Dossier sensible en Bretagne : Ces algues vertes qui fâchent...

Pascal Le Douarin

Avec les algues vertes, les littoraux les plus sensibles de Bretagne paient une extraordinaire expansion agricole. Des solutions existent, mais pour être appliquées, elles doivent être acceptées, réalistes et supportables. Pour tous.

Que deux chiens meurent de façon suspecte en Baie de Saint Brieuc en juillet 2008, passe encore. Qu'un cheval y passe fin juillet 2009 sur La lieue de Grève en Baie de Lannion, et que son cavalier en réchappe de peu, c'était trop. Le 20 août, le battage médiatique commençait, avec François Fillon arpentant ladite plage au pas de course, flanqué de trois autres ministres, et annonçant la création d'une mission interministérielle chargée de proposer un plan d'action global de lutte. Il signalait aussi la prise en charge intégrale par l'État des coûts du ramassage, auparavant à la charge des communes aidées des Conseils généraux. Plus de cinquante communes littorales sont désormais concernées pour autant de sites de dépôts sur les estrans. Les quatre missionnaires ont été nommés le 21 septembre avec trois objectifs à remplir pour le 8 décembre : élaborer pour chaque site touché un plan de prévention du risque sanitaire, explorer les voies de valorisation et de traitement des algues vertes, et enfin définir les mesures de réduction des rejets azotés.

Algues vertes en baie de Douarnenez, été 2009. Depuis que la toxicité des algues vertes a été révélée, leur présence semble de moins en moins tolérée. (Ph. Seguin/Agence de l'Eau Loire Bretagne)

Algues vertes en baie de Douarnenez, été 2009. Depuis que la toxicité des algues vertes a été révélée, leur présence semble de moins en moins tolérée. (Ph. Seguin/Agence de l'Eau Loire Bretagne)

L'État à la traîne

C'est comme si l'État découvrait la dimension sanitaire, et qu'il s'était enfin décidé à réagir à un problème de salubrité publique. Pourtant, ce sujet sanitaire et environnemental n'est pas récent. Jean Ropartz, maire de Saint Michel en Grève (22), connaît la chronologie sur le bout des doigts. Son conseil municipal a commencé à l'évoquer dès 1971. À l'époque, la préoccupation était l'aspect esthétique et le coût du ramassage, réalisé pour ne pas nuire à l'économie touristique. La prise en compte toxicologique date seulement des années 2000. Aujourd'hui, les sentiments des élus et de riverains des côtes bretonnes oscillent entre inquiétude et ras-le-bol. Inquiétude par rapport à la toxicité de gaz dégagés par la putréfaction naturelle, et conduite à tenir pour les riverains, autant que pour les élus. Ras-le-bol aussi de ne pas voir la situation s'améliorer et d'avoir été délaissés par l'État.

Modèle d'agriculture intensive

Les responsables désignés sont les agriculteurs, ou plutôt un modèle d'agriculture intensive. En dehors de toute polémique, intéressons-nous aux faits. Quelles sont les conditions favorables à l'apparition des algues vertes ? Y a-t-il des pistes curatives ? Quels efforts ont été réalisés en amont par les agriculteurs ? Existe-t-il encore des possibilités d'amélioration ? Les facteurs climatiques, géographiques, biologiques favorables aux algues ont été élucidés. En l'état actuel des connaissances sur le littoral breton, la responsabilité de l'azote vis-à-vis des proliférations n'est plus discutée. Avec un stock de phosphore présent dans le milieu, ce sont les nitrates qui alimentent le développement des algues. Il « suffirait » donc de fermer le « robinet à nitrates » et de réduire la biomasse d'algues avant qu'elle explose en été. Sur ce dernier point, aucune tentative sérieuse de mise au point de méthode de récolte n'a été testée en France. Quant au robinet à nitrates, les agriculteurs s'efforcent de le refermer depuis le milieu des années 90. Tout d'abord, ils reviennent de très loin en matière de fertilisation. Jusque dans les années 80, la terre absorbait ce qu'on lui donnait, très souvent en excès. Elle le rendait sous forme de récoltes abondantes, mais avec des fuites qui se sont en partie stockées dans les nappes et les sols.

Peut mieux faire à la source

À l'époque, ce modèle était la norme. La prise en compte des effets environnementaux s'est faite lentement. Il a fallu la réglementation et le volontariat pour commencer à vraiment diminuer les apports : actions contractuelles de sensibilisation à la reconquête de l'eau, opérations volontaires dans des bassins versants, programmes Bretagne eau pure, programmes PMPOA 1 et PMPOA 2 de stockage des effluents, plan de modernisation des bâtiments, mesures agro-environnementales (programme de développement rural hexagonal), Breizh Bocage (reconquête des haies), Prolittoral puis GP5 (actions ciblées sur le littoral), réglementations sur les installations classées, directive nitrates et ses actions complémentaires, zones d'excédent structurel, zones d'actions complémentaires, programmes de résorption de l'azote organique, programmes d'actions nitrates. Une très large panoplie de mesures censées s'articuler entre elles, mais souvent vécues comme un empilement de contraintes.
Les agriculteurs ont suivi, investissant un montant évalué à un milliard d'euros, dont au moins 70 % sur leurs propres deniers. La situation s'améliore, mais trop lentement pour avoir un effet significatif sur les algues vertes. Compte tenu des flux d'azote déclencheurs, l'effort à faire est encore immense. Pour certains bassins versants, il faudrait stopper toute activité agricole pendant plusieurs années. Totalement irréaliste, socialement et économiquement. La profession est consciente des enjeux, se dit prête à faire encore des efforts, mais pas à n'importe quel prix. Il serait bon que certains protecteurs de l'environnement le comprennent.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Aviculture de novembre 2009. (RA n°151, p. 10 à 20).

Source Réussir Aviculture Novembre 2009

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires