Entreprises : Delpeyrat se redresse de façon spectaculaire

Pascal Le Douarin

Après avoir tutoyé le gouffre en 2002, l'entreprise Delpeyrat, filiale aval du groupe Maïsadour,manifeste un appétit d'ogre qui dynamise l'ensemble de la coopérative.

Qui ou quoi pourra arrêter Thierry Blandinières, directeur général du groupe coopératif Maïsadour depuis début 2008 ? Ce passionné de rugby va-t-il réussir à faire de la coopérative landaise un poids lourd dans les métiers amont et aval liés au maïs, comme il a réussi à booster la filiale foie gras ?

En 2002-2003, le groupe Delpeyrat était au fond du trou, avec 24 millions d'euros de pertes
pour 85 millions d'euros de chiffres d'affaires. La maison-mère réinjectait un quart de ses fonds propres pour recapitaliser sa filiale. Face à ses concurrents et devanciers Euralis, Rougié ou Labeyrie, peu d'observateurs pronostiquaient un avenir brillant. Pourtant, Thierry Blandinières, venu du charcutier Madrange, réussissait à inverser la situation et à repositionner Delpeyrat dans le duo de tête.

Comment y est-il parvenu ? La recette est donnée dans les manuels du parfait manager :
pause dans les investissements, maîtrise des coûts fixes (notamment de la main-d'oeuvre),
recherche d'une meilleure productivité industrielle, et surtout, renforcement de l'efficacité commerciale. Pour réussir, encore faut-il disposer d'un chef de cuisine talentueux, et que la «mayonnaise» humaine et économique prenne. L'ancienne équipe d'encadrement a fait les frais de la remise en ligne. L'équilibre des comptes Delpeyrat a été rétabli en 2004-2005. De plus, en quatre exercices le chiffre d'affaires a quadruplé et a atteint 328 millions d'euros sur 2007-2008, avec un résultat qui devrait être de 5,7 millions. Pour la coopérative, la croissance a été plus modeste mais avec, tout de même, un chiffre d'affaires en croissance de 70 %.

Une gamme de produits gastronomiques du Sud-Ouest pour sortir de la saisonnalité des ventes de foie gras. (Delpeyrat)

Une gamme de produits gastronomiques du Sud-Ouest pour sortir de la saisonnalité des ventes de foie gras. (Delpeyrat)

 

Croissance sur le métier de base

Le redresseur s'était vu confier une autre mission par les agriculteurs administrateurs de la coopérative. Celle de construire un pôle aval plus fort, qui soutiendrait l'amont en y apportant de la valeur ajoutée. Ce plan stratégique suivait deux axes. Il a d'abord été décidé de renforcer Delpeyrat par la croissance interne et par des alliances ou des acquisitions.
Fin 2004, Maïsadour s'associe avec les oopératives Vivadour (Gers) et Val de Sèvre (Vendée), détentrices des entreprises Canard du Midi et Sopadev (75 millions d'euros de chiffre d'affaires sur 2003-2004), afin de créer le holding MVVH dans lequel la coopérative est majoritaire (à 86 %). Ce rapprochement a apporté environ quatre millions de canards issus du Gers (sous IGP) et de Vendée (origine France).
Les acquisitions externes ont eu lieu cette année, avec le rachat des actifs du landais
Muller en avril (32 millions d'euros de chiffre d'affaires, 1,5 million de canards gavés) et en
octobre dernier celui du groupe landais Excel Développement (60 millions d'euros de chiffre d'affaires, 3 millions de canards abattus et 1,5 transformés). Delpeyrat grossit «mécaniquement» de 3,5 millions de canards supplémentaires et pourrait dépasser les douze millions de têtes en 2009, ce qui en ferait le numéro un français en termes de volumes.





Développer une marque ombrelle

Le deuxième axe stratégique choisi par Maïsadour était de sortir de la saisonnalité, les ventes de produits de foie gras, qui cantonnait la marque à un seul rayon durant les périodes festives. D'où l'ambition de construire une gamme de produits gastronomiques haut de gamme et du Sud-Ouest. Maïsadour a d'abord jeté son dévolu sur les plats cuisinés, en rachetant en février 2006, la société agenaise «Magicien vert» qui produisait 6000 tonnes de plats frais, ultra frais et surgelés (30 millions d'euros de chiffred'affaires).

Ce fut ensuite le tour de l'IGP jambon de Bayonne, avec en février 2007, l'acquisition de
Campofrio-Montagne Noire (85 millions d'euros de chiffre d'affaires), puis des actifs de Maison Chevallier l'été dernier (plus de 40 millions d'euros de chiffre d'affaires). Avec ses 11 000 tonnes (850 000 jambons secs et les saucisses), le pôle Delpeyrat-Montagne Noire contrôlerait 70% du marché français. La marque ombrelle Delpeyrat sera apposée sur les produits à base de palmipèdes, de plats cuisinés et de jambon de Bayonne. Elle sera présente en GMS toute l'année et dans plusieurs rayons, ce qui d'évidence améliorera sa notoriété.

Hors Excel Développement, les trois pôles Delpeyrat détiennent seize sites industriels et le chiffre d'affaires consolidé atteindra les 450 millions d'euros en 2008-2009. Avec, ce sera près de 20 sites dont une filiale au Canada, et plus de 500 millions d'activités.



Il reste peut être deux étapes à franchir. Passer dans la truffe, un autre emblème du Sud-Ouest et passer dans l'aval de la volaille. Pour le moment, la coopérative est présente en sélection, en accouvage, en aliment et en production avec 11 millions de volailles sous signe de qualité et 7 millions en standard. Dans les années 90, elle avait cédé au groupe Arrivé la majorité de son abattoir « Les Fermiers Landais ». Mais jusqu'où ira Thierry Blandinières ?

 

Source Réussir Aviculture Novembre 2008

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