Logement des poules : La volière, un choix stratégique

Pascal Le Douarin

Techniquement maîtrisé sous certaines conditions, l'élevage en volière pourrait prendre son envol pour fournir les marchés des oeufs de type plein air ou des oeufs de type sol.

Investir dans un élevage de poules pondeuses de consommation est un choix hautement stratégique, car il est coûteux — au moins 22 euros par poule logée — et engage pour très longtemps — au minimum dix ans. Hormis le circuit en vente directe, c'est désormais la segmentation des débouchés des oeufs qui impose la taille de l'élevage et le type de logement des poules.
Jusqu'à récemment, l'investisseur choisissait son camp : d'un côté des élevages de plus de 10 000 places en cage, de l'autre des structures alternatives de 3000 à 6000 places. Depuis peu, cette dichotomie a volé en éclats et se pose la question de l'émergence d'un nouveau type d'élevages en volière « semi-alternatif » avec parcours (code 1 « plein air »), ou bien « semi-industriel » sans parcours (code 2 « sol »). La volière est un logement conçu pour une contention des poules en trois dimensions, grâce à la superposition de plusieurs niveaux qui permet de densifier l'élevage.

Le secteur alternatif porteur de développement

Quels sont les arguments qui militent pour cette évolution ? D'abord, la tendance générale à la baisse des coûts par les économies d'échelle, aidée par l'évolution réglementaire (sauf en label rouge), poussent à l'augmentation des tailles d'élevage, aussi bien en alternatif qu'en standard. L'effectif des nouveaux ateliers est d'au moins 10 000 poules en plein air et plus de 50 000 en cage. Or, en alternatif il est difficile de concevoir de grands élevages sans densifier le logement. En standard, à moins de deux ans de l'échéance sur le bien-être des poules en cage, certains éleveurs s'interrogent encore sur leur choix. Faut-il fermer le bâtiment au 1er janvier 2012, le remplacer ou le transformer en cages aménagées, ou bien le rénover en optant pour une volière sans parcours ? Les hésitations sont à la fois d'ordre technique — « est-ce fiable et vais-je m'y plaire ? » — et d'ordre commercial — « y a t-il un débouché pour ces oeufs ? ».

Au plan technique, nous avons interrogé plusieurs utilisateurs, plus ou moins anciens dans le métier, qui livrent leurs expériences plutôt rassurantes.
Au plan commercial, le secteur alternatif est le segment le plus dynamique et porteur de développement. L'oeuf alternatif (codes 0, 1 et 2) est sorti de sa coquille, du moins dans les GMS qui représentent un tiers des débouchés. En 2009, l'alternatif y a globalement pesé 31 % des volumes, avec une progression moyenne de + 10 %, contre + 2 % pour l'oeuf de cage. En valeur, l'oeuf alternatif a représenté 46 % du marché GMS, même si globalement la profession n'a pas su profiter de la forte demande, puisque la progression en valeur a été de l'ordre de 5 %. Autre argument favorable, nous suivons souvent la tendance impulsée par nos voisins du Nord de l'Europe. En 2008, les Pays-Bas comptaient déjà 41 % de leurs poules logées au sol, 12 % en plein air et 2 % en bio. L'Allemagne était respectivement à 21 %, 13 % et 5 %, la France à 3 %, 13 % et 4 %.
Selon qu'elle est accompagnée d'un parcours, la volière fournit du code 1 ou du code 2. Pour le code 1, le marché est connu. Pour le code 2 il y a un bémol : ce marché est à ses débuts en GMS. L'an dernier, l'oeuf-sol aurait progressé de 15 à 20 % en volume, mais grâce à de fortes promotions.

Jean-Marc Philippe, dirigeant du centre de conditionnement CDPO, croit en l'émergence de ce marché dans les trois ans à venir, comme l'oeuf bio en son temps. Pour preuve, il avance que l'an prochain, il construira des volières pour poulettes, afin de montrer l'exemple et sécuriser ses fournisseurs d'oeufs-volière. « Nous testons le produit dans notre réseau de la région parisienne. » L'homme reste extrêmement prudent. Il ne croit pas à un retournement du marché de la cage vers l'alternatif, comme ce fut le cas chez nos voisins, sous la pression des lobbys protectionnistes et du pouvoir politique. « Ce n'est ni possible, ni souhaitable pour les producteurs. Il ne faut pas non plus brusquer le marché. Ne brûlons pas les étapes. Commençons par voir si techniquement c'est possible, avec un coût de revient qui soit le plus proche possible de celui de l'oeuf standard. »
Les trois principaux éléments de surcoût sont connus : l'investissement (+ 5 à + 7 €/poule), le surcoût poulette (1 euro de façonnage pour rémunérer l'investissement en volière), le surcoût aliment (+ 0,1 à 0,15 point d'indice aliment-oeuf). Selon les sources professionnelles, le différentiel entre un oeuf-cage et un oeuf-volière serait de l'ordre de 10 à 15 % par rapport à la cage et de 20 à 25 % par rapport au plein air classique. « Enfin, conclut Jean-Marc Philippe, soyons aussi très vigilants à construire une image positive de l'élevage en volière. Elle ne doit pas être une cage ouverte. Le choix du matériel est très important. »

En 2009, l'oeuf alternatif a pesé 31 % des volumes en grandes et moyennes surfaces, avec une progression moyenne de + 10 %, contre + 2 % pour l'oeuf de cage. (P. Le Douarin)

En 2009, l'oeuf alternatif a pesé 31 % des volumes en grandes et moyennes surfaces, avec une progression moyenne de + 10 %, contre + 2 % pour l'oeuf de cage. (P. Le Douarin)

 

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Aviculture de juillet-août 2010. (RA n°158, p. 10 à 22)

Source Réussir Aviculture Juillet-Août 2010

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