Eric Cachan, président du Synalaf* : Non, le label rouge n'est pas mort »

Propos recueillis par Pascal Le Douarin

Un débat contradictoire secoue le monde du label rouge sur les changements à apporter pour relancer la consommation, notamment sous forme découpée.

Faut-il « alléger » les valeurs fondamentales des volailles label rouge posées voici cinquante ans ?

Je m'opposerai à des changements, tant que l'on ne m'aura pas démontré qu'il n'y a pas un danger à faire évoluer les fondamentaux du label rouge, tant qu'il y aura des risques pour les volailles entières, et tant qu'on n'aura pas trouvé la pertinence et la cohérence entre les enjeux techniques, économiques, sociétaux et d'image. Nous n'avons jamais été autant en phase avec les attentes des citoyens. Il vaudrait mieux tirer encore le label rouge vers le haut. Qui d'autre peut le mieux répondre aux attentes de développement durable, avec le respect de l'environnement et du bien-être animal, même si sur le point du bilan carbone nous avons des efforts à faire. La filière génère des emplois. La qualité supérieure du produit est reconnue

« Le label rouge devrait opter pour l'aliment non OGM pour se repositionner en leader par rapport aux attentes sociétales fortes. » (P. Le Douarin)

« Le label rouge devrait opter pour l'aliment non OGM pour se repositionner en leader par rapport aux attentes sociétales fortes. » (P. Le Douarin)

Cela peut aller jusqu'à préconiser une alimentation sans OGM ?

Pour moi, le non OGM serait un bon moyen de maintenir un différentiel par rapport au standard qui évolue lui aussi vers le haut. Pour l'instant, le Synalaf a convenu de laisser aux organismes de gestion le soin de communiquer ou pas sur le « nourri sans OGM », comme les textes d'application de la loi de 2008 devraient prochainement le permettre.

Le marché label rouge est-il vraiment mal en point ?

Je suis agacé d'entendre dire que le label rouge est mort, que nous avons de très grosses difficultés et que l'avenir est morose. Je veux relativiser ces sombres augures. La mauvaise passe est jugée à travers trois accidents de parcours : l'année 2001 exceptionnelle (+ 11 %) avec l'effet de l'ESB positif pour les volailles et ensuite une consolidation à la baisse ; 2005-2006 avec l'influenza aviaire suivie d'un rebond en 2007 ; puis 2008 et la crise économique. Aujourd'hui, nous sommes au niveau de 1999 en labellisations. Néanmoins, je ne nie pas les difficultés du marché de la découpe.

Faut-il persévérer à développer les volailles label découpées ?

D'abord, souvenons-nous qu'en volailles, le label rouge n'est pas une niche ! En poulet, c'est plus de la moitié des achats des ménages en entier et presque un quart du total. La découpe augmente aussi en label, certes pas aussi vite qu'en standard. Vouloir diminuer son prix en jouant sur le seul maillon production est insuffisant si on n'analyse pas la chaîne de valeur jusqu'à la distribution. Les deux solutions étudiées, rajeunissement à 70 jours ou alourdissement à 81 jours, ont surtout montré leurs dangers. D'abord l'impact négatif sur l'image de l'entier qui pèse 80 % du marché, avec des poulets d'une qualité gustative modifiée ou des poulets qui ne sortiraient plus sur les parcours. Enfin, le potentiel de production serait augmenté sans moyen d'être absorbé. Réglementairement, cela risque d'être un travail de longue haleine. Notre coeur de marché et notre priorité c'est l'entier.

Le modèle label rouge doit-il rester figé ?

La porte n'est pas fermée à tout changement. Le Synalaf est favorable à une évolution sur trois points : possibilité de passer à deux fois 1600 m2 en autorisant deux sites au lieu de 1600 m2 par exploitation ; permettre le double démarrage dans un poulailler avec le second vide ; moduler la durée des vides sanitaires tout en respectant une durée annuelle fixée. Aujourd'hui on ne vit pas correctement avec quatre poulaillers en phase d'amortissement, alors qu'il y a vingt ans, deux suffisaient pour dégager tout de suite 5000 francs mensuels. Avec la rationalisation, on a gagné en productivité, mais malheureusement pas en rentabilité.

* Fils d'agriculteur, Éric Cachan s'est installé en 1987 à La Flèche dans la Sarthe avec deux poulaillers label rouge, après avoir été conseiller de gestion agricole durant trois ans. Aujourd'hui, il exploite 56 hectares en parallèle de l'élevage de canards mulard, poulets, dindes et pintades. Éric Cachan préside le Syndicat national des labels avicoles français (Synalaf) depuis cinq ans et est aussi vice-président de la coopérative des Fermiers de Loué.

Source Réussir Aviculture Mai-Juin 2009

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