Enquête 2009-2010 des chambres d'agriculture du Grand Ouest : Des marges en progrès mais insuffisantes

Armelle Puybasset

Depuis cinq ans, les marges brutes des éleveurs ont progressé de façon notable pour quasiment toutes les espèces. Mais investir dans du neuf reste difficile pour un jeune qui s'installe.

Les clignotants sont au vert pour toutes les productions majeures en volailles de chair. « À l'exception du canard de Barbarie standard (- 1 %) ou certifié (- 13 %) et du poulet bio en bâtiments mobiles (- 15 %), les marges brutes ont progressé dans toutes les autres espèces entre 2008-2009 et 2009-2010 : + 13 % en poulet standard, + 15 % en dinde, + 11 % en poulet lourd et + 10 % en poulet export », s'est réjoui Christian Delabrosse lors de la présentation des résultats de l'enquête avicole annuelle des chambres d'agriculture du Grand Ouest ; 650 éleveurs de vingt départements y ont participé, représentant une surface de bâtiments de 1,1 million de mètres carrés. La consolidation des marges se confirme depuis l'exercice 2005-2006, période où celles-ci étaient au plus bas. En cinq ans, elles ont progressé de 41 % en poulet et de 44 % en dinde. « Plusieurs facteurs expliquent cette tendance : la bonne tenue des marchés sur le grand export, le maintien de la consommation intérieure, l'amélioration de la productivité des élevages et une stabilité des charges variables », cite Didier Goubil, président de la commission avicole régionale de Bretagne.

En poulet standard, la marge brute a progressé de 13 % en deux ans grâce à une bonne productivité, des performances techniques en hausse (IC) et des marges variables en légère baisse. (A. Puybasset)

En poulet standard, la marge brute a progressé de 13 % en deux ans grâce à une bonne productivité, des performances techniques en hausse (IC) et des marges variables en légère baisse. (A. Puybasset)

La marge des charges variables

Si l'on regarde plus spécifiquement chaque production, la marge brute en poulet standard (souches classiques) atteint 30,78 euros/m2/an et a augmenté de plus de 2 euros en trois ans. Les performances techniques ont progressé (surtout l'IC), tandis que la productivité annuelle se stabilise et que les charges variables ont diminué de 5 % (réduction des charges
de chauffage liée à la baisse du prix du gaz). En poulet lourd, la marge brute est de 28,56 euros/m2/an en non sexé et de 31,69 euros en sexé. En poulet export, l'amélioration de la marge brute (37,20 €/m2/an) s'explique principalement par une augmentation de la
productivité (rotation élevée et bonnes performances). En dinde, la marge brute est de 31,37 euros/m2/an grâce notamment à une progression du GMQ, une baisse de l'indice de consommation à poids constant (effet des nouvelles souches) et une légère diminution des charges variables. « Cela dit, le poste ‘dépenses de santé' reste une charge élevée (près de 30 % des charges variables, devant le poste gaz qui représente 26 %) », souligne Christian Delabrosse.

Cette année encore, des écarts importants sont constatés entre le premier et le dernier quart des élevages avec des marges brutes passant du simple ou double. En poulet standard par exemple, l'origine des écarts est liée pour 38 % aux performances techniques et pour 21 % aux charges variables, preuve qu'il reste des marges de progrès.
L'enquête souligne également les différences entre organisations de production. En poulet (export, standard et lourd), la moyenne sur six ans de la marge brute annuelle oscille entre 22,5 et 31,10 euros/m2/an selon le groupement. « Il faut bien choisir avec qui l'on travaille », bien que ce choix soit parfois restreint selon la situation géographique ou la production de l'élevage.
La progression des marges sur trois années consécutives encourage les éleveurs à investir dans des travaux de rénovation. Trois aviculteurs sur dix participant à l'enquête ont procédé à une rénovation avec un montant moyen de plus de 10 000 euros par bâtiment. Les premiers postes concernés sont l'abreuvement, l'alimentation, le chauffage et la ventilation. « Le poste ‘étanchéité' est de plus en plus cité. » En conséquence, les charges d'annuité et d'autofinancement progressent, signe d'une amélioration de la santé financière des élevages.
Le solde disponible est cette année de 10,52 euros/m2/an alors qu'il avait atteint 6 euros au plus bas en 2006.

 

Le bâtiment neuf ne fait pas le poids

« Malgré cette tendance à l'amélioration, investir dans du neuf reste difficile pour un jeune qui s'installe. L'hypothèse de la reprise d'un bâtiment avec des travaux de rénovation est plus plausible et est bien réelle », observe Christian Delabrosse. Selon les simulations réalisées par les chambres sur l'hypothèse d'une construction d'un poulailler en poulet-dinde standard, le solde disponible(1) est de - 2,72 euros/m2/an en moyenne et de 6,38 euros pour les 50 % meilleurs. Dans le cas d'une reprise, le solde atteint 7,14 euros en moyenne et 14,54 euros pour les 50 % meilleurs.
Autres ombres au tableau qui risquent de peser sur les marges des exercices à venir : la flambée du prix des matières premières depuis l'été dernier et l'application de la directive bien-être qui impose une baisse de la densité instantanée des élevages.

 

(1) Excédent brut d'exploitation — annuités et investissements autofinancés.

Source Réussir Aviculture Janvier-Février 2011

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