La parvovirose du canard de Barbarie est toujours d’actualité

Pascal Le Douarin - Réussir Aviculture Juin 2012

La parvovirose du canard de Barbarie est toujours d’actualité
L’amélioration des pratiques vaccinales passe par la formation des intervenants, la présence de l’éleveur sur le chantier, des fiches d’enregistrement et la fin des cadences trop élevées. (DR)

Très résistant, le virus continue à sévir dans les élevages malgré l’usage de vaccins. Les pratiques de vaccination et la biosécurité sont un talon d’Achille dont profite largement le virus.

Maladie virale spécifique du canard de Barbarie apparue en 1989, la parvovirose sévirait encore fortement, faute de vaccins administrés dans les élevages commerciaux. Le laboratoire Merial est un partenaire historique de la filière canard de chair, avec son vaccin (Parvokan) et son service d’assistance technique. Tous les quatre ans, il réunit les vétérinaires et les techniciens spécialisés pour dresser un état de la maîtrise du virus qui touche encore les canards de Barbarie à différents âges et à des degrés divers. Merial vient en aide aux techniciens et aux éleveurs, à travers des conseils à la vaccination ou en répondant à des interrogations. L’une d’elles concerne l’évolution du virus dans le temps. Lorsque la maladie est en recrudescence, comme ce fut le cas au printemps 2011, faut-il remettre en cause le vaccin, les pratiques de vaccination ou les pratiques d’élevage ?

Les souches du terrain semblent invariantes depuis 1989

Bien que le virus soit réputé peu évolutif, Merial a fait identifier plusieurs souches récentes afin d’infirmer les rumeurs de dérive génétique. Trois souches de cas précoces et trois de cas tardifs, survenus entre mars et mai 2011 et qui posaient problème, ont été comparées à la référence de 1989. Ainsi que trois souches des années 2005-2007. Le séquençage (lecture base par base du génome) de la partie codant pour la protéine VP1 (constituant de l’enveloppe du virus) a été réalisé par Scanelis. Les six isolats de 2011 sont identiques à la référence de 1989. « Les souches de 2005-2007 et la souche vaccinale utilisée dans Parvokan présentent quelques variations mineures par rapport à la souche de référence, ajoute encore Jean-Luc Pringet, de Scanélis. Les souches étudiées forment un groupe homogène sans variation génétique majeure. » Indirectement, ces résultats tendent à confirmer que le vaccin Parvokan reste adapté aux souches actuelles. La vraie démonstration consisterait à réaliser une épreuve virulente en laboratoire, mais « nous sommes surs de la protection », affirme Stéphane Lemière, de Merial.

De grosses erreurs persistent en matière de biosécurité

L’origine de la recrudescence se trouverait ailleurs. Cas à l’appui, les vétérinaires Julie Fontaine et Didier Cléva ont listé les facteurs de risque favorables à la persistance du virus et de la maladie : vaccination tardive, décalages d’âge (exemple de deux livraisons), nettoyages sans détergent, erreurs de protocole de lavage, sous-dosages de désinfectants, absence de vide sanitaire total (âges multiples)… Pour les élevages à problèmes récurrents, les recherches de virus dans l’environnement (par écouvillonnage) sont toujours concluantes là où on cherche : présence aux abords immédiats, dans les trappes, en bas de murs, sous le caillebotis, sur les câbles et les moteurs… « Le nettoyage et la désinfection sont primordiaux, martèle Julie Fontaine. Surtout le respect du protocole, notamment les températures d’application des produits. » Le sas sanitaire avec deux parties physiquement séparées devrait être systématique, insiste Didier Cléva. Tout comme son utilisation, avec des vêtements et des chaussures spécifiques à chaque bâtiment.

La qualité des pratiques vaccinales est souvent en cause

S’ajoutent d’importantes erreurs de vaccination qui toucheraient au moins un quart des 220 éleveurs enquêtés par téléphone. Seulement 30 % d’entre eux vaccineraient selon les règles. Jérôme Durand, vétérinaire à Mauléon, estime que la vaccination, même celle réalisée par des équipes spécialisées, devrait être contrôlée avec un éleveur présent sur le chantier. « J’ai aussi pu constater que l’on conserve très rarement la trace des difficultés rencontrées lors des chantiers. Le stress animal et humain sont aussi insuffisamment pris en compte. »
Quant à la piste des canetons, indemnes ou non de parvovirus, elle est en cours d’exploration. « Si c’était le cas, ce serait peu déterminant, estime Hervé Morin, vétérinaire de Filavie (fabricant d’autovaccins). Le Sud-Est a été indemne de parvovirose durant plusieurs années, alors que les canetons provenaient des Pays de la Loire, région infectée. »

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