Parc bâtiments : La filière chair en quête d'un nouveau modèle

Armelle Puybasset

Après plusieurs années de contraction du parc de bâtiments, confirmée par l'enquête aviculture de 2008, la filière chair s'interroge sur l'évolution de l'exploitation et sur le poulailler de demain.

La production française de volailles de chair est en perte de vitesse. Même si ce constat est connu de tous, la dernière version de l'enquête aviculture, réalisée tous les quatre ans, a l'avantage de mettre des chiffres précis derrière des tendances observées depuis plusieurs années. Elle dresse aussi une cartographie de la filière par région et par type de production. Menée par les services statistiques du ministère de l'Agriculture et interprétée par l'Itavi, elle montre l'évolution sur la période 2004-2008, marquée notamment par la crise de l'influenza aviaire en 2006. En cinq ans, la superficie totale de poulaillers de volailles de chair a reculé de 9,24 % pour s'établir à 14,3 millions de mètres carrés. La baisse, modérée en poulets, est plus importante en dinde et en pintade. Le Grand Ouest reste prédominant avec 57,5 % de la production concentrée sur les régions Bretagne et Pays de la Loire.

Peut-on cumuler les avantages de la mixité agricole et de la spécialisation avec des ateliers avicoles de plus grande taille dans des exploitations composées de plusieurs ateliers ? (A. Puybasset)

Peut-on cumuler les avantages de la mixité agricole et de la spécialisation avec des ateliers avicoles de plus grande taille dans des exploitations composées de plusieurs ateliers ? (A. Puybasset)

Peu de spécialisation

L'enquête aviculture 2008 a également permis de réactualiser un certain nombre de références concernant la structure des exploitations. Elle montre que l'activité volaille est souvent une production complémentaire. Seules 27,4 % des exploitations sont spécialisées, cela signifie que plus de 75 % de leur revenu proviennent de l'atelier avicole. Elle souligne aussi l'importance de la main-d'oeuvre familiale non salariée (84,3 % des unités de travail agricole). Le statut juridique d'exploitant individuel domine (48 % des exploitations) même si les formes sociétaires (EARL, Gaec…) continuent à se développer (+ 12 % entre 2004 et 2008). « C'est un signe de la professionnalisation des exploitations avicoles », analyse l'enquête. L'âge moyen des éleveurs augmente : il était de 44,1 ans en 1994, de 45,1 ans en 2004 et de 46,4 ans en 2008. Celui des bâtiments progresse aussi. Il atteint en moyenne 18,2 ans pour les productions de volailles de chair en bâtiments fermés et 15 ans pour les volailles sur parcours. La taille des exploitations augmente légèrement (croissance de 2,6 % par an entre 1994 et 2008) pour atteindre une moyenne de 1500 m2 pour les sites avec bâtiments fermés et 731 m2 pour les bâtiments avec parcours.

Au-delà des chiffres, cette étude donne l'occasion de pointer les points forts et faibles de la structure des élevages et de mener une réflexion sur le modèle d'élevage de demain. « La filière avicole française a la particularité d'être peu spécialisée, avec des élevages en plus grand nombre mais de plus petite taille par rapport à nos voisins européens », analyse Sylvain Gallot, de l'Itavi. « Ce modèle s'est construit sur les spécificités de la production française : diversité des espèces, développement des productions sous signes de qualité. L'hétérogénéité des structures diminue sans doute aujourd'hui la compétitivité de la filière dans une économie avicole largement mondialisée. » Beaucoup de questions se posent. Faut-il évoluer vers des exploitations de plus grande taille ? Peut-on concilier mixité agricole et spécialisation des structures avicoles ? Peut-on faire mieux reconnaître nos spécificités auprès du consommateur pour se démarquer des viandes importées ? Quel nouvel équilibre entre les viandes dites classiques pour les consommations de commodité et les viandes sous signe de qualité, davantage consommées en entier ?
Dans un contexte de marché plus favorable, notamment en poulet, l'heure est aujourd'hui à la reconstruction. C'est ce que confirme le suivi annuel de l'Itavi sur le parc de bâtiments, qui montre une augmentation, certes légère, du taux de constructions. Même si les rénovations augmentent de façon importante, construire de nouveaux poulaillers est indispensable pour maintenir le potentiel de production et intégrer les nouveaux équipements et les dernières technologies qui permettront de gagner de la compétitivité, tout au moins sur le maillon production. Les organisations de production en prennent conscience. En témoignent les derniers résultats de l'enquête des chambres d'agriculture du Grand Ouest qui montrent une augmentation sensible des marges brutes, liée en partie à une revalorisation des contrats au cours des dernières années.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Aviculture de janvier-février 2011. (RA n°163 p. 10 à 17.)

Source Réussir Aviculture Janvier-Février 2011

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