Parasitisme en pondeuses : Cinq principes pour lutter efficacement contre le pou rouge

Armelle Puybasset*

Le point capital dans la lutte contre le pou rouge en pondeuses est la rigueur d'application du traitement, comme nous l'expliquent Sophie Lubac de l'Itavi et la parasitologue Lise Roy.

L'invasion des bâtiments de poules pondeuses par Dermanyssus gallinae, un acarien communément appelé pou rouge, est un problème récurrent. Plus de la moitié des lots, tous modes d'élevages confondus, connaissent des infestations difficiles à gérer. Elles engendrent des oeufs tachés, une anémie de la poule en cas d'infestation très importante, des piqûres, de la nervosité et du stress qui peuvent donner lieu à du picage entre volailles.
Les difficultés de contrôles en élevage s'expliquent par la biologie particulière de cet acarien, ceci pour trois raisons principales :
1. Il semble fuir la lumière et cherche avant tout des interstices étroits. Cela l'incite à s'insinuer dans les espaces les plus réduits, ce qui le rend inaccessible aux pulvérisations de produits acaricides.
2. Le pou rouge est capable de résister jusqu'à neuf mois sans nourriture. La durée du vide sanitaire est donc peu efficace.
3. Il est capable de supporter un large spectre de températures. Après une congélation d'une semaine à – 20 °C, certains individus se réveillent et s'activent normalement. Les températures hivernales sous nos latitudes ne font que ralentir leur cycle.
Bien comprendre la physiologie du pou aide également à mieux lutter contre son infestation dans les élevages.
Voici, selon Sophie Lubac de l'Itavi et Lise Roy, du laboratoire de parasitologie de l'Ecole vétérinaire de Lyon (VetAgro Sup), cinq principes à respecter pour agir efficacement.

Pour être efficace, l'application d'un traitement contre les poux doit être très minutieuse. Un pou non visé ne sera pas tué. D'où l'importance des réglages précis du matériel utilisé. (A. Puybasset)

Pour être efficace, l'application d'un traitement contre les poux doit être très minutieuse. Un pou non visé ne sera pas tué. D'où l'importance des réglages précis du matériel utilisé. (A. Puybasset)

1 - Traquer le pou avant son invasion

Une surveillance régulière permet de prévenir une infestation massive. Il faut traiter avant l'apparition de taches rouges sur les oeufs, difficiles à éliminer. Le suivi du degré d'infestation de l'élevage est réalisé régulièrement.
Tout d'abord par l'observation des points stratégiques (zones où se regroupent les poux), connus de l'éleveur ou du technicien pour héberger des agrégats d'acariens. Cela concerne notamment les espaces compris entre deux éléments solides de la structure (perchoir/portoir, tapis à oeufs/pièce de support du tapis, ou encore sous les fientes sèches des poules à proximité des aires où elles dorment…)
Il s'agit également de repérer les excréments du pou. Ces fientes peuvent être un signal d'alarme, mais il faut garder à l'esprit qu'elles témoignent de la présence actuelle ou passée de poux rouges. Ces marques permettent surtout de localiser les points stratégiques propres à l'élevage, même en dehors des pics d'infestation (pendant le vide par exemple, au moment du démontage).
Et enfin, le piégeage consiste à placer du papier essuie-tout noué sur une structure ou des feuilles bristol pliées à plusieurs endroits de l'élevage et à les inspecter régulièrement.

Sur cet oeuf, qui n'a pas été retiré avant traitement, on observe des taches verdâtres témoignant de la mort des poux. (P. Le Douarin)

Sur cet oeuf, qui n'a pas été retiré avant traitement, on observe des taches verdâtres témoignant de la mort des poux. (P. Le Douarin)

 

2 - En vide sanitaire, éliminer le pou par action mécanique…

Il est recommandé de profiter de l'absence des poules pendant le vide sanitaire pour procéder à des nettoyages et traitements importants et éliminer le maximum d'acariens. On cible d'abord les actions mécaniques dont le but est de déloger les poux de leur cachette et de les éliminer : dépoussiérage, lavage à grandes eaux, voire utilisation de désinfectants ou des produits à fort pouvoir tensioactif qui favorisent le détachement des poux incrustés dans les interstices. En effet, tout produit touche uniquement les poux visibles !

