Francis Damay*, président du CNPO : Une crise historique dans l'oeuf »

Propos recueillis par Pascal Le Douarin

Francis Damay*, président du CNPO : Une crise historique dans l'oeuf »

La filière française de l'oeuf réduit son offre, mais est confrontée à un rapport prix-charges inversé. Pour rebondir, elle doit absolument obtenir des hausses de ses prix de vente.

Quelle est l'urgence pour la filière oeuf ?

Jusqu'à l'an dernier, la filière oeuf, avait toujours réussi, avec plus ou moins de décalage, à faire évoluer le prix des oeufs en fonction de ses charges, notamment celles des matières premières. La revalorisation du prix des oeufs est plus que nécessaire actuellement pour les raisons connues de tous, que sont les événements climatiques internationaux qui impactent le coût des matières premières agricoles. D'ores et déjà, on sait que la récolte 2011 sera chère. Le marché à terme laisse augurer une fermeté pour 2012. Il est donc nécessaire de trouver avec la grande distribution une négociation tenant compte de cette volatilité des cours aussi importante.

Quelles solutions pour contrecarrer les centrales d'achat qui refusent les hausses des prix ?

Voici une dizaine d'années, la marge commerciale avait été bloquée à 25 centimes par oeuf par le législateur durant quelques mois. C'était pour éviter que les coefficients multiplicateurs amplifient les hausses pour le consommateur. Alors que toutes nos charges montent, nous demandons aujourd'hui un mécanisme similaire, afin que l'indice des prix n'augmente pas de manière déraisonnable. Il faut trouver un genre de « marge moyenne raisonnable ». Il nous faut un système qui préserve la pérennité des producteurs ou des organisations économiques avec lesquelles ils contractualisent. Quand tout ou presque va mal, personne ne résiste plus, même s'il croit pouvoir tenir plus longtemps que son voisin. Pourtant, il va bien falloir que chacun « gagne sa croûte ». Je conviens que ce n'est pas simple à mettre sur pied, mais nous devrions discuter toutes productions animales confondues.
Dans notre malheur, nous avons une chance : contrairement aux produits carnés, l'oeuf n'est pas en compétition avec un autre produit. Et nous aimerions que toutes les GMS et tous les utilisateurs français d'oeufs n'achètent que des oeufs du territoire.

Une régulation européenne des marchés de l'oeuf est-elle envisageable ?

On peut rêver… Les régulations se font naturellement, lorsque les opérateurs sont honnêtes dans leur commerce. Normalement, on ne met pas en place plus que ce qu'on est capable de vendre. Déjà en France ce n'est pas simple. En Europe, trop d'intérêts divergent…

Pour quand attendez-vous une amélioration du marché ?

Avec des prix de revient jamais aussi hauts et des prix de vente jamais aussi bas, nous vivons une crise historique que je n'ai jamais connue depuis mon installation en 1969. La production ne paie plus l'aliment avec les ventes d'oeufs. Actuellement, partout dans l'Union européenne, les vieux bâtiments sont remplacés par de nouveaux ateliers alors que les anciens continuent à produire. Mais, depuis quelques mois, les abattoirs de poules sont à saturation et les mises en place de poulettes diminuent fortement. Donc, la production d'oeufs française devrait baisser prochainement, de sorte que nous pourrions revenir cette année aux effectifs français des années 2007 et 2008. Ne reprochons pas aux gens d'avoir fait l'effort de se mettre aux normes bien-être. La filière oeuf est construite à partir d'un long cycle de production. Il aurait donc été illusoire de fixer un calendrier par éleveur. Rappelons que la consommation a augmenté de 6 % en 2009 et de 3 % en 2010 et ce, grâce à la communication positive du CNPO, au retour à la cuisine à la maison et au prix de la protéine animale la moins chère et aux excellentes qualités nutritionnelles. La flambée imprévue des céréales est arrivée au pire moment.

* Francis Damay est président de l'interprofession (Comité national de promotion de l'oeuf) depuis 2001. Il a été agriculteur et aviculteur dans la Somme de 1969 à 2010. Installé avec 1800 poules en cages et des terres cultivées, il a développé son atelier avec deux autres associés en SCEA jusqu'à 57 000 poules et créé la SARL Frami oeuf avec 8 associés (170 000 poules). Il a été membre fondateur de Matines en 1985 avec la Sicadap.

Source Réussir Aviculture Mars 2011

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