Interview de Pascale Magdelaine, de l'Itavi(1) : Un pacte sociétal pour lever les blocages »

Propos recueillis par Pascal Le Douarin

Interview de Pascale Magdelaine, de l'Itavi(1) : Un pacte sociétal pour lever les blocages »

La dernière étude comparative (2) entre la France et ses voisins Allemands, Belges et Néerlandais, laisse entrevoir une filière chair figée dans un modèle de coordination peu efficace et bloquée par un manque de coopération verticale.

D'où proviennent les principaux écarts de compétitivité entre la France et ses voisins ?

Si la France n'accuse pas de handicap rédhibitoire sur le coût du vif, elle a perdu l'avantage concurrentiel qu'elle possédait par le passé. Les performances techniques moyennes françaises sont légèrement inférieures à celles de ses concurrents nord européens (IC plus élevés pour des poids vifs inférieurs en poulet). Les écarts s'expliquent en partie par des choix génétiques et des stratégies alimentaires différents en poulet comme en dinde.
Sur les coûts aval (abattage/découpe), l'écart apparaît plus significatif (de 20 à 30 %). Les facteurs explicatifs sont multiples : hyper standardisation des produits et des process de nos concurrents, avec des outils plus récents, saturés, spécialisés, et, pour l'Allemagne, un coût de main-d'oeuvre inférieur.

L'écart du coût de la main-d'oeuvre, souvent évoqué, est-il déterminant ?

L'écart de coût de main-d'oeuvre génère un écart de coût sortie abattoir qui peut être estimé au minimum à 2-3 % du chiffre d'affaires, soit plus que la marge nette moyenne du secteur. Cependant ce handicap n'apparaît pas insurmontable à la plupart des industriels rencontrés. Il faut souligner que les autres pays d'Europe du Nord ont des coûts de main-d'oeuvre équivalents ou plus élevés que la France.

Quelles sont les principales faiblesses diagnostiquées par les décideurs français ?

Les industriels pointent la médiocrité de leurs relations avec la grande distribution et ses fortes exigences (flexibilité, largeur de gamme,…) qui ont induit une stratégie de différenciation jugée excessive, artificielle et coûteuse.
Les acteurs soulignent aussi l'insuffisance de coordination technique verticale au sein d'une filière pourtant très intégrée au plan financier, et une gestion de chaque stade « au moindre coût » qui ne favorise pas l'optimisation de sa performance globale. Le déclin que subit la filière depuis plus de dix ans et le manque de visibilité (notamment sur l'avenir des restitutions) sont également facteurs d'attentisme et de blocage. La faible taille des élevages, leur faible spécialisation et des contrats incitant peu à la performance sont également des facteurs d'inertie. Enfin, les industriels regrettent des relations souvent difficiles avec l'administration et un environnement réglementaire plus défavorable que celui de leurs concurrents.

Les opérateurs étrangers ont-ils la même vision et craignent-ils la France ?

La France ne semble pas perçue comme un concurrent, les acteurs français apparaissant peu motivés pour exporter. La filière est jugée peu standardisée, avec des petites structures et encore largement pilotée par l'amont, notamment les fabricants d'aliment. Les opérateurs européens soulignent par ailleurs le manque de partage de l'information technique entre les différents maillons de la filière française.

Quelles voies conseillez-vous d'explorer pour que la filière chair rebondisse ?

La France conserve de réels atouts, des infrastructures, des savoir-faire, un marché domestique important et en croissance du moins en poulet. La filière avicole doit définir un projet accepté par la société et associant tous les maillons et la grande distribution. Les pistes proposées s'orientent autour de la recherche d'un consensus social autour d'un modèle d'élevage durable, avec une gestion pragmatique de la question environnementale ; la recherche d'un modèle industriel orienté vers une économie de la simplicité, avec une remise à plat des gammes, des cahiers des charges ; la mise en oeuvre d'un système de certification français unifié et d'une amélioration du dialogue vertical entre maillons. Enfin, le maintien des restitutions reste un facteur de compétitivité pour la filière.

(1) Pascale Magdelaine dirige le service Économie de l'Institut technique de l'aviculture (Itavi).
(2) L'étude « Analyse de la compétitivité des filières viandes blanches françaises dans le contexte de l'UE » a été financée par FranceAgriMer, conduite par Christian Renault de l'Andi en partenariat avec l'Ifip et l'Itavi fin 2010-début 2011. Elle repose notamment sur l'interview d'une trentaine d'opérateurs français et européens (16 en volaille).

Source Réussir Aviculture Juin 2011

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires