Entérites du dindonneau : Un nouveau coronavirus

Pascal Le Douarin

Démarré en 2006, le programme de recherches de l'Afssa-Ploufragan a permis de découvrir un nouveau coronavirus de la dinde.

Alertée par la profession, l'Afssa-Ploufragan mène depuis trois ans une recherche ciblée sur les causes des syndromes d'entérites et de mortalité du dindonneau. Ceux-ci se sont développés en France depuis 2003.
Dans les quatre premières semaines, une mortalité forte apparaît brutalement, la croissance se bloque et des écarts importants de poids apparaissent, avec deux lésions histologiques assez fréquentes (atrophie de la bourse de Fabricius et du thymus). Plusieurs appellations ont été données à ces symptômes cliniques : PEMS, SMT, PGD et plus récemment PEC pour « poult enteritis complex » (complexe entéritique du dindonneau).

Deux candidats

Les observations ne sont pas sans évoquer des troubles rencontrés aux USA dans les années 1990, et même des études réalisées en France dans les années 1980 par l'Afssa. Aux USA, deux virus responsables potentiels ont été pointés du doigt : l'astrovirus et le coronavirus de la dinde, mais pas désignés avec certitude. En effet, les astrovirus et les coronavirus sont très difficiles à récupérer et à cultiver. Le diagnostic n'est pas immédiat et ardu à établir.
En France, l'Afssa a d'abord travaillé sur l'astrovirus avec des résultats présentés voici deux ans au Space. Qu'ils soient malades ou pas, 90 % des lots de dinde analysés étaient porteurs d'un astrovirus de type 2, retrouvé également par d'autres équipes sur la pintade, lors d'entérites.
Ensuite, l'Afssa s'est attaquée aux coronavirus. C'est à la réunion de l'Association mondiale des vétérinaires avicoles (AMVA) au Space, que Nicolas Etéradossi, sous-directeur du site de Ploufragan, a présenté les résultats. « L'Afssa a voulu répondre à trois questions : existe-t-il des coronavirus sur des lots atteints du complexe entéritique en France ? Si oui, quelles sont les caractéristiques de ces lots ? Et quelle est la nature des coronavirus détectés ? »

Trois questions posées

Au préalable, il a fallu mettre au point et valider un test de dépistage moléculaire des coronavirus à la fois simple et assez large. Ensuite 62 échantillons collectés en 2007-2008 ont été analysés. Les seize qui se sont révélés positifs proviennent des 55 lots qui avaient exprimé le complexe entéritique et aucun des 7 lots sains. Les coronavirus sont surtout détectés dans les caecums, l'intestin et la bourse de Fabricius. Les
organes profonds sont peu touchés. Concernant les caractéristiques des lots, les signes cliniques faisaient état
d'une large diversité de situations (entérite, frilosité, hétérogénéité) et d'une sortie de maladie également variée (guérison, hétérogénéité persistante ou euthanasie).

Coronavirus d'un nouveau génome

Enfin la troisième étape de la recherche s'est concentrée sur trois échantillons très concentrés en ARN viral, afin d'en faire une identification moléculaire. Les biologistes se sont intéressés au gène de la spicule membranaire (importante pour l'immunité humorale). Ils l'ont totalement séquencé et l'ont comparé à des souches déjà identifiées de bronchite infectieuse. « Ces trois virus sont très apparentés (97 % de parenté). Ils diffèrent des coronavirus dinde d'Amérique du Nord, et d'un coronavirus détecté en Italie sur la caille. »
L'Afssa en déduit qu'il s'agit d'une nouvelle lignée génétique. Il fait partie des coronavirus de la dinde, tout en restant à part des virus nord-américains. « Les prochains travaux vont consister à isoler ce virus, particulièrement difficile à obtenir en culture pure (pour le séparer des astrovirus souvent présents), et à étudier son pouvoir pathogène sur des dindes élevées en milieu protégé. » Il reste encore 70 % des cas cliniques à expliquer, puisque ces nouveaux coronavirus n'ont été détectés que sur 31 % des lots malades.

Source Réussir Aviculture Novembre 2009

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires