Les volailles davantage exposées aux antibiotiques

Pascal Le Douarin-Réussir Aviculture Janvier-Février 2012

Les volailles davantage exposées aux antibiotiques

Alors que les ventes totales d’antibiotiques vétérinaires ont baissé en 2010, l’Anses montre que l’exposition des volailles a augmenté, notamment vis-à-vis des fluoroquinolones.

Le 21 décembre dernier, l’Anses a mis en ligne son rapport scientifique de 54 pages(1) sur le suivi des ventes en 2010 des antibiotiques vétérinaires soumis à une autorisation de mise en marché (AMM). Instituée en 1999, cette étude s’intéresse aux volumes commercialisés par les laboratoires, selon la famille d’antibiotiques et selon l’espèce. En valeur absolue, le chiffre global des ventes se situe à 1 014 tonnes, dont 20 % sont destinées aux volailles, qui constituent 25 % des tonnages d’animaux traités (voir tableau récapitulatif). C’est globalement le tonnage le plus bas enregistré depuis le début du suivi. La baisse est de 3,6 % par rapport à 2009 et de 23 % par rapport à 1999.

Exposition des volailles en hausse

L’agence cherche aussi à évaluer l’exposition réelle aux antibiotiques en calculant des indices tenant compte de la masse estimée de population animale annuelle, de la posologie et des durées de traitement variant d’une molécule à l’autre. En 2010, l’espèce volailles a « consommé » 107,5 mg d’antibiotiques en moyenne par kilo vif (contre 63,9 mg/kg toutes espèces confondues).
L’indicateur d’exposition Alea(2) exprime le rapport entre le poids vif traité et la masse de population potentiellement consommatrice. Un Alea de 1 signifie que le poids vif traité correspond exactement au poids vif de la population. En 2010, la vente d’antibiotiques a permis de traiter théoriquement 1,3 fois la masse de volailles produite.
Globalement, la population des volailles est la plus traitée après les lapins (Alea de 3,7) et son exposition s’est renforcée de 2,3 % en 2010. L’Anses souligne que l’administration par voie orale se poursuit avec l’augmentation des polypeptides (+14 %) et des pénicillines (+9 %), alors que baissent les sulfamides (-28 %) et les tétracyclines (-10 %). Sur la période 1999-2010, l’exposition des volailles s’est accrue de 65 %.

Les fluoroquinolones uniquement en deuxième intention

Depuis 2006, l’Anses sonne l’alarme sur l’augmentation des ventes de céphalosporines de 3e et 4e générations, ainsi que des fluoroquinolones utilisées à titre préventif. En effet, ces molécules sont une des seules alternatives pour traiter des maladies humaines infectieuses.
Six molécules fluoroquinolones sont autorisées sous 41 AMM (18 en 1999) et trois céphalosporines de dernière génération sont commercialisées sous 18 AMM (6 en 1999).
En douze ans, les volumes ont doublé pour les fluoroquinolones et triplé pour les céphalosporines, même s’ils restent faibles (2,3 tonnes de céphalosporines et 5,2 tonnes de fluoroquinolones en 2010).
Le monde de l’élevage a globalement entendu le message d’alerte, puisque l’utilisation des deux familles se stabilise depuis trois ans. Cependant, en volailles la part de poids vif traité est passée de 1,59 % en 2009 à 1,65 % en 2010. Quant aux céphalosporines, 85 % des volumes concernent l’espèce bovine. Officiellement la volaille n’est pas autorisée à en utiliser, mais des pratiques hors AMM observées aux Pays-Bas (nébulisation sur les poussins) ont conduit l’Anses à enquêter dans les couvoirs. L’étude se poursuit.

Image 3

(1) http://www.anmv.anses.fr/?p=3195
(2) Animal Level of Exposure to Antimicrobials. Pour approcher au mieux la réalité, il faudrait prendre en compte le poids vif présent lors
du traitement et distinguer les jeunes des adultes.

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