« Parler du bien-être animal n'est plus tabou »

Propos recueillis par Véronique Bargain

«  Parler du bien-être animal n'est plus tabou »
Jean-Yves Ménard est associé d'un Gaec à cinq à Saint-Jean de Linières (49), en vaches laitières, bovin viande et volailles label rouge. Il est administrateur de Terrena et responsable professionnel du groupe de travail bien-être animal de Coop de France. - © V. Bargain

Coop de France a organisé une conférence-débat sur le bien-être animal lors du Space. Un sujet que les éleveurs s'approprient peu à peu et qui nécessite réflexion, discussions et actions. L'avis de Jean-Yves Ménard, responsable professionnel bien-être animal de Coop de France.

Où en sont les éleveurs avec le bien-être animal ?

Jean-Yves Ménard - « Les éleveurs sont au coeur du bien-être animal. Au quotidien, le bien-être de leurs animaux est leur préoccupation principale, notamment parce qu'il est nécessaire à l'expression du potentiel génétique des animaux. Mais ils commencent à prendre conscience qu'ils doivent en parler, dire avec des mots simples ce qu'ils font et ouvrir leurs exploitations. Certaines filières ont déjà avancé dans ce sens, comme la filière foie gras avec PalmiG Confiance. Un recueil des actions des partenaires agricoles en faveur du bien-être animal a aussi été publié pour montrer tout ce que font les éleveurs en matière de bien-être animal. »

Pourquoi est-il si important que les éleveurs français s'approprient ce sujet ?

J.-Y. M - « D'une part, il y a les attentes sociétales et des demandes de clients qui augmentent. D'autre part, la France a pris du retard dans ce débat au niveau européen. Les pays du nord de l'Europe sont beaucoup plus moteurs sur le sujet. Pourtant, notre pays n'est pas en retard au niveau des pratiques. Nous devons communiquer sur ce qui s'y fait de bien, avoir une communication positive plutôt que défensive. Le fait que le ministère de l'Agriculture ait élaboré avec les parties prenantes un projet de stratégie 2015-2020 sur le bien-être des animaux est une bonne chose. La France doit aussi être force de propositions, car le risque est réel de se voir imposer des normes définies par d'autres pays. Plutôt que des normes, il faut des actions de bon sens. Chaque fois que l'on peut améliorer le bien-être animal, l'ambiance des bâtiments... il faut le faire, même si cela nécessite des investissements. Nous devons aussi faire en sorte d'avoir des indicateurs du bien-être. Et nous devons développer la formation. »

Quelles sont les pratiques avicoles sujettes à controverse ?

J.-Y. M - « La mise à mort en abattoir est très encadrée, mais pose problème à certains citoyens. Il faut pouvoir en parler, être ouvert au dialogue avec les associations welfaristes et avec tous ceux qui peuvent être des leaders d'opinion. L'euthanasie d'animaux n'ayant pas de valeur économique est un autre sujet délicat. La science peut apporter des solutions en évitant de créer ces non-valeurs, comme par exemple le sexage dans l'oeuf. Mais nous devons y réfléchir en amont et en discuter, y compris avec les ONG. Les canards élevés sur caillebotis pourraient également poser problème. La filière a par contre beaucoup progressé sur le gavage et les pondeuses. Dans tous les cas, nous devons condamner les dérives et la maltraitance. Mais nous devons aussi affirmer que bien-être animal et bien-être de l'éleveur sont liés. Pour que l'éleveur puisse être attentif au bien-être animal, il faut qu'il soit bien dans sa peau et ait un confort économique. Et nous ne devons pas nous tromper de débat. Il ne s'agit pas d'opposer les modes de production, ni les tailles d'élevage. »

Quel peut être le rôle de Coop de France ?

J.-Y. M - « Coop de France a créé un groupe de travail transversal sur le bien-être animal il y a trois ans. Elle participe au groupe interorganisations professionnelles qui a réalisé le guide des actions en faveur du bien-être animal. Elle est membre du groupe de travail qui a élaboré le projet de stratégie de la France déjà cité. Et nous allons nous investir dans les groupes de pilotage qui seront mis en place autour de certains sujets. Enfin, au niveau des coopératives, nous allons développer l'information et la formation. De plus en plus de coopératives demandent des formations pour leurs adhérents et collaborateurs. Le bien-être animal n'est plus un sujet tabou. »

Source Réussir Aviculture

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Commentaires 1

CLOCHE215

parlons plutôt du bien-être du paysan !!!

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