Maintien des surfaces en volailles de chair : Les entreprises aident les éleveurs à réinvestir

Pascal Le Douarin

Pour stopper l'hémorragie des éleveurs de volailles de chair et des surfaces, les entreprises et les groupements annoncent tour à tour leurs aides et leurs plans de relance.

Les entreprises aident les éleveurs à réinvestir

Depuis des mois, tout le monde savait que le maillon élevage se déliterait encore si rien
n'était fait pour revaloriser les marges ou pour aider à réinvestir dans les poulaillers. Nous
en avions fait le thème du dossier du mois d'avril 2007 : « Productions avicoles cherchent
éleveurs ». À l'époque, le tour de table des opérateurs nous avait laissé sur notre faim.
Rares étaient ceux qui avaient du concret à proposer. Nous sortions à peine de la crise de
la grippe aviaire qui avait masqué une situation déjà en déséquilibre en 2005. Aujourd'hui, le
contexte a changé et il y a urgence.
L'année 2007 a marqué un retour à la normale, avec des difficultés à s'approvisionner,
notamment en dinde et en canard. « Grâce » à un été pourri, le poulet n'a pas manqué.
Cette année, les outils d'abattage risquent de manquer de vif, sauf si la consommation
recule. Déjà plusieurs entreprises, Doux et Glon Sanders notamment, ont annoncé qu'elles
donneront des primes pour les poulets sortis en juillet et août.





Deux urgences à traiter tout de suite

À force de tergiverser, les difficultés s'accumulent et toutes les solutions doivent être
apportées en même temps. Deux chantiers n'attendront pas : faire en sorte que les
cessations d'activité se ralentissent et que les éleveurs en place reprennent des sites
arrêtés ou que de jeunes éleveurs s'y installent. Concrètement, la guerre des surfaces est
déjà déclarée. C'est presque à qui brandira la prime la plus alléchante pour débaucher un
éleveur. Cette méthode commerciale, que tous n'appliquent pas, est « discutable », dans la
mesure où les éleveurs peuvent se demander comment l'intégrateur va récupérer
ultérieurement ses « billes ». Ils préfèreraient des contrats plus rémunérateurs. Ayant une
vision à plus long terme, des entreprises proposent depuis plus ou moins longtemps des
dispositifs financiers, comme l'indique le tableau ci-contre (Arrivé-Ciab, Coopagri Bretagne,
Gastronome Val'iance, Glon Sanders Gaévol, Le Gouessant, Unicopa-Univol). En général,
ces aides sont prodiguées sous la forme d'une prise en charge du taux d'intérêt, ou d'une
avance de trésorerie.

Poulailler hors service en Bretagne. Si ce métier semble sans avenir aux nouvelles générations, les friches avicoles pourraient devenir de plus en plus visibles. (A. Puybasset)

Poulailler hors service en Bretagne. Si ce métier semble sans avenir aux nouvelles générations, les friches avicoles pourraient devenir de plus en plus visibles. (A. Puybasset)

 

Des aides publiques comme catalyseur

Une seconde vague d'entreprises et de groupements, et non des moindres, se manifestent
cette année. Les éleveurs n'auraient pas compris qu'elles ne fassent aucun effort, en plus
des revalorisations de contrats accordées bien tardivement et au prix d'âpres négociations.
Hormis le groupe Doux et la coopérative Agrial qui ont opté pour une prime à la tonne de vif
sorti sur cinq ou six ans, les annonces sont assez classiques : avance de trésorerie ou
prise en charge d'une partie des travaux (avec plafonnement). À chacun de comparer ces
offres. Elles viendront à point nommé pour combler les aides à géométrie variable des
collectivités territoriales (départements, régions) et de l'État. Dans le cadre des Contrats de
plan 2007-2013, l'enveloppe de l'État est au maximum de 6000 euros par dossier. Rien
qu'en Pays de la Loire, 400 demandes ont été déposées en moins de deux mois, alors que
282 000 euros sont budgétés pour 2007 et moins pour 2008 (suite aux gels de crédits, le
montant exact sera en baisse et notifié en mai). Autant dire que la plupart des dossiers
n'auront rien. Néanmoins, ces aides symboliques annoncées ont été un catalyseur, à la fois
pour les éleveurs et pour les entreprises. Pour être optimiste, disons que si les projets
d'amélioration sont pertinents, le retour d'investissement sera rapide. Il est donc intéressant
d'investir, même si l'aide est faible.

Produire autrement demain

Pour certains éleveurs, cette effervescence est une opportunité à saisir. Certes, le contenu
des contrats (garanties, objectifs de marge…) et les aides pèseront fortement dans la
décision, mais plus encore les marges réellement obtenues. Qu'ils n'oublient pas d'autres
éléments : la solidité et la pérennité du partenaire, les engagements en matière d'intrants
(poussins, aliments) et de respect des plannings, le dynamisme du service technique, la
prise en compte des attentes sociétales.
En 2010 — c'est demain — il faudra produire en tenant compte du bien-être des oiseaux :
quelles solutions techniques sont proposées ? Plus tard, il faudra raisonner économie
d'énergie, qualité de l'air, réduction des émissions de CO2, bilan carbone : ce partenaire y
a-t-il réfléchi ? Que prévoit-il de faire ?
Celui qui s'en sort est celui qui anticipe à temps les changements à venir, tout en
conservant la réactivité dans un environnement où la volatilité et l'imprévu sont devenus le
quotidien.


Source Réussir Aviculture Mai 2008

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