Importations : L'Abef vient défendre le poulet brésilien en France

Pascal Le Douarin

L'association des exportateurs brésiliens de poulet (Abef) veut rassurer les Européens sur la qualité sanitaire de ses produits et sur les efforts réalisés en matière d'environnement.

Les exportateurs brésiliens de volailles n'ont guère apprécié les critiques de la presse
européenne à leur égard, notamment allemande, les accusant d'utiliser des hormones et
des substances cancérigènes ou encore de détruire la forêt amazonienne pour nourrir
leurs poulets.
L'Abef qui fédère 23 sociétés exportatrices (pesant 92 % des volailles exportées), est
venue à Paris pour affirmer le contraire et pour rassurer les Européens, à l'occasion de la
76e session générale de l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE).






Conforme aux règles européennes

Le directeur de l'Abef, Christian Lohbauer, se veut très rassurant. Il affirme que le Brésil
détient des outils industriels modernes conformes aux normes internationales (ISO,
HACCP…). La sécurité sanitaire est de haut niveau dans une filière (à 90 %) en intégration
verticale. « Nous n'employons pas d'hormones, les médicaments vétérinaires sont
contrôlés et les traitements raisonnés. Pour les volailles destinées aux marchés européens,
les produits vétérinaires interdits chez vous le sont aussi chez nous », assure le directeur
de l'Abef. Il en est de même pour les antibiotiques facteurs de croissance (AFC) et les
farines animales. Cependant, ces dispositions ne valent que pour les produits destinés aux
marchés qui l'exigent, comme l'Europe ou le Japon. Être conforme à un cahier des charges
spécifique suppose une organisation très rigoureuse et une traçabilité sans faille à tous les
niveaux : élevage, aliment, abattage. Sinon, comment garantir qu'un poulet destiné au
marché européen n'a effectivement reçu ni farines de viande, ni AFC ? Les autorités
brésiliennes ont mis en place des systèmes de surveillance et de contrôle, complétés par
des visites d'inspecteurs européens qui auditent de temps en temps les opérateurs et les
dispositifs officiels. Mais les fraudes sont possibles, comme en témoignait au Brésil et au
même moment, le ministère de l'Agriculture à propos des taux d'eau excédentaire dans les
carcasses de poulet.

Chaîne de découpe manuelle chez Ceuazul en 2003. L'Europe est un débouché stratégique pour le Brésil. (P. Le Douarin)

Chaîne de découpe manuelle chez Ceuazul en 2003. L'Europe est un débouché stratégique pour le Brésil. (P. Le Douarin)

 

Officiellement pas de maïs OGM

Quant aux matières premières brésiliennes, elles ne seraient pas génétiquement modifiées.
Le doute est là encore permis, lorsque l'on sait que le soja est une grande partie OGM (seul
un État l'interdit) et qu'un maïs OGM vient d'être autorisé et attend d'être semé. De plus, le
Brésil envisage d'importer du maïs pour nourrir ses porcs et ses volailles (voir encadré). En
ce qui concerne l'atteinte à la forêt amazonienne, le directeur de l'Abef précise que les
poulets ne sont pas élevés dans cette zone géographique et que les plantations illégales de
soja se pratiquent dans une vaste région plus au Sud, que les Européens ont tendance à
assimiler à l'Amazonie. Pourtant au Brésil, l'Institut national de recherches spatiales (Inpe) a
divulgué le 2 juin ses résultats de la surveillance de l'Amazonie par satellite. En avril, 1123
km2 supplémentaires classés en forêt amazonienne ont été rasés ou ont été dégradés(1),
et le rythme s'accélère. Et 70 % de ces surfaces se trouvent dans le Mato Grosso, l'État où
est produit le soja destiné aux animaux.

Christian Lohbauer, directeur de l'Association des exportateurs brésiliens (Abef). (DR)

Christian Lohbauer, directeur de l'Association des exportateurs brésiliens (Abef). (DR)

 

Puissant enjeu commercial

Les exportations brésiliennes vers l'Europe ne pèsent que 17 % des 3,3 millions de tonnes
exportées, c'est-à-dire 560 000 tonnes en 2007 (+ 34 % par rapport à 2006 et + 75 % en
valeur). En revanche, c'est le marché européen qui achète les produits les plus élaborés et
qui paie le plus cher. Ce prix sert d'indicateur pour les autres marchés internationaux,
précise Christian Lohbauer. Ainsi, les Pays-Bas sont le premier client mondial en valeur
(653 millions d'US$) et le 4e en volumes de poulet (246 000 t). Il en est de même avec
l'Allemagne : 7e en valeur (269 M$) et 10e en volumes (108 000 t). Néanmoins, la rentabilité
du marché européen s'est dégradée depuis la mise en place des volumes à droits réduits
en 2007 après le différend sur les poulets saumurés.
Dans le futur, l'Abef ne s'attend pourtant pas à une explosion des volumes exportés vers
l'Europe. C'est du moins la position officielle. Par contre, afin de transformer leurs produits
bruts près des lieux de consommation, les opérateurs brésiliens seraient de plus en plus
intéressés par des implantations européennes. Pour l'instant, en rachetant le Néerlandais
Plusfood, Perdigao est le seul à avoir franchi le pas. Sadia a déjà une usine en Russie, et
une prochainement à Dubaï, mais rien en Europe.



En résumé, si le consommateur européen de volailles brésiliennes n'a aucune raison de
s'inquiéter pour sa santé, il n'en sera pas de même des producteurs. Il leur restera tout de
même le marché du frais, un secteur où le Brésil n'est pas présent. Du moins, pas pour
l'instant.

 

 

Source Réussir Aviculture Juillet-Août 2008

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