Jean Lossouarn, professeur à AgroParisTech (1) : L'aviculture devra s'ancrer au territoire pour être durable »

Propos recueillis par Armelle Puybasset

Lors d'une rencontre avec des professionnels bretons, Jean Lossouarn a proposé un regard extérieur sur la filière avicole bretonne et les enjeux du développement durable.

Qu'est-ce que le programme Aviter (2) ?

C'est une recherche sur les liens entre aviculture, développement durable et territoires. La performance, uniquement économique, ne suffit plus. Nos travaux visent à déterminer ce qui fait qu'une aviculture est durable, et à rechercher les indicateurs signifiants pour les trois piliers du développement durable : économique, environnemental et sociétal. La démarche, pour partie comparative, se focalise sur trois bassins français (Bretagne, Pays de la Loire et Sud-Ouest) et sur deux bassins brésiliens (État de Santa Catarina et Centre Ouest).

Jean Lossouarn, professeur à AgroParisTech.

Jean Lossouarn, professeur à AgroParisTech.

Quel est l'état d'avancement de ces recherches ?

Le programme initialement prévu sur trois ans s'achèvera durant l'été 2010. Il mobilise des outils et méthodes variés : analyses de cycles de vie, empreinte écologique et modélisation, mais également une analyse des filières et des stratégies des entreprises. En France, les rencontres ont permis d'identifier les inquiétudes principales de la filière avicole sur son avenir : arrêt des restitutions à l'export, directive bien-être, gestion des effluents et impacts environnementaux, diminution du parc, leadership de la grande distribution et développement des importations. Nous avons une première liste d'indicateurs utiles pour analyser et caractériser la durabilité de la filière. À ce stade, elle est trop longue, de l'ordre de la centaine ; il faut donc la réduire, essayer d'aller vers une batterie d'indicateurs, qui soit utile aux professionnels. Il est clair qu'un cycle s'est clos et que le prolongement des tendances est préoccupant. Le milieu avicole, plus ou moins consciemment, recherche d'un avenir différent. Ce programme ambitionne d'y contribuer.

Quelles réflexions cela vous amène-t-il ?

Tout d'abord, la filière a tout intérêt à réaffirmer son lien au territoire. De par sa nature hors sol, la production avicole est facilement délocalisable. Réaffirmer ce lien au territoire, dans une perspective de durabilité, implique d'y faire valoir ses arguments, ses contributions à chacun des piliers : création de valeur, emploi et insertion dans la société, relations aux milieux et à l'environnement. On ne peut pas éluder le dialogue avec la société, et il faut faire davantage de communication auprès du grand public. Beaucoup de gens, notamment citadins, pensent encore que les poulets sont élevés en batterie ! Il faut ouvrir un minimum l'accès aux élevages. Ce n'est pas forcément facile, mais il faut le faire davantage pour désamorcer les inquiétudes du consommateur. Il faut être proactif, vouloir devancer les problèmes. Les acteurs avicoles détiennent une somme de compétences irremplaçables. Les gens que nous rencontrons sont tous d'un niveau de qualification remarquable, perfectionné au long d'une carrière entièrement consacrée à la volaille. Ce sont des experts. Mais, si on regarde de l'extérieur, avec en vue les enjeux nouveaux dans une perspective de développement durable, il faut prévenir les risques qui pourraient être attachés à trop de « consanguinité intellectuelle ».

Ils ont tout à gagner à croiser ces compétences avec d'autres, plus distanciées vis-à-vis de leurs métiers et de leur fonctionnement. Les réponses ne peuvent être toutes trouvées au sein de la filière seule.
Une autre réflexion qui s'impose porte sur les contrats de rémunération. Le producteur connaît sa marge, mais pas le prix de revient d'un kilo de poulet. Les contrats ne valorisent pas toujours la performance de l'éleveur et ne poussent pas forcément à l'amélioration. Dans un contexte qui change, il serait intéressant de réévaluer les avantages et les inconvénients du système actuel de rémunération des éleveurs, et, le cas échéant, de le faire évoluer.

Source Réussir Aviculture Mars 2010

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