L’aménagement du parcours importe autant que le bâtiment

Armelle Puybasset - Réussir Aviculture Juin 2012

L’aménagement du parcours  importe  autant que le bâtiment
Un bâtiment de volailles de Loué avec un accès au parcours par des haies en peigne. Plus loin une zone de bosquets. Des haies périphériques protégent du vent. © Loué

Aux Volailles Fermières de Loué, la gestion des parcours a toujours été une priorité. En améliorant l’intégration paysagère, cet espace vert contribue à l’image du label et apporte un plus sur le bien-être.

Pour en savoir plus

L’aménagement du parcours  importe  autant que le bâtiment

Voir dossier Réussir Aviculture de juin 2012. R. Aviculture n°177, p.12 à 21.

A l’EARL les Alizés, les pommiers étaient là avant les volailles. « Le verger a été planté par mon père il y a cinquante ans », se rappelle Eugène Jussaume, 67 ans, dont l’élevage de volailles label (deux bâtiments de 400 m2) a été repris par son fils Pascal et sa belle-fille Martine, à Vallon-sur-Gée dans la Sarthe. Si l’exploitation des pommiers à cidre a été arrêtée, les arbres sont toujours là et ont été progressivement renouvelés. Depuis vingt-cinq ans, ils apportent de l’ombre aux poulets. À Loué, près de 10 % des parcours des label sont aujourd’hui agrémentés d’arbres fruitiers. Cette proportion était autrefois bien plus élevée (80 %). L’élevage Jussaume est assez représentatif de l’évolution du modèle agricole sarthois. « Dans les années 1960, de nombreuses exploitations développaient la production de pommes à cidre pour leurs besoins personnels », explique Philippe Deslais, technicien des Volailles de Loué et spécialisé dans l’aménagement des parcours. « Les bâtiments de poulets ont été implantés par la suite et le verger enherbé servait de parcours. Nous faisions déjà de l’agroforesterie ! » La production cidricole a décliné dans le département par manque de rentabilité, mais le lien fort entre l’arbre et le poulet est resté.
Pour les Volailles Fermières de Loué, les atouts d’un parcours arboré (environ 400 m de haies linéaires par poulailler de 400 m2 avec un parcours de 1,8 à 2 ha) sont indiscutables.

Le parcours répond aux besoins de la volaille

Au-delà de l’image de la production, le parcours améliore l’ambiance dans le bâtiment. En créant des zones d’ombre successives, il incite la volaille à exploiter toute la surface et limite l’accumulation des déjections aux abords du bâtiment. Il donne du confort au poulet (effet brise-vent l’hiver et zone d’ombre l’été). « L’oxygénation des volailles et la consommation de fibres (herbe) contribue à leur qualité. L’impact sur les performances n’a jamais été chiffré mais un coup de chaleur sera moins pénalisant avec un parcours arboré, c’est certain. »

Un aménagement minimum stipulé dans le cahier des charges

Jusqu’aux années 1990, l’aménagement du parcours des élevages de la coopérative était assez standardisé avec une configuration, un choix d’essences et un nombre de plants plus ou moins imposés. « L’approche est aujourd’hui différente, avec davantage de réflexion sur les objectifs techniques (bien-être et performances du poulet) et une adaptation à la situation pédoclimatique et aux souhaits de l’éleveur », explique Philippe Deslais. « Il n’y a pas de parcours type. » Un aménagement minimum a été défini pour répondre aux besoins des volailles. Le cahier des charges prévoit de planter au moins trente arbres et différencie trois zones : les abords du bâtiment avec une haie brise-vent à l’arrière et des haies perpendiculaires aux trappes, qui guident le poulet vers le parcours et ont un rôle filtrant (azote des déjections). Ces haies « en peigne » démarrent à 4-5 mètres des trappes de façon à favoriser la circulation de l’air autour du bâtiment et l’entretien des abords. Suivent une zone entre 20 à 40 mètres très arborée (bosquets, arbres isolés en ligne champêtres ou fruitiers) puis une zone plus libre partiellement fermée par des haies de périmètre. L’ouverture des trappes est si possible orientée Sud/Sud-Est afin de protéger des vents dominants. « Certains éleveurs choisissent de planter des essences pour du bois de chauffage, du bois déchiqueté, du bois d’œuvre ou des arbres fruitiers. » Tout dépend du temps qu’ils souhaitent y consacrer. « Un verger de 300 fruitiers demande près d’un mois de travail par an, estime Philippe Guillet, conseiller forestier de la chambre d’agriculture de la Sarthe. Il est essentiel que l’éleveur s’approprie son aménagement sinon il risque de le vivre comme une contrainte. » De même, il est déconseillé de tout planter la même année car le temps de plantation et l’entretien est trop important.

Des formations proposées aux éleveurs

Savoir tailler les arbustes est essentiel pour obtenir le développement souhaité de chaque plantation : une haie brise-vent épaisse, des arbres isolés avec un tronc droit, un bosquet suffisamment ramifié… « Lorsqu’on a planté, on a fait le plus facile, avertit Philippe Guillet. Le plus dur est de maîtriser les techniques de taille, surtout les premières années. » Une journée entière du cycle de formation interne des nouveaux éleveurs de Loué est consacrée à l’aménagement et à l’entretien des parcours. « Chacun d’eux est aussi parrainé par un éleveur expérimenté. » Des sessions de formation sur la plantation et la taille organisées par la chambre d’agriculture 72, en partenariat avec la coopérative, sont proposées chaque année de mi-février à fin mars. À Loué, une centaine d’éleveurs plantent ou renouvellent chaque année entre 15 000 à 32 000 nouveaux plants.

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