie. Un des objectifs du groupe MHP est d'obtenir l'homologation européenne de ses sites de production ultra modernes. La question en suspens est celle de savoir quelle sera l'année de cette nouvelle déferlante, venue cette fois-ci de l'Est.

(1) Association chargée de promouvoir le développement international des entreprises bretonnes, financée par le Conseil Régional de Bretagne.
(2) Société de conseil des entreprises françaises souhaitant se développer en Ukraine.

Source Réussir Aviculture Novembre 2010

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