Installation dans les Pays de la Loire : Les producteurs ligériens veulent attirer les jeunes

Véronique Bargain

Avec 28 % de la production nationale de volailles de chair et 41 % de l'accouvage, l'aviculture est une activité importante dans les Pays de la Loire. La filière y emploie 20 000 équivalents temps plein, dont 6000 en exploitation. Elle représente 20 % des emplois agroalimentaires de la région. Pourtant, depuis 10 ans, le parc de bâtiments a diminué de 8 % et un tiers des aviculteurs a aujourd'hui plus de 50 ans. « Les jeunes semblent peu motivés par l'aviculture, ce qui est inquiétant pour la reprise des exploitations mais aussi pour l'approvisionnement des abattoirs et l'amont de la filière, constate Jean-François Ramond, président du Comité régional avicole ligérien (Cravi). Nous avons donc décidé d'agir pour inciter les jeunes à aller vers l'aviculture. Et pour cela, il nous fallait connaître les véritables raisons du déficit d'installation dans cette filière. » Sollicités par le Cravi, six étudiants(1) de l'École supérieure d'agriculture d'Angers (ESA) ont enquêté auprès d'aviculteurs installés, d'étudiants de différents niveaux de la formation agricole, d'enseignants, de responsables techniques et de quelques experts (centre de gestion CER, banques, Itavi).

Depuis quatre ans, environ 400 jeunes de Vendée, Loire-Atlantique, Maine-et-Loire et nord Charente participent aux journées découvertes organisées par la Cavac. (V. Bargain)

Depuis quatre ans, environ 400 jeunes de Vendée, Loire-Atlantique, Maine-et-Loire et nord Charente participent aux journées découvertes organisées par la Cavac. (V. Bargain)

Trop de contraintes pour les éleveurs

Selon les aviculteurs, la rentabilité en début d'activité est le principal frein à l'installation. Quand les bâtiments sont amortis, le revenu est jugé correct. Mais à l'installation, les investissements et les annuités sont tels que le solde pour l'éleveur est très limité.
Le problème, selon eux, est accentué par la réticence des banques, qui réclament un autofinancement de 20 %, un ratio LMT/EBE(2) inférieur à 60 %, alors qu'il est de 70 % en aviculture. Elles veulent des garanties sur les contrats et des preuves de technicité, gage de bonnes marges.
Les contraintes environnementales sont le deuxième frein évoqué. L'image du secteur n'est pas un obstacle, même si les éleveurs sont nombreux à penser qu'il y a un problème d'image du métier et que l'aviculture est mal vue du grand public ainsi que de la profession agricole.

Méconnaissance de la filière

Sur les 173 jeunes enquêtés, 11 (8 %) seulement sont prêts à s'installer en aviculture et 38 (28 %) peuvent éventuellement l'envisager. Tous ont une vision plutôt positive du métier, même s'ils pensent que le grand public n'est pas de cet avis. Un contexte économique favorable pourrait inciter ceux qui hésitent à s'installer.
Ce qui ressort globalement est une méconnaissance de la filière, mis à part pour les plus convaincus. Ils sont souvent fils d'aviculteurs ou issus du monde agricole, ont une formation technique et lisent des revues professionnelles. Quatre-vingt deux pour cent des jeunes prêts à s'installer ont reçu des cours d'aviculture. Pour ceux qui ne sont pas du tout prêts à s'installer, le pourcentage des cours suivis chute à 37 %.
En moyenne, les jeunes en formation agricole suivent moins de 15 heures. Tous restent ouverts à plus de cours, stages, visites. Mais selon les enseignants, leur intérêt est faible : image « industrielle » de la volaille de chair, prédominance des bovins dans la région, préférence pour les mammifères (conduite de la reproduction), méconnaissance des oiseaux.

Séduire aussi les enseignants

« Il faut susciter l'intérêt des jeunes et leur apporter motivation et technicité, insiste le professeur Yannick Lautrou de l'ESA, qui a encadré l'étude. Tous les acteurs doivent participer : le Cravi, les organisations professionnelles et de production (OP), l'enseignement agricole, les banques… »
Plusieurs pistes sont envisageables. La première est de faire découvrir l'aviculture aux jeunes. Beaucoup d'OP organisent déjà des actions (visites, sites internet…). Elles doivent être accentuées et cela dès le collège. La filière devrait également proposer des stages en élevage, attractifs, avec des éleveurs motivés, compétents et pédagogues, et dans les OP.
« Chez un jeune, le premier stage en exploitation est central pour décider de sa vocation, indique Yannick Lautrou. Mais à un certain niveau, il faut aussi que l'élève puisse découvrir l'ensemble de la filière. »
Pour que les écoles participent, la formation et l'accompagnement des enseignants, eux-mêmes souvent peu formés en aviculture, sont essentiels. « C'est après avoir été séduits qu'ils motivent leurs élèves », ajoute Yannick Lautrou.

Contrats adaptés aux installants

Une autre piste serait de développer des programmes structurés en aviculture au niveau des ministères de l'Agriculture et de l'Éducation. Autres axes proposés : créer une formation licence pro, créer un service de remplacement pour donner de l'expérience aux jeunes.
Enfin, une voie consiste à agir sur la rentabilité à l'installation. Cela passe par un revenu à la mesure de l'investissement et par plus de technicité.
Plusieurs solutions sont déjà plus ou moins utilisées, comme des prix garantis, des contrats longues durée, des aides à l'installation… mais d'autres doivent être trouvées pour augmenter les marges, via la technicité, la rénovation des bâtiments et peut-être des équipements économes.

Formation spécialisée en Vendée

En 2009, un Certificat de spécialisation (CS) avicole a été créé en Vendée, à l'Ireo Les Herbiers. Les cours sont assurés par des formateurs de l'Ireo (Maisons Familiales) et par la chambre d'agriculture de Vendée (Agrilia Formation). Pour sa première année, le CS, unique dans la région, accueille douze jeunes issus de Bac pro ou BTS qui se destinent à l'installation ou au salariat en aviculture.

(1) Emmanuel Aussems, Thomas Bleunven, Goulven Frances, Gaétan Legrand, Marine Robineau, Justine Saffray.
(2) Rapport des dettes à moyen et long terme sur l'excédent brut d'exploitation.

Source Réussir Aviculture Mars 2010

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