Plan d'action Unavi : La dinde du Nord repart du bon pied

Pascal le Douarin

Après une forte réduction des volumes, la dinde lourde d'Unavi repart. L'organisation de production en profite pour mettre les pendules techniques à l'heure allemande.

Après deux ans de pause, Unavi, le groupement volaille de la coopérative Unéal, a remis en élevage des dindes lourdes de souche BUT Big 6 destinées au marché allemand, via Aviplus sa filiale de vente. En 2006 dans le sillage de la crise influenza cette production traditionnelle de la région Nord Pas-de-Calais avait subi un coup d'arrêt, avec la rupture du contrat avec l'Allemand Wiesenhof.
Aujourd'hui, c'est Heidemark, autre grand de la dinde allemande, qui se fournit en vif auprès des éleveurs d'Aviplus. Ce changement n'est pas sans conséquences. La manière d'élever les dindes lourdes et intermédiaires doit évoluer, affirme Bernard Goudemand. L'adjoint au directeur d'Aviplus et responsable technique d'Unavi, s'est rendu en Allemagne avec l'équipe technique et vétérinaire. Il a visité de nombreux éleveurs d'Heidemark à différentes phases d'élevage, rencontré les techniciens et les vétérinaires allemands.
« Déjà à quinze jours d'âge, certains de nos éleveurs sont dans les choux comparativement aux Allemands, analyse le responsable technique. Avant, l'objectif était d'obtenir un résultat en gérant nos problèmes de litière par le nutritionnel. Aujourd'hui, l'approche est plus qualitative avec l'objectif clair de faire du poids. » Il s'est fixé d'arriver au potentiel affiché par le sélectionneur.

Arnaud Talleux, éleveur référent d'Unavi, montre l'état des coussinets plantaires d'un dindon de 106 jours. « Les pattes, les pattes, les pattes ! Il faut veiller aux pattes ! » (P. le Douarin)

Arnaud Talleux, éleveur référent d'Unavi, montre l'état des coussinets plantaires d'un dindon de 106 jours. « Les pattes, les pattes, les pattes ! Il faut veiller aux pattes ! » (P. le Douarin)

Noyau d'éleveurs testeurs

Les mâles atteignent les 21 kilos à 21 semaines. « Nous avons besoin de revoir notre conduite d'élevage, que ce soit en ventilation, en température et en gestion de la litière. »
Cette remise en cause technique a abouti à l'élaboration d'un plan d'action. Il a été dévoilé au mois de juin auprès d'un groupe d'éleveurs pilotes. Pour confronter les expériences, les techniciens leur rendront plus souvent visite (au maximum tous les mois). Ces référents seront les points de repère avant l'extension à tous les éleveurs. Tout n'est pas encore calé, concède le responsable technique. « Nous donnons l'impulsion. Les éleveurs trouveront les astuces auxquelles nous n'avons pas encore pensé. Place à l'imagination. »
Le principal enseignement des discussions allemandes porte sur la nécessité de gérer la litière dés le démarrage, en évitant une humidification excessive qui conduit à des lésions des coussinets plantaires, difficiles voire impossibles à rattraper. La litière collante dès les premiers jours est une faute technique.

Pailler en cours de lot

Le premier message technique fort est que pour y arriver il faudra donc démarrer impérativement avec des copeaux et pailler régulièrement à partir de quatre ou cinq semaines. « On ne doit plus mettre toute la litière au début, en se disant que les dindes feront le reste jusqu'à la fin » résume le technicien.
Quant aux méthodes de paillage employées, rien n'est encore fixé, mais la mécanisation sera impérative pour rendre cette opération quasi hebdomadaire acceptable. Des essais de machines ont déjà eu lieu.

Dindon de 106 jours. Avec des mâles qui iront au-delà de 20 kilos, il faut construire un oiseau avec de bons aplombs, d'un jour à l'abattage. (P. Le Douarin)

Dindon de 106 jours. Avec des mâles qui iront au-delà de 20 kilos, il faut construire un oiseau avec de bons aplombs, d'un jour à l'abattage. (P. Le Douarin)

 

Notation des pododermatites

Pour progresser, il faut avoir un indicateur. Bernard Goudemand a déniché en Allemagne une grille de notation des pododermatites à cinq niveaux, utilisée désormais par ses techniciens sur « Filavi Pocket », l'outil de traçabilité sur PC Pocket. Sans des pattes en bon état, une dinde ne pourra aller correctement s'abreuver et se nourrir, d'où de l'hétérogénéité, de médiocres indices et des poids moyens. À seize semaines, les femelles doivent atteindre
10 kilos, les mâles 21 kilos cinq semaines plus tard, pour un indice de consommation moyen de 2,80-2,85. Avec pour objectif une marge dindonneau-aliment de 22 à 24 euros/m2 (contre 19 en souche intermédiaire Hybrid Converter enlevée vers 16,5-17 kg).
Le second point très important porte sur la qualité de l'ambiance. Sous prétexte que la dinde semble mieux accepter des atmosphères confinées que le poulet, elle est parfois soumise à des ambiances lourdes, chaudes, viciées, car mal renouvelées pour économiser du gaz.

Chauffer moins

Résultat : les litières se dégradent et les problèmes respiratoires se déclenchent. Au vu des pratiques allemandes la dinde supporte les températures inférieures à celles utilisées en France, si la litière est en excellent état. « Cela ne veut pas