Dossier algues vertes en Bretagne : Cibler pour être vraiment efficace en azote » préconise l'Inra

Pascal Le Douarin

Hydrologue et chercheur à l'Inra de Rennes sur la dynamique de l'azote dans les sols, Patrick Durand prône des pratiques agronomiques cohérentes et ciblées.

« L'eau des rivières bretonnes est à 95 % de l'eau qui a transité par la nappe phréatique, souligne Patrick Durand, chercheur à l'Inra, même si celle-ci est très proche de la surface. » Or la nappe d'un bassin versant donné possède sa propre capacité de stockage de l'azote, avec des temps de transferts vers la rivière plus ou moins longs. « C'est bien pour cela que l'on a du mal à relier de façon simple l'évolution du taux de nitrates et celle des pratiques agricoles. Il faut d'abord vidanger le stock. » Chaque bassin versant étant spécifique, le chercheur hésite à donner une valeur moyenne du temps nécessaire pour revenir à une situation équilibrée en azote. « En gros, une fois qu'on a équilibré les apports et les sorties, il faut compter entre 3-4 ans et 20 ans pour arriver à un état stationnaire. Plus la nappe est profonde, plus ce sera long. » De plus, les temps de réponse varient au sein même d'un bassin versant. Telle zone sera « épurée » en six mois (proximité de la rivière ou de la nappe) quand il faudra 50 ans pour telle autre (haut de bassin). C'est pourquoi, il est impossible d'évaluer la pertinence de la fertilisation en mesurant le flux d'azote sortant d'un bassin versant même très petit, sauf si l'aire considérée est très drainée.

Patrick Durand, Inra « Dans les bassins versants les plus sensibles, il faudra rendre l'herbe intéressante y compris pour les agriculteurs qui n'en ont pas besoin ! » (P. Le Douarin)

Patrick Durand, Inra « Dans les bassins versants les plus sensibles, il faudra rendre l'herbe intéressante y compris pour les agriculteurs qui n'en ont pas besoin ! » (P. Le Douarin)

Agir partout en ciblant

Dans ces conditions, quelle est la meilleure stratégie de réduction à développer : cibler ou agir globalement ? Pour le chercheur, les deux ! D'une part, il est important qu'existent des garde-fous généraux qui s'appliquent à tous les milieux. Les plafonds d'azote ont été efficaces tant que la situation était vraiment excédentaire et certaines pratiques aberrantes. Mais une fois les conditions à peu près normalisées, ces seuils ne suffisent plus et doivent être adaptés à la sensibilité du milieu. « Pour préserver ou restaurer la qualité des eaux, les systèmes agricoles doivent être rendus très efficaces vis-à-vis de l'azote, comme ils ont été rendus économiquement efficaces. » Il faut agir partout et en ciblant. « La préconisation sera différente selon le système agricole en place : légumier, bovin, hors-sol… selon que le bassin versant est proche de l'équilibre azoté ou excédentaire, et selon la sensibilité du milieu. » En zone fragile (par exemple la baie de Lannion), il apparaît nécessaire de réduire les émissions de nitrates à un niveau proche des fuites naturelles. Cependant, imposer une forte baisse des apports agricoles sans raisonnement sur les systèmes n'est pas forcément la mesure la plus efficace. En effet, une telle mesure peut conduire les agriculteurs à choisir des cultures peu gourmandes en azote, ce qui réduit les exportations, tandis que le sol et la nappe déstockent, d'où de faibles baisses des taux de nitrates dans la rivière.

« La solution ne doit pas venir du haut, mais se construire avec les agriculteurs. Elle passe par une analyse-diagnostic précise et objective, dans chaque bassin versant. C'est plus ou moins le cas aujourd'hui, mais nous ne sommes pas allés jusqu'au recensement fin des voies de progrès à faire agriculteur par agriculteur, et des conditions de leur mise en oeuvre. De cette manière, les solutions seront plus concrètes et acceptables. » L'enjeu consiste à trouver le système agricole qui maximise le recyclage de l'azote, tout en minimisant les fuites vers la rivière.

Retour difficile aux fuites naturelles

C'est sur ce modèle que travaille l'Inra de Rennes pour la baie de Lannion, la plus médiatisée, dans le cadre du programme dénommé Accassya. « Dans ce bassin essentiellement bovin, il faudra probablement diminuer le chargement à l'hectare et les surfaces en maïs. Il faut donc rendre l'herbe intéressante y compris pour des gens qui n'en ont pas besoin ! » D'où des installations de séchage en grange ou de déshydratation pour sécuriser l'alimentation des troupeaux et valoriser l'herbe transformée. La betterave fourragère capable de pomper énormément d'azote et de bonne qualité nutritive pourrait être encouragée, une fois réglés certains problèmes techniques et agronomiques.
D'autres pistes d'amélioration — « pas les solutions », souligne toujours le chercheur — concernent le regroupement parcellaire et une meilleure connaissance des sols. « Il faut moduler les apports en fonction des potentialités agronomiques de chaque parcelle. »

Raisonner le foncier

C'est vrai en théorie avec le plan prévisionnel de fumure (PPF), mais en pratique ce PPF est plus souvent un outil de contrôle a posteriori que de gestion. Au bout du compte, même en appliquant l'ensemble de ces pistes dès maintenant, dans les bassins très sensibles il ne faut pas s'attendre à ce que les proliférations actuelles d'algues disparaissent avant les années 2015-2020. D'ici là, il faudra sans doute avoir recours à des actions curatives sur le littoral touché.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Aviculture de novembre 2009. (RA n°151, p. 10 à 20).

Source Réussir Aviculture Novembre 2009

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