Gérard Lasfargues, directeur scientifique adjoint de l'Anses * : La santé des agriculteurs est une priorité »

Propos recueillis par Pascal Le Douarin

Qu'apporte aux agriculteurs la mise en commun des compétences de l'Afssa et l'Afsset, réunies dans une seule agence l'Anses ?

La fusion de l'Afssa (agence française de sécurité sanitaire des aliments) et de l'Afsset (agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail) en une nouvelle Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail va permettre des synergies dans les quatre domaines : santé au travail, santé et environnement, santé animale et la sécurité et la qualité nutritionnelle des aliments. Marc Mortureux, directeur général de l'Anses, a clairement identifié la santé au travail des agriculteurs comme l'une des priorités de l'agence.

Quels risques sont considérés comme prioritaires ?

Évaluer les risques liés à de nombreux agents chimiques pour les travailleurs et les consommateurs est un chantier important et mobilise de nombreuses personnes à l'Anses. Nous continuerons à travailler sur les risques « traditionnels » (zoonoses : tuberculose, brucellose…) et sur les risques infectieux émergents (psittacose, charbon…) grâce à l'apport des laboratoires de l'agence. Il reste encore beaucoup à faire pour mieux connaître les risques sur la santé humaine, afin de les prévenir et mieux protéger les agriculteurs.

Pour G. Lasfargues, « la fusion entre l'Afssa, agence de sécurité sanitaire des aliments, et l'Afsset, agence de sécurité sanitaire de l'environnement au travail, va amener des synergies. » (P. L. D.)

Pour G. Lasfargues, « la fusion entre l'Afssa, agence de sécurité sanitaire des aliments, et l'Afsset, agence de sécurité sanitaire de l'environnement au travail, va amener des synergies. » (P. L. D.)

 

Quels sont ces risques chimiques qui « émergent » ?

Les connaissances sur les pesticides vont être renforcées, notamment à travers l'Observatoire sur les résidus des pesticides, et le recueil de données dans les filières d'utilisation. En plus de son travail d'expertise, l'Anses soutient la recherche sur les pathologies suspectées en lien avec les expositions professionnelles à certaines classes de pesticides (cancers, maladie de Parkinson…). L'objectif premier est de renforcer la prévention de ces pathologies. L'évaluation de risques émergents est également une priorité. Ainsi, celui des perturbateurs endocriniens (molécules toxiques pour la reproduction telles des pesticides, phtalates, le bisphénol A, parabens, etc.) dont les risques pourraient toucher les parents et enfants de parents exposés. L'évaluation et la recherche de substituants est donc extrêmement importante.

Quelles autres actions sont réalisées par l'Anses ?

Nous avons pour mission de définir pour des agents cancérogènes ou toxiques leurs valeurs limites d'exposition en milieu professionnel, valeurs qui sont importantes pour aider les préventeurs à gérer le risque. Autre exemple, nous proposons des solutions de substitution (quand elles existent) vis-à-vis des agents CMR avérés (Cancérogènes, Mutagènes ou toxiques pour la Reproduction). Elles sont consultables sur un site internet dédié (http://www.substitution-cmr.fr/). Certains agents comme des désinfectants utilisés en élevage, tels le formaldéhyde, en font partie. Nous évaluons également l'efficacité des équipements de protection individuelle des agriculteurs pour aider à des choix appropriés dans ce domaine.

Quels sont les risques qui vous paraissent sous-estimés ou mal connus ?

Le risque psycho-social est un des principaux motifs de consultation dans le monde du travail. Il est très présent dans le monde agricole, mais reste mal connu et peu étudié. Nous l'abordons indirectement à travers le « réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles » (RNP3P) qui regroupe les consultations des CHU et de services pilotes de santé au travail . Un autre sujet de mobilisation concerne les conséquences du développement de l'antibiorésistance en élevage, envisagées d'un double point de vue : impact sur la santé des opérateurs en contact avec les animaux, impact en santé publique des porteurs sains de germes antibiorésistants. C'est le cas du staphylocoque doré résistant à la méticilline retrouvé en élevage de porcs.

* Gérard Lasfargues est médecin et professeur au CHU de Tours, spécialisé sur la santé au travail. Il a notamment travaillé en épidémiologie des cancers d'origine professionnelle. Après être entré en 2006 à l'Afsset pour diriger le département des expertises en santé et environnement, il en est devenu le directeur général adjoint scientifique en 2009, puis celui de l'Anses en septembre dernier.

Source Réussir Aviculture Octobre 2010

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