Marcel Saint-Cricq* : Il faut maîtriser la production de foie gras en 2010 »

Propos recueillis par Hervé Dumuis

Pour Marcel Saint-Cricq, le pire de la crise du foie gras est passé. Cependant, il appelle à la poursuite des efforts en matière de maîtrise de la production et de communication sur l'origine.

Comment se porte le marché du foie gras ?

La crise est en voie de résorption. Les entreprises concernées par des stocks importants ont pris des mesures de réduction des volumes. Cependant, il faudra encore une année d'efforts dans la maîtrise de la production et une reprise des exportations, notamment vers l'Espagne, pour sortir définitivement de cette situation difficile. Il est toutefois dommage que les recommandations initiales du Cifog n'aient pas débouché sur un accord interprofessionnel étendu, qui aurait été d'application obligatoire. La baisse de la production et donc celle des stocks n'a pas été aussi importante que souhaité par l'interprofession. Or, nous devons adapter l'offre et la demande pour ne pas avoir une pression trop importante à la baisse des prix.

Marcel Saint-Cricq : « 80 % des consommateurs associent le foie gras à la région Sud-Ouest. Il faudrait davantage axer la communication sur les lieux d'élevage et de transformation » (H. Dumuis)

Marcel Saint-Cricq : « 80 % des consommateurs associent le foie gras à la région Sud-Ouest. Il faudrait davantage axer la communication sur les lieux d'élevage et de transformation » (H. Dumuis)

La consommation repart à la hausse, est-ce dû aux campagnes de communication ?

Sur les neuf premiers mois 2009, la consommation était en hausse, mais 75 % du chiffre d'affaires du foie gras se faisant dans les deux derniers mois de l'année, et surtout pendant les fêtes, nous attendons pour faire les comptes. Ce qui est certain, c'est qu'en dépit de la crise, le consommateur n'a pas, a priori arbitré ses achats en défaveur du foie gras pendant les fêtes. La communication est primordiale, mais il faudrait davantage l'axer sur la notion d'origine du produit. Car à force de communiquer sur le foie gras en général, le consommateur va finir par ne plus savoir d'où vient le produit. Avec un risque possible de délocalisation. De plus, l'IGP Sud Ouest profite à tous, comme nous l'ont montré des sondages : quand on parle de l'origine Sud-Ouest au consommateur, il l'associe aussi à l'origine France. Certains spots télévisés prouvent que les marques de grande notoriété reconnaissent cette spécificité du produit.

Où en est-on de la mise aux normes bien-être des logements de canards à gaver ?

Toutes les nouvelles installations de gavage réalisées depuis le début d'année doivent être aux normes. Il n'y aura cependant pas de constructions massives car on envisage peu d'installations en 2010. Il s'agira donc principalement de salles tests ou de rénovations d'installations vétustes. Nous regrettons que le bien-être de l'animal soit toujours mis en avant aux dépens de celui du gaveur. Or, malgré des avancées techniques réelles, le travail restera plus contraignant en logements collectifs par rapport aux logements individuels. Cependant, la profession a acté qu'il faut se conformer à la recommandation du Conseil de l'Europe en matière de bien-être, même si le canard à gaver est la seule espèce où de telles exigences existent sur la totalité de la production.

Les surfaces prévues ne vont-elles pas raviver les critiques d'associations de protection animale ?

Dans l'expression du comportement, il n'y a pas que la notion de surface au sol qui compte. Il s'agit de trouver un compromis avec les surfaces pour coller aux exigences de la recommandation, afin de favoriser l'expression du comportement naturel de l'animal.
D'ici 2015, des règles plus précises pourraient voir le jour en fonction des différentes actions de lobbying. La démarche de ces associations n'est pas nouvelle. Au-delà de leur combat contre le foie gras, qui est une cible privilégiée à cause de sa notoriété et de l'acte de gavage, elles visent à terme l'interdiction de la consommation de viande. Leur action a peu d'effets sur la consommation de foie gras en France, mais leur puissance de nuisance peut être ponctuellement forte lorsqu'elles font pression sur certains opérateurs, comme certaines compagnies aériennes ou chaînes de distribution qui sont parfois amenées à retirer le foie gras de leur offre.

* président de l'association du foie gras du Sud-Ouest IGP et éleveur-gaveur de canards à Toulouzette dans les Landes. Il est également président du Palso (Association des palmipèdes du Sud-Ouest) et de la Fédération nationale du foie gras, responsable du comité de recherche au Cifog et président de la coopérative de production de palmipèdes Adour-Chalosse dont la production annuelle de canard gras avoisine les 600 000 têtes.

Source Réussir Aviculture Janvier-Février 2010

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