Jean-Claude Amice, président du SNA* : Clarifier les responsabilités de chacun »

Propos recueillis par Pascal Le Douarin

Pour Jean-Claude Amice, président du Syndicat national des accouveurs (SNA), les accouveurs s'adaptent sans cesse à l'offre de la sélection et à la demande d'un marché évolutif.

Avec l'émergence de groupes avicoles de dimension mondiale, êtes-vous inquiets pour l'avenir de l'accouvage français ?

Je ne crois pas à l'implantation d'un nouvel accouveur étranger tant que nous aurons des abattoirs français maîtres chez eux. La France possède plusieurs grands groupes d'accouvage à direction et à capitaux familiaux, dont certains présents dans la sélection. Je me réjouis qu'existent aussi des entreprises plus petites, dynamiques, qui savent jouer la carte de la proximité. Depuis quelques années aussi, une nouvelle génération d'entrepreneurs reprend le flambeau. Beaucoup d'entre eux ont rejoint le Bureau du SNA.

Jean-Claude Amice : « Nous avons besoin de nous serrer les coudes si nous voulons que le pouvoir de décision reste en France » (P.-L. D.)

Jean-Claude Amice : « Nous avons besoin de nous serrer les coudes si nous voulons que le pouvoir de décision reste en France » (P.-L. D.)

La France a beaucoup perdu en matière de sélection avicole. Y a-t-il un impact sur la production ?

Je regrette que, depuis dix ans, la sélection dans le secteur de la ponte et de la dinde ait en grande partie quitté la France. Cela est sans doute à relier au recul de 20 % de la production de ces mêmes dix dernières années. Il est bien dommage que les pouvoirs publics aient laissé faire. Heureusement, il nous reste la sélection du poulet standard et celle de trois productions spécifiques (pintade, canard, poulet coloré). Mon inquiétude concerne les souches de poulet et de dinde. Le poulet a de l'avenir, mais nous ne savons pas comment va évoluer le marché entre les productions standard, label ou bio. Aussi, on ne sait pas toujours vers quel type de souches s'orienter. En dinde, les deux derniers sélectionneurs mondiaux nous proposent une large gamme de types de souches. Mais que choisir ? Les accouveurs sont en capacité de répondre à toute demande, mais quel type de souche nous permettra de préserver au mieux notre compétitivité en Europe ?

Incertitudes sur les volumes à venir, incertitudes sur les souches… Y a-t-il d'autres menaces ?

Oui, le problème de la responsabilité des accouveurs. En effet, on transfère de plus en plus de responsabilités vers le couvoir (vaccinations, épointages) sans en redéfinir les contours. Dans le cadre du contrat entre éleveur et donneur d'ordre, il est indispensable de clarifier les responsabilités de chaque partie prenante, dont les nôtres.

En somme, vous posez la question de la place des accouveurs dans la filière...

J'irais même plus loin : « à chacun son métier, les vaches seront mieux gardées ». Pour moi, l'accouvage, qu'il s'agisse de couvoirs indépendants ou intégrés, est une affaire de spécialiste.

Les accouveurs français sont-ils moins performants que leurs confrères européens ?

En matière sanitaire, nous sommes parmi les meilleurs. Nous fournissons des oisillons d'un très bon rapport qualité/prix, mais il est dommage que cette qualité ne soit pas autant reconnue en France qu'à l'exportation. Ces efforts sanitaires ont un surcoût, au point que certains réinvestissements ne sont plus possibles, contrairement à ce qui se passe chez nos voisins. À terme, ce manque d'investissement dans des outils récents pourrait engendrer un retard de
compétitivité.

L'accouvage aurait-il un avenir dans une filière chair affaiblie en 2025, pour faire référence à l'« Étude prospective 2025 » ?

Nous ne pourrions pas vivre en nous appuyant seulement sur l'exportation. L'accouvage français sera en bonne santé si l'ensemble de la filière l'est aussi, avec des pouvoirs de décision en France. Et cet avenir passe par la création d'une interprofession volailles chair forte, que nous appelons de nos voeux, même si cela va encore demander du temps.

* Jean-Claude Amice s'est lancé dans l'accouvage en 1965. L'entreprise Amice-Soquet a connu son envol dans les années 70. Elle a traversé les crises et les péripéties, les dernières étant la vente de son activité ponte à Hy-Line en 2007, la reprise de Galor, le développement des activités Gallus chair. En 2008, après 42 ans d'activité, Jean-Claude Amice a cédé les rênes à deux de ses enfants. Il conserve la présidence du conseil de surveillance.

Source Réussir Aviculture Décembre 2009

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