3 - Eliminer ensuite le pou par l'application d'un produit de traitement

Une éradication complète de l'acarien est très difficile voire improbable mais les moyens de lutte permettent de réduire nettement la densité des populations.
On distingue deux types de produits de traitement utilisés au cours du vide sanitaire.
. Les acaricides chimiques à base de molécules de synthèse (produits à base d'organophosphorés ou à base de pyréthrinoïdes).
Seul un produit est autorisé en cours de bande (Byemite de Bayer, molécule phoxime). Il doit être appliqué sous prescription vétérinaire (retrait des oeufs avant application). Ces traitements ont une action sur les individus mobiles (larves, nymphes, adultes). La destruction des oeufs de pou est plus délicate.
. Les traitements acaricides à base de substances naturelles souvent associés et utilisables en agriculture biologique tels que les produits à base de silice, de bicarbonate de sodium, d'extraits et huiles essentielles. Ces produits se présentent sous forme de poudre ou de liquide à pulvériser ou à déposer sur les zones où se réunissent les poux. Ils peuvent être appliqués en cours de production uniquement dans l'environnement des poules et non sur celles-ci, du fait de l'action potentiellement toxique/irritante des produits, mais surtout du fait des moeurs particulières de l'acarien (il reste peu sur la poule).

4 - Viser juste dans l'application du produit

Il peut être intéressant d'être équipé de matériel adapté pour épandre les produits, mais le plus important reste la minutie, car aucun appareil ne vise mieux que l'oeil humain. La répartition des poux dans un élevage est particulière à chaque élevage.
Elle doit donc être clairement identifiée afin de mettre en place des moyens de lutte efficaces. Un éleveur qui connaît bien son élevage pourra cibler les lieux où se rassemblent des poux et être plus efficace. Un pou non visé ne sera pas tué.

5 - Répéter les traitements

Il est primordial de répéter les traitements de manière appropriée : intervalle d'une semaine, deux (ou trois) fois. Cela permet de tuer les individus mobiles lors de la première application, puis ceux qui auront éclos entre temps avec une deuxième et troisième application.
Quelle que soit la méthode de traitement (molécule de synthèse ou d'origine naturelle), le point capital dans la lutte contre les poux est la rigueur d'application, sa précision. Plus l'application est minutieuse, plus les résultats ont des chances d'être satisfaisants. Cela nécessite du temps ! Le traitement n'est réellement efficace que s'il est appliqué directement sur les poux. Et les poux qui se promènent en dehors de leur abri ne constituent que la partie émergée de l'iceberg de la population !

Colonie de poux sur une bande à oeufs. L'observation de points stratégiques connus de l'éleveur permet de suivre le dégré d'infestation de l'élevage. (A. Puybasset)

Colonie de poux sur une bande à oeufs. L'observation de points stratégiques connus de l'éleveur permet de suivre le dégré d'infestation de l'élevage. (A. Puybasset)

 

Demain, de nouveaux moyens de lutte ?

D'autres moyens qui n'impliquent pas d'application de produits sont à l'étude actuellement.
. Des acariens prédateurs du pou, en particulier Androlaelaps casalis, sans impact sur les poules. Les modalités de son utilisation en élevage sont à l'étude aux Pays-Bas.
. Un vaccin anti-pou rouge, à l'étude au Royaume-Uni.

En savoir plus

Le pou rouge en élevage de pondeuses : Plaquette éditée par l'Itavi, rédigée par Sophie Lubac de l'Itavi et Lise Roy, du laboratoire de parasitologie de l'Ecole nationale vétérinaire de Lyon (VetAgro Sup). Elle est financée par la région Rhônes-Alpes. Contact : Itavi Sud-Est au 04 72 72 49 47.

* d'après la plaquette réalisée par Lise Roy, de l'ENV de Lyon et Sophie Lubac, de l'Itavi.

Source Réussir Aviculture Mars 2010

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