Paulo Alberto Lovatto, vétérinaire brésilien : L'agrobusiness brésilien est un État dans l'État

Propos recueillis par Pascal Le Douarin

Après une année passée à Agrocampus Ouest, à Rennes, et avant son prochain retour vers le Brésil, le professeur Paulo Alberto Lovatto livre un éclairage sur le système avicole brésilien.

Comment est organisée la filière avicole dans votre pays ?

De manière extrêmement intégrée, que ce soit en volaille ou en porc. Ces productions sont très imbriquées et pilotées par les mêmes entreprises agro-industrielles. L'intégrateur détient 100 % des maillons alimentation et aval, qui sont les plus rémunérateurs. L'élevage est totalement sous son contrôle, l‘éleveur fournissant son bâtiment et son travail. C'est un exécutant. Il n'existe pas de syndicats d'aviculteurs. Depuis quelques années, les groupes sous-traitent aussi l'accouvage à des firmes indépendantes au plan financier, mais dépendantes économiquement car totalement dédiées aux groupes.

Existe-t-il des organisations professionnelles équivalentes à nos interprofessions ?

Il n'existe pas d'interprofession au sens français, mais des plutôt des associations de décideurs. La plus influente est l'Abef, qui défend les intérêts des exportateurs. Toutes possèdent de fortes connexions avec le monde politique. Le président de l'Abef est un ancien ministre de l'agriculture. Le lobby du poulet existe vraiment, tout comme le lobby de l'éthanol. Les activités agricoles et agro-alimentaires représentent un tiers du produit intérieur brut, contre moins de 3 % en France. L'aviculture pèse plusieurs millions d'emplois et 1,5 % du PIB. C'est pourquoi le président du Brésil suit de près la santé économique du secteur.

Paulo Alberto Lovatto est issu d'une famille de petits agriculteurs et aviculteurs du Rio Grande do Sul (RS). (P. Le Douarin)

Paulo Alberto Lovatto est issu d'une famille de petits agriculteurs et aviculteurs du Rio Grande do Sul (RS). (P. Le Douarin)

 

Le modèle d'intégration est-il remis en cause ?

Non. Dans le Sud, historiquement on n'emprunte pas pour construire un poulailler, on utilise l'épargne. Indépendants des circuits financiers, les aviculteurs peuvent résister aux baisses d'activité qu'ils acceptent comme inhérentes au système d'intégration. Ils ont d'autres productions agricoles. Même si l'éleveur ne touche rien en cas de report de mise en place décidé par l'intégrateur, il accepte cette situation.
Collectivement, cette relation « dominant-dominé » est jugée globalement positive pour la communauté rurale. Ce système a été développé à une époque où le Brésil vivait sous un régime non démocratique, voire dictatorial. Même s'il a créé de l'exode, c'est grâce à lui qu'on a électrifié, construit des routes, nourri la population et enrichi les campagnes.

Quel est son avantage principal, en dehors de favoriser l'intégrateur ?

Le côté positif de l'intégration, c'est la concentration des centres de décision. Les agro-industriels sont très réactifs, capables de prendre rapidement des mesures et de les faire appliquer. Ils savent être solidaires pour défendre les intérêts collectifs. L'Abef préconise de baisser les mises en place de 20 % pour ce premier trimestre. Les entreprises vont devoir s'exécuter.

Quel est le point faible du Brésil en matière avicole ?

Indirectement, la concurrence entre les productions végétales. Récemment, la demande d'éthanol était telle que les propriétaires terriens du Centre se détournaient du soja et du maïs. Les groupes commencent à se demander s'ils ne vont pas retourner vers les régions traditionnelles du Sud. Mais si le pétrole reste très bas, la frénésie de la canne à sucre pourrait se ralentir.

Comment devrait se dérouler l'année 2009 ?

Malgré la baisse du premier trimestre, la production devrait croître d'au moins 5 %. La consommation interne devrait continuer à augmenter (4 à 6 %). À l'export, on compte sur l'ouverture plus grande de la Chine et sur une hausse vers les pays arabes. De plus, la dévaluation du réal par rapport au dollar aidera à compenser une baisse des volumes exportés.

Source Réussir Aviculture Janvier-Février 2009

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