Equarrissage : Améliorer la collecte des animaux morts

Pascal Le Douarin

En 2009, la réforme du service public de l'équarrissage passera par la recherche d'un nouvel équilibre entre les impératifs sanitaires et les contraintes économiques. Avec la collecte en première ligne.

Le service public de l'équarrissage (SPE) représente en moyenne 430 000 tonnes d'animaux trouvés morts (ATM), dont 55 000 tonnes de volaille, pour un coût global d'environ 150 millions d'euros par an. Depuis juillet 2006, la gestion administrative du SPE a été confiée à l'Office de l'élevage. La collecte est assurée par 62 établissements. Cinquante servent uniquement à l'entreposage des matières crues avant leur transfert. Douze les transforment en farines et en graisses.

Les frais de collecte pèsent pour deux tiers du coût équarrissage. (P. Le Douarin)

Les frais de collecte pèsent pour deux tiers du coût équarrissage. (P. Le Douarin)

Un financement qui pose problème

Le contrat de trois ans passé entre l'État et les entreprises d'équarrissage arrive à son terme le 17 juillet 2009. En 2007, sur un budget d'environ 150 millions d'euros (155 millions prévus en 2008), la taxe d'abattage a contribué pour 91 millions d'euros (90 millions en 2008), les éleveurs pour 12 millions (23,3 millions en 2008) et l'État pour 44 millions d'euros (Idem en 2008). Or le SPE est déficitaire et les pouvoirs publics ont dû régulièrement remettre de l'argent. Le trou devrait atteindre 41 millions d'euros en juillet prochain.
Dans une logique de libéralisation, déjà entamée en 2005 avec les déchets C3 des abattoirs, l'État a annoncé qu'il passerait la main aux professionnels, en leur laissant le soin de financer le dispositif eux-mêmes.
Michel Barnier a déclaré que cette nouvelle étape de la réforme de l'équarrissage permettrait de diminuer les coûts d'environ 25 % et qu'elle renforcerait la responsabilité des professionnels.
Selon lui, cette responsabilisation financière les inciterait à exploiter toutes les sources de diminution du coût de l'équarrissage : amélioration des conditions d'élevage conduisant à une diminution de la mortalité ; généralisation de structures collectives de gestion renforçant le pouvoir de négociation vis-à-vis des équarrisseurs ; constitution à terme d'une association unique pour l'ensemble de la filière de l'élevage ; valorisation des sous-produits animaux.

Tenir compte des disparités géographiques

Il est encore bien trop tôt pour savoir de quelle manière sera financée cette activité privée — mais toujours de salubrité publique — ni quelles règles seront appliquées : celles du libre jeu de l'offre et de la demande ou bien celles d'un marché semi encadré ? Plusieurs questions sont en suspens.
La question de l'équité tarifaire territoriale est fondamentale. Le coût du marché public est en moyenne de 300 euros HT par tonne collectée et traitée. Il oscille entre 200 euros (en Bretagne) et plus de 1000 euros HT la tonne (en zone de montagne), en relation étroite avec la densité animale. Selon l'Office de l'élevage, la collecte représente les deux tiers du coût, le restant étant consacré à la transformation et à l'élimination. Toujours selon ce dernier, sur la période 2007-2008, 10 000 tournées de camions sont comptabilisées chaque mois chez 102 000 éleveurs, représentant 250 000 enlèvements de 390 000 animaux, en excluant les lots (petits et moyens cadavres en conteneurs).

Optimiser les coûts de collecte

Demain, la libéralisation pourrait s'accompagner de nouvelles règles de collecte, sans qu'elles réduisent la sécurité sanitaire des élevages et la salubrité publique. Déclarer des poids très proches de la réalité permettrait d'optimiser encore les tournées, de plus en plus calculées en fonction du kilométrage et des poids déclarés. Aménager les sites améliorerait les temps d'interventions et permettrait même de prévenir les clients des heures de passage, par internet ou par SMS. La massification écrase les coûts fixes. Elle a déjà été réalisée dans les centres de transformation, qui pour cette raison traitent à la fois des déchets C 1 et C 2. Deux entreprises dominent largement le secteur : Sifdda, filiale de Saria Industries, et Atemax, filiale du groupe Caillaud Akiolis, qui détiennent chacune quatre usines, soit huit sur les douze. Les collecteurs ont aussi mis en place des centres de regroupement pour concentrer les apports avant leur transit vers les usines. En 2008, Siffda-Saria et Caillaud-Atemax ont également procédé à des échanges de fonds de commerce. La massification pourrait être raisonnée jusqu'aux élevages.

Le regroupement privé des cadavres issus d'un secteur géographique existe déjà, tout comme le stockage à l'élevage. Du côté des éleveurs, la systématisation de la pesée embarquée est une demande forte, alors que les équarrisseurs semblent plus réticents. Ceux-ci avancent des raisons techniques, notamment celle selon laquelle le poids total de la tournée ne sera jamais égal à la somme des poids pris à chaque point, d'où la nécessité d'établir des péréquations comme aujourd'hui.

Trouver un prix non-dissuasif

La question de faire trop payer pose aussi problème, sachant que les éleveurs paient depuis peu de temps (ou pas du tout), et qu'ils contribuent modérément au SPE. En volailles chair, le tarif officiel est de 25 euros la tonne, à comparer aux coûts réels de 300 à 400 euros en moyenne. Gare aux risques d'enfouissements sauvages. Le rapport de force entre les offreurs et les demandeurs poserait aussi question. Les équarrisseurs sont peu nombreux. Compte tenu des investissements lourds nécessités par l'évolution de la réglementation, et compte tenu des marges faibles de ce métier, les entreprises se sont très concentrées.

Verra-t-on vraiment les coûts diminuer comme l'espère l'État ? Pour apporter des contrepoids, début novembre les députés ont adopté deux amendements. L'un stipule que des éleveurs pourront adopter des systèmes d'équarrissage à la ferme, dans la mesure où ceux-ci auront été agréés. L'autre permettrait à des entreprises non issues des métiers de la valorisation des coproduits animaux de se placer comme collecteurs et valorisateurs. Ce pourrait être, par exemple un abattoir coopératif de porcs situé dans une zone d'élevage très dense. Enfin, les éleveurs mettent régulièrement en doute la transparence des comptes des équarrisseurs sur la valorisation finale. Ces derniers soulignent que les graisses sont utilisées pour cuire les matières et que les farines sont incinérées en cimenteries, et invoquent le contrôle strict de l'Office sur leur activité. L'Office assure des contrôles administratifs à trois niveaux : contrôle des stocks en usines, contrôle des tournées (bordereaux, ponts bascule…), et contrôle des factures (notamment des poids effectifs).
Au bout du compte, il est possible qu'il n'y ait plus un, mais des marchés pour l'équarrissage en fonction des filières, et en fonction des efforts consentis par les éleveurs. Pour eux comme pour les équarrisseurs, il faudra imaginer un dispositif plus souple et plus adaptable, mais toujours équitable.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Aviculture du mois de décembre 2008. RA n°142, p. 10 à 17.

Source Réussir Aviculture Décembre 2008

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Commentaires 1

FMAJ

En attendant moi acheté le bac équarrissage de la société agrimage est j'ai réussi à le faire subventionné avec mon gds ! il était un peut plus cher mais il est solide.

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

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