Il est éleveur référent au Crédit Agricole

Armelle Puybasset

Il est éleveur référent au Crédit Agricole
Luc Le Digabel apprécie de partager son expérience pour conforter les projets de futurs producteurs, sans avoir la prétention d'être un expert. - © A. Puybasset

Luc Le Digabel, aviculteur dans les Côtes d'Armor, est régulièrement sollicité par sa banque pour porter un regard d'éleveur sur les projets avicoles ou lors de situations difficiles.

Trente-et-un référents agricoles en Côtes-d'Armor

La Caisse Régionale du Crédit agricole des Côtes-d'Armor, et en particulier la caisse locale de Rostrenen présidée par Luc Le Digabel, a été pionnière dans la mise en place dès 2007 de référents professionnels. L'objectif était de créer une structure locale composée d'élus pour favoriser la création et la transmission de petites entreprises, tous secteurs confondus (agriculture, artisanat) et d'aider les professionnels en difficulté dans une logique d'accompagnement économique et humain (« solidarité opérationnelle »). Le département compte 60 administrateurs-référents dont la moitié est spécialisée en agriculture. Cette démarche qui s'est développée en Ille-et-Vilaine depuis 2011, entre désormais dans le cadre des missions des administrateurs des caisses locales. Pour être référent, il faut d'abord être administrateur au sein d'une caisse locale. Les agriculteurs candidats bénéficient d'une formation d'une demi-journée pour apprendre à mener un entretien.

Éleveur de poulettes futures pondeuses d'oeufs de consommation sur un site de 5000 m2 à Plounevez-Quintin, Luc Le Digabel consacre une partie de son temps à sa mission d'administrateur référent du Crédit Agricole des Côtes-d'Armor. Concrètement, il accompagne les chargés de clientèle lors de rencontres chez leurs clients aviculteurs. Il intervient essentiellement en pondeuses, parfois en chair, et dans deux cas de figures : lors d'un projet de création, d'agrandissement ou de reprise ou lorsque l'élevage rencontre des difficultés financières. Les visites en binôme se font à la demande du conseiller financier et après accord du client. « Le chargé de clientèle apporte l'analyse financière. Notre rôle est d'y ajouter un éclairage technique, de conforter ou d'enlever un doute sur un projet. Il s'agit notamment d'estimer la valeur technique du bâtiment et du matériel, de décrypter un contrat, de cerner les priorités du porteur de projet et de vérifier que tout a été pris en compte. Lors d'une construction, on veille à ce que l'éleveur donne priorité à ce qui va faire la performance et qu'il ne se focalise pas uniquement sur la technologie. » À l'issue de chaque visite, Luc rédige un avis qui est ensuite intégré dans le dossier de demande de prêt. « L'idéal est de retourner voir le jeune un an après son installation et de s'assurer que tous les clignotants sont au vert. Ces visites permettent de bien anticiper un projet et ses problématiques. Elles sécurisent la banque (qui engage des fonds) mais aussi l'éleveur, qui perçoit bien ces visites. C'est l'occasion d'échanger avec un autre interlocuteur que son conseiller financier. »

« Décrypter ce qu'il y a derrière les mots »

Les visites liées à des difficultés financières sont heureusement plus rares. Il s'agit de comprendre pourquoi la santé de l'exploitation se fragilise : est-ce pour des raisons conjoncturelles, techniques ou familiales ? Après un premier quart d'heure un peu difficile, le tutoiement entre les deux aviculteurs se met vite en place. L'essentiel est d'arriver à libérer la parole pour échanger sur les problèmes et rechercher des solutions pour redresser l'activité. « Il faut rassurer l'éleveur. Je ne suis pas là pour porter un jugement mais pour apporter des conseils et faire profiter de mon expérience. Mais je ne me positionne surtout pas comme un expert. » Bien entendu, la confidentialité des échanges va de soi.

Un bon équilibre entre son métier et ses responsabilités

À force de visites, l'éleveur a acquis une bonne connaissance du métier et de la filière. La fréquence des sollicitations par les chargés de clientèles est très variable : d'une fois tous les trimestres à une fois tous les 15 jours. « Actuellement, j'interviens beaucoup lors de projets de création d'atelier en pondeuses plein air. » Ces rencontres sont également riches d'enseignements pour Luc. « On n'en ressort pas indemnes, notamment lors de situations difficiles. Le rôle de référent donne davantage de sens à ma responsabilité d'élu au Crédit Agricole. » Président de la caisse locale de Rostrenen, il est aussi administrateur au sein de la caisse régionale des Côtes-d'Armor. Il apprécie ces responsabilités qui lui permettent de « sortir de son élevage ». Il a fait en sorte qu'elles soient compatibles avec son métier de producteur de poulettes. « Avec une surface de 5000 m2, je ne pouvais pas embaucher un salarié. J'ai fait le choix d'externaliser toutes les interventions qui peuvent l'être (nettoyage, vaccinations...) et de me concentrer sur la conduite d'élevage."

Il est éleveur référent au Crédit Agricole

De l'expérience en chair et en ponte

Luc Le Digabel, 62 ans, décrit son parcours professionnel en trois phases avec une mémoire infaillible des dates.

- 01/01/1980 : une fois en poche son certificat spécialisé en aviculture de Ploufragan, il s'envole avec son épouse pour les États-Unis avec pour mission d'implanter la souche chair ISA. « Ce fut une expérience extraordinaire. Il y avait un côté aventurier. J'avais la chance de pouvoir parler anglais. »

- 16/03/1981 : de retour en France, il saisit l'opportunité du développement de la filière poulet export. Il s'installe avec l'intégrateur Doux et investit dans deux bâtiments, soit 3500 m2. « C'était de grandes surfaces pour l'époque. » L'éleveur s'épanouit peu dans son métier d'éleveur de chair. « Mes résultats techniques étaient moyens, » reconnaît-il. « La conjoncture était mauvaise. » Il se réoriente dans la production de poulettes futures pondeuses, une fois les annuités remboursées (7 ans).

- 1993 : il investit dans un troisième bâtiment de 1500 m2, soit 5000 m2 au total, et élève jusqu'à aujourd'hui des lots de 75 000 poulettes pour Glon-Sanders.

- 1998 : il devient administrateur de la caisse locale Crédit Agricole de Rostrenen et la préside à partir de 2001. Depuis 2008, il est administrateur de la caisse régionale des Côtes-d'Armor.

- 2018 : date prévue de son départ à la retraite. L'élevage sera repris par l'un de ses enfants, Antoine.

Source Réussir Aviculture

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