Environnement : La filière canard à rôtir a fait son bilan carbone

Armelle Puybasset

A la demande de l'interprofession du canard à rôtir, le Cicar, la chambre régionale d'agriculture des Pays de la Loire et l'Itavi ont évalué l'impact carbone du maillon élevage de la filière de canard de Barbarie selon deux modes d'élevage : sur caillebotis et sur litière paillée avec deux variantes selon l'origine d'approvisionnement en paille (distance de transport aller/retour de 300 km ou de 1000 km). Les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont évaluées de l'arrivée des canetons jusqu'au départ à l'abattoir : cela intègre la consommation d'énergies fossiles (gaz, électricité, fioul), la construction du bâtiment et des équipements, l'approvisionnement en intrants (aliment et paille) et la gestion des déjections.
Pour comparer facilement les deux modes d'élevage, les émissions de GES sont converties en une unité de mesure commune, « l'équivalent carbone » ramené au kilo de poids vif. Les scénarios « caillebotis » et « litière » ont été établis à partir de références techniques issues de la bibliographie ainsi que d'observations du terrain et d'avis d'experts. Les performances techniques sont identiques mais avec une densité plus faible sur litière : 7,3 canards/m2 contre 14,3 sur caillebotis. Le niveau de productivité retenu est de 56,3 kg/m2/lot pour le scénario caillebotis et de 28,4 kg/m2/lot pour le scénario litière, soit pratiquement deux fois moins.

Moins de chauffage sur litière

« Globalement, a résumé François Merlet, de la chambre régionale des Pays de la Loire lors de la journée Itavi des professionnels du canard à rôtir, les systèmes d'élevage sur caillebotis ou sur litière (distance d'approvisionnement de 300 km) ont un impact carbone assez proche, c'est-à-dire 172 grammes équivalent carbone par kilo de poids vif pour le premier et 184 grammes pour le second. L'impact carbone est plus défavorable dans le cas où la distance d'approvisionnement de la paille aller/retour est de 1000 kilomètres : 216 grammes équivalent carbone. » Pour chaque scénario, le pourcentage d'incertitude est élevé, entre 50 et 70 %. L'explication tient au poste fermentations des déjections, le plus important en volumes d'émissions, mais aussi le plus difficile à estimer. Il existe en effet peu de données scientifiques sur les émissions de GES lors de la fermentation des déjections (fosse à lisier ou fumier). Avec un impact de 109 grammes équivalent carcasse par kilo contre
80 grammes avec litière, ce poste est a priori défavorable à la pratique de l'élevage sur caillebotis. « Mais ce résultat varie probablement selon le matériel disponible (fosse couverte ou non) et la structure du parcellaire. »
Trois postes apparaissent favorables à la pratique d'élevage sur caillebotis. La consommation de gaz ramenée au poids vif est moins élevée que sur litière, contrairement à l'hypothèse de départ (besoins de chauffage pour assécher la litière). Comme prévu, le poste « approvisionnement en intrant » est défavorable dans le scénario litière (transport et broyage de la paille). Et enfin, le scénario sur caillebotis nécessite davantage de matériaux de construction avec une durée de vie plus courte du fait de la corrosion. Mais ramené au kilo de poids vif, l'impact carbone de ce poste est légèrement plus favorable pour l'élevage sur caillebotis.

 

A l'échelle de la filière, l'élevage sur litière génèrerait une fois et demie plus de GES car il faudrait deux fois plus de surfaces de bâtiments. (DR)

A l'échelle de la filière, l'élevage sur litière génèrerait une fois et demie plus de GES car il faudrait deux fois plus de surfaces de bâtiments. (DR)

 

Densité plus faible sur paille

« Cette étude constitue une première approche du calcul de l'impact carbone de l'élevage de canard, a conclu François Merlet. Il y a certains postes d'émissions qui méritent d'être affinés car les facteurs de variations sont nombreux. Et plus nous aurons de données disponibles, plus le bilan sera précis. » Il est important d'élargir cette approche « Impact carbone » à l'ensemble de la filière et pas seulement à l'échelle d'un élevage. « Si l'élevage sur litière devait se généraliser, il faudrait deux fois plus de bâtiments pour maintenir le potentiel de production de la filière française du fait de la densité deux fois plus faible. Cela générerait au minimum une fois et demie plus d'émissions de gaz à effet de serre », a estimé l'ingénieur.

 

Source Réussir Aviculture Juillet-Août 2010

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