Gavage : la recherche de la cage idéale

Hervé Dumuis

Le 1er janvier 2010, les salles de gavage neuves devront respecter la recommandation européenne sur le bien-être animal. Les fabricants se disent prêts, mais l'absence de normes claires interpelle.

Les années 85-90 ont vu la généralisation des cages de gavage individuelles pour remplacer les parcs collectifs de dix animaux au sol et les épinettes collectives développées pour le gavage des oies. Fini la corvée pour le gaveur qui devait se baisser pour attraper les canards récalcitrants ! Et avec à la clé une baisse des coûts de production, une réduction du temps de travail et une amélioration de la productivité en passant de 80 à 220 animaux gavés par heure.
Aujourd'hui, sur 40 millions de canards gavés, 39 millions le sont en systèmes de gavage individuel dans des salles pouvant accueillir jusqu'à 2000 places. Pourtant, au 1er janvier 2010 toutes les salles de gavage neuves (en 2015 pour les existantes) devront être équipées de cages collectives, en vertu de la recommandation du 22 juin 1999 du comité permanent de la convention européenne sur la protection des animaux dans les élevages.
Les inconvénients de la cage sont multiples : lésions superficielles dues aux frottements, dévalorisation des carcasses et des cuisses, fragilisation des os par manque d'activité, fractures plus fréquentes des têtes humorales… Enfin, impossible pour les canards d'exprimer un comportement naturel. Rien de surprenant à ce que les lobbies welfaristes fassent pression et que la cage individuelle soit remise en cause.

Jeune éleveur dans les Landes, Jean-Baptiste  n'a pas attendu 2010 pour se mettre aux normes avec ses nouveaux parcs collectifs Guitoune. (H. Dumuis)

Jeune éleveur dans les Landes, Jean-Baptiste n'a pas attendu 2010 pour se mettre aux normes avec ses nouveaux parcs collectifs Guitoune. (H. Dumuis)

Un retour en arrière est exclu

Revenir en arrière vers les parcs collectifs semble impossible. La problématique est donc de trouver des logements collectifs qui respectent la recommandation en maintenant les capacités de production, la productivité du gavage et les performances zootechniques tout en limitant les investissements et en garantissant de bonnes conditions de travail aux gaveurs.
Le problème sous-jacent est la notion d'espace. Quel espace donner aux canards pour pouvoir exprimer un comportement naturel, sachant que la norme actuelle pour les logements individuels est de 1000 cm2 par canard contre 2000 cm2 en collectif ? En outre, quelle taille de groupe faut-il retenir ?
En 2000, les premières observations en cages collectives avaient conclu à une baisse de productivité et des performances zootechniques ainsi qu'à des problèmes de repérage d'animaux.
Entre 2002 et 2004, une étude menée par l'Itavi et le lycée agricole de Périgueux a porté sur les densités et tailles de groupe. Les configurations de 6 à 9 canards par cage, avec 2000 cm2 par animal, étaient les plus favorables pour le bien-être et la qualité de magret. Plus la taille du groupe est élevée, plus les conditions d'élevage sont améliorées car la notion d'espace total est importante. Chaque canard dispose toujours de la même surface individuelle, mais la taille de la cage augmente proportionnellement au nombre de canards, qui disposent d'espaces plus vastes pour s'isoler et fuir les combats générateurs de stress et de blessures.

Ne pas minimiser les normes

Un délai supplémentaire de 5 ans au-delà des dates butoirs initiales du 31 décembre 2004 (nouvelles installations) et du 31 décembre 2010 (toutes les installations) a été accordé à la filière pour que les systèmes alternatifs soient parfaitement adaptés et compétitifs. Le sont-ils aujourd'hui ?
Selon François Héraut, responsable de la station palmipèdes à foie gras du lycée agricole de Périgueux, « Depuis un an, tout le monde a acté les changements et huit constructeurs présentaient du matériel au dernier salon Foie gras expo de mars. Cependant, il existe une tendance minimaliste sur certains points. Il faudra rester vigilant à ne pas abuser de l'absence de normes explicites dans la recommandation. »
Des études plus récentes ont comparé des logements commerciaux collectifs avec des logements de type individuel. Les résultats ont confirmé que le bien-être augmente en proportion avec la surface offerte par canard, mais que les résultats techniques restent inférieurs à ceux obtenus en logements individuels. Ceci n'est pas sans conséquence lorsqu'on compare le surcoût d'une cage collective par rapport à une épinette (30 à 35 euros par place contre 15 €). Cependant, ces écarts sembleraient davantage liés aux lots de canards et aux courbes de gavage utilisées qu'au type de logement, ce qui laisse entrevoir de réelles possibilités d'amélioration.

Des contraintes encore à explorer

La contrainte de travail et le stress du gaveur restent des éléments à explorer avant de faire des préconisations sur le nombre de canards par cage.
En logement collectif, le temps de travail supplémentaire est de l'ordre de 15 à 60 % selon les sources. Distinguer un canard d'un autre sur une case est une chose, mais maintenir son attention pour gaver 2000 canards en deux heures peut être une source de stress importante. Une contention minimale est donc nécessaire car la position d'embucquage est primordiale sur la cadence. L'influence du design des cages sur les troubles musculosquelettiques seront également à évaluer.
Un dernier point important n'a pas encore été résolu : le système d'abreuvement, l'emplacement et le type d'abreuvoir. Un abreuvoir situé au fond, entre deux rangées de cages, est idéal pour le respect de la recommandation, mais un abreuvoir de taille réduite en façade est plus pratique pour le gaveur.
Des études complémentaires sont à réaliser de façon à pouvoir répondre aux exigences des uns et des autres sans risquer voir une recommandation se transformer en réglementation.

 

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Aviculture de juillet-août 2009. (R. Aviculture n°148, p. 12 à 19)

Source Réussir Aviculture Juillet-Août 2009

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