La filière œuf condamnée à évoluer

Pascal Le Douarin - Réussir Aviculture Mars 2013

La filière œuf condamnée à évoluer
Une action auprès des instances publiques françaises et européennes est nécessaire. C’est aux professionnels d’aller sensibiliser les décideurs politiques. © Parlement européen

Dans un environnement économique mondialisé, complexe et interconnecté, les professionnels français de l’œuf devront faire preuve de créativité pour se différencier.

Le 29 janvier, la section œuf de L’UGPVB avait choisi ‘Les matières premières et la nutrition animale’ comme thème de sa première journée d’information qui réunissait des éleveurs, leurs organisations de production et leurs partenaires (équipements, sélection…). Cent cinquante personnes ont répondu présent. L’exposé de Patricia Lecadre (Céréopa) a décortiqué l’évolution de plus en plus erratique des marchés des matières premières. Celui de Marina Panheleux (CCPA) a présenté les nouveautés en nutrition animale, notamment sous l’angle de la durabilité. Enfin, une table ronde s’est interrogée sur les pistes à travailler pour mieux maîtriser la volatilité des prix des matières premières, en dehors de la formulation des aliments.
Pour Marcel Combot, responsable grains et oléagineux chez Cargill France, « dans un monde de rareté grandissante, il faut tout d’abord sécuriser les approvisionnements en matières premières protéiques ». Il n’est plus si facile de trouver les volumes nécessaires aux besoins des filières d’élevages. « Il y a vingt ans, deux tiers des bateaux brésiliens de soja allaient en Europe. Aujourd’hui, ils vont vers la Chine. » Il souligne aussi le déséquilibre des échanges européens de céréales, qui rend l’Europe dépendante des importations.

Sécuriser d’abord les approvisionnements des matières premières

Quant à la sécurisation des prix de ces matières, des outils financiers et assurantiels ont été développés, rappelle Patricia Lecadre. Cependant, souligne Marcel Combot, « quand on veut obtenir certaines matières premières, le prix est souvent subi ».
Pour Olivier Athimon, responsable du secteur œuf aval du groupe Glon, c’est une meilleure gestion du risque de variation du prix des matières premières qui importe. Et à la volatilité des matières premières s’ajoutent les variations violentes des cours des œufs. « Aujourd’hui, conserver le contrat 50/50 est extrêmement risqué. Désormais, pour caler nos marges, nous devons adapter le mode d’achat des œufs à leur mode de vente. » C’est le cas des GMS qui fixent un prix sur une période « longue », de l’ordre de huit mois.

Créer de la valeur par la différenciation

Malgré ces difficultés, Olivier Athimon reste optimiste sur l’avenir de l’œuf, avec des outils de production flambant neuf, avec une consommation qui augmente toujours, avec un produit animal le moins cher. Mais « pour créer de la valeur dans la filière, nous avons besoin d’innovation et de différenciation. Que ce soit en amont sur la partie nutritionnelle ou en aval sur les produits ». Au-delà de la question des matières premières, les intervenants n’ont pas manqué de souligner la nécessité d’une action politique auprès des instances publiques françaises et européennes. L’Europe veut-elle défendre son industrie agroalimentaire lorsqu’elle signe des accords bilatéraux avec des pays tiers ou qu’elle supprime les restitutions sur les œufs ? Va–t-elle accepter encore d’importer des œufs issus de méthodes qu’elle s’interdit elle-même ? Selon Hugues Mongé, du groupe Glon, c’est aux professionnels d’aller sensibiliser les décideurs politiques. Et c’est l’affaire de tous.

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