La France et l’Europe à court d’œufs standards

Pascal Le Douarin - Réussir Aviculture Mars 2012

La France et l’Europe  à court d’œufs standards
Le marché souffre d'un manque de marchandise. © UE/Benoît Bourgeois

Avec l'entrée en application de la norme Bien-être des pondeuses et l’interdiction du commerce des œufs non conformes à cette directive, l’Europe se trouve quasiment en situation de pénurie, pour une durée indéterminée.

Les professionnels français et européens qui ont anticipé la mise aux normes des poules pondeuses en cage et qui détiennent des poules en production peuvent se frotter les mains. Après l’entrée en vigueur de la directive européenne sur le Bien-être des poules pondeuses élevées en cages, les cours français et européens de l’œuf battent des records historiques. Avec la transition entre les œufs non conformes et conformes, et avec des importations européennes (Pologne notamment), janvier a pourtant été « mou ». La situation s’est emballée début février. Le jeudi 23, le cours « TNO industrie »(1) des œufs destinés à l’industrie affichait 1,60 €/kg d’œuf départ élevage (contre 0,72 €/kg en moyenne sur 2011).

La même semaine, le cours des œufs coquille de calibre moyen et gros atteignait 10,39 €/100 rendu (contre 5,53 €/100 en même semaine de 2011). Selon Laure-Anne Lefebvre, journaliste en charge des cotations œufs au journal Les Marchés, « les cours flambent logiquement par manque de marchandise. Le manque est tel que les vendeurs ne prennent plus de commandes ». La faiblesse des importations indique que chaque pays, sauf l’Allemagne déjà aux normes, rencontre les mêmes difficultés.

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Retour de l’offre en milieu d’année

Cette pénurie sur le marché libre ne surprend pas vraiment. Depuis des semaines, voire des mois, les prévisions de production étaient pessimistes. Sur les dix mois de 2011, les mises en place ont chuté de 21 % par rapport à 2010 et la production d’œufs a baissé de 10 %. Les prévisions (Itavi-CNPO-SSP) sur les huit premières semaines de 2012 tablaient sur 200 millions d’œufs produits par semaine, c’est-à-dire un manque de 20 % par rapport aux 250 millions habituels. « La flambée des cours risque de durer encore plusieurs semaines », ajoute Laure-Anne Lefebvre. Le temps que les élevages fermés pour cause de mise aux normes redémarrent, « les intervenants ne voient pas un retour conséquent de l’offre avant la fin de ce trimestre, voire du semestre ». A contrario, ces mêmes intervenants commencent à s’inquiéter de la rentrée, avec le risque d’une offre pléthorique en septembre. C’est peut-être une raison pour laquelle personne ne se réjouit d’une hausse effrénée qui sera suivie d’une baisse tout aussi importante.

La filière industrielle impactée

À qui profite cette situation ? « Depuis quelques années la physionomie du marché libre a bien changé », souligne la journaliste des Marchés. « Les éleveurs calibreurs indépendants laissent de plus en plus la place aux grosses structures qui viennent y ajuster leurs volumes. » La montée en puissance des filières, structurées de la production aux produits finis, a fait son œuvre. Les producteurs travaillant dans ces organisations privées ou coopératives, plus ou moins contractualisés sur le cours libre, bénéficieront peu de cette euphorie. Les gagnants sont les négociants en œuf qui n’auront pas contractualisé toutes leurs ventes. Les centres de conditionnement acheteurs en libre sont en situation délicate, d’autant que le secteur peine à revaloriser les prix en GMS. Les grands perdants sont surtout les industriels de la transformation achetant sur le libre ou avec des prix indexés sur ce cours. « C’est un des paradoxes, note encore Laure-Anne Lefebvre. Tout le monde pensait que les industriels pourraient acheter des œufs non conformes à prix modéré. En fait, leurs clients ne veulent pas d’ovoproduits issus de ces œufs. De plus, leur prix de vente ne différe guère des prix d’achat. D’où de fortes tensions, voire des ruptures d’approvisionnement faute de marchandise ou pour faire remonter les prix. » Pour les mois à venir, deux menaces pèsent sur la filière. Comment évoluera le coût de production ? Quelle sera l’ampleur de la reprise européenne ?  Mis à part l’Allemagne, on ne sait pas si la mise aux normes aura eu lieu au même niveau que les disparitions des cages obsolètes.

(1) Tendance nationale officieuse du journal "Les Marchés" : cours des œufs destinés aux transformateurs.

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