Jean-Luc Cade, président de Coop de France Nutrition animale conseille de « raisonner marge plutôt que prix »

Propos recueillis par Pascal Le Douarin - Réussir Aviculture Décembre 2012

Jean-Luc Cade, président de Coop de France Nutrition animale conseille de « raisonner marge plutôt que prix »
Jean-Luc Cade, président de Coop de France Nutrition animale. © P. Le Douarin

Même si la conjoncture n’est pas favorable, à terme les filières d’élevage devront revoir leur modèle de relations commerciales avec leur amont végétal et avec la distribution, estime Jean-Luc Cade.

Eleveur et président de coopérative dans les Côtes-d'Armor

Jean-Luc Cade, président de Coop de France Nutrition animale conseille de « raisonner marge plutôt que prix »
© Coop de France

Président de Coop de France Nutrition animale, Jean-Luc Cade est producteur de porcs à Créhen (22) et président de la coopérative La Paysanne, qui collecte des céréales et fabrique del’aliment du bétail. Cette coop a mis en place un contrat aliment pour les éleveurs de porcs. Coop de France nutrition animale est la branche spécialisée du secteur coopératif et représente 60 % des volumes français d’aliment.

Le contexte très haussier des matières premières agricoles va-t-il changer les comportements des fabricants d’aliment du bétail ?

« La tourmente dans laquelle nous sommes aspirés est vraiment très préoccupante, du fait de l’effet ciseau que les filières animales subissent. Avec d’un côté des prix des matières premières qui montent inexorablement et de l’autre de sérieuses difficultés à répercuter les surcoûts à l’aval. Si en 2008-2009, certains ont pu croire que la flambée était un incident passager, la période actuelle démontre que tout a définitivement changé avec une tendance haussière durable pour les céréales, mais aussi pour les protéines. De plus, le risque de très fortes variations de prix accroît l’insécurité des acteurs. C’est un fait d’en prendre conscience, mais il ne faudrait pas rester sur la défensive. Ayant un poids majoritaire dans le coût de revient et étant une interface entre le monde végétal et le monde animal, notre maillon a bien l’intention de rester actif et d’anticiper. »
pQui va payer la hausse des matières premières de 55 % constatée depuis début 2012 ?
« Le surcoût de 1,6 milliard d’euros ne peut être assumé seulement par les maillons élevage et industrie. Ils n’en n’ont pas les moyens. Une revalorisation est nécessaire jusqu’au consommateur. Cette conjoncture remet la contractualisation sur le devant de la scène, à condition de la pratiquer sur toute la chaîne de valeur. »

Pourquoi la contractualisation vous paraît-elle inévitable ?

« En Europe, les outils de régulation des prix mis en place par les pouvoirs publics ont progressivement disparu, mais les comportements des acteurs n’ont pas ou peu évolué. Ils restent dans une logique de prix, haut ou bas selon leur position, et de court terme. En résumé, chercher le meilleur prix au meilleur moment. C’est une stratégie qui fonctionne bien lorsque les variations ont une amplitude raisonnable. Désormais, le risque-prix repose complètement sur les opérateurs qui doivent le prendre collectivement en charge. À Coop de France, nous pensons qu’il faut dépoussiérer nos modèles économiques. Passer de l’ancienne logique des prix à une logique de construction de marge sur la durée. Ce qui suppose de construire des relations équilibrées entre les maillons des filières animales, mais aussi avec le secteur végétal. Il faut pouvoir offrir de la stabilité et de la visibilité aux porteurs de risque, notamment aux éleveurs. »

Le moment est-il bien choisi et quels sont les freins à la contractualisation ?

« Si on raisonne seulement selon un schéma basé sur le prix, il n’y aura jamais de meilleur moment pour contractualiser. Le meilleur prix, c’est lorsque la marge est sécurisée sur la durée. Les interrogations sont à plusieurs niveaux. L’industrie agroalimentaire n’adhère pas encore à une extension de la contractualisation déjà en place en amont, notamment en volailles. La préoccupation majeure de la distribution est de pouvoir acheter moins cher que ses concurrents. Pour beaucoup d’éleveurs, la contractualisation est assimilée à l’intégration, alors que c’est tout l’opposé. Nous ne sommes plus dans un rapport dominant-dominé mais dans une relation d’égal à égal, si possible gagnant-gagnant. Le contrat fixe les droits et devoirs de chaque partie prenante et évite l’abus de position dominante. Pour que ce nouveau paradigme fonctionne, chaque partie prenante devra être convaincue de son intérêt et prendre ses responsabilités. Il va donc falloir faire preuve de pédagogie. »

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires