Elevage de canards : La filière gras soigne ses parcours

Armelle Puybasset

La filière de canards gras a pris conscience des enjeux sanitaires, économiques, de bien-être et environnementaux liés à la qualité des parcours. Stations de recherche appliquée et organisations de production développent des solutions pour optimiser l'enherbement.

Qui n'a pas en tête l'image bucolique de canards prêts à gaver « pâturant » sur de grands espaces bien enherbés ? La réalité est parfois tout autre, notamment pendant les intersaisons, périodes pendant lesquelles les éleveurs ont des difficultés à maintenir un couvert végétal suffisant sur l'ensemble du parcours et à éviter la formation de zones boueuses. Le parcours contribue à l'image de marque de la production de foie gras et est un élément majeur du cahier des charges IGP Canard à Foie Gras du Sud-Ouest, qui représente plus de 50 % de la production française. Le maillon prêt à gaver prend aujourd'hui pleinement conscience des enjeux liés à la qualité des parcours. Un parcours trop humide a une incidence négative sur l'indice de consommation, sur la qualité de l'emplumement, sur la prévalence des boiteries, mais également sur la contamination bactérienne et parasitaire du sol. Au niveau environnemental, le parcours contribue à la fixation des éléments minéraux issus des fientes et limite l'érosion des sols.

Un bon enherbement passe par une implantation raisonnée pour optimiser la croissance végétale, et une amélioration de l'occupation du parcours dans son ensemble. (A. Puybasset)

Un bon enherbement passe par une implantation raisonnée pour optimiser la croissance végétale, et une amélioration de l'occupation du parcours dans son ensemble. (A. Puybasset)

Exploiter toutes les zones du parcours

Contrairement aux élevages de poulets en plein air, la problématique « parcours » des canards n'est pas d'inciter les palmipèdes à sortir du bâtiment. Il s'agit plutôt de les amener à exploiter l'ensemble de la surface allouée pour éviter la formation de zones dégradées, principalement concentrées à la sortie des abris, autour des trémies et des systèmes d'abreuvement. Elles sont liées d'une part au piétinement des palmipèdes, mais également aux passages répétés du tracteur.
Pour l'éleveur, le premier impératif consiste à bien raisonner l'implantation du parcours pour optimiser la croissance végétale (choix de l'espèce en fonction du type de sol, choix du terrain, durée d'implantation). Le déplacement des équipements et l'implantation d'arbres et d'arbustes contribuent à améliorer l'occupation des parcours. Des techniques d'élevage comme la rotation des parcours ou encore l'agroforesterie (association entre l'élevage et la plantation d'arbres) sont expérimentées dans les stations de recherche du Palmipôle et de la Ferme de l'Oie.

Nouveau concept d'élevage

Pour s'adapter aux mesures de biosécurité gouvernementales et à la charte sanitaire du Cifog suite à la crise de l'influenza aviaire en 2006, la plupart des organisations de production telles qu'Euralis et Maïsadour ont développé de nouveaux schémas de production, qui contribuent à améliorer la gestion des parcours : bâtiment en dur et isolé apportant davantage de confort aux animaux, distribution de l'aliment (et de l'eau de boisson) à l'intérieur pour éviter les passages de tracteurs… Dans l'Ouest, Val de Sèvre développe l'élevage en bande unique avec « pâturage tournant ». Pour les élevages existants, les organisations de production incitent leurs éleveurs à augmenter la surface totale de parcours et les sensibilisent à l'impact sur les marges. La gestion des parcours est de plus en plus intégrée dans les démarches de qualité et/ou environnementales, type Agriconfiance. Dans le Sud-Ouest, la profession met également beaucoup d'espoir sur une demande d'avenant au cahier des charges IGP qui faciliterait la rotation des parcours et apporterait de la souplesse pour mieux gérer l'enherbement.
Le modèle de production de prêts à gaver avec des abris légers et des parcours fixes a probablement fait son temps. En s'orientant vers des schémas d'élevages plus pérennes, plus techniques et qu'elle promet plus rémunérateurs, la profession compte séduire de nouveaux producteurs. La gestion des parcours a également une incidence positive sur les conditions de travail, sur le confort des animaux et sur l'environnement : ce sont autant d'éléments qui composent une agriculture durable.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Aviculture de décembre 2010. (RA n° 162 p. 8 à 19)

Source Réussir Aviculture Décembre 2010

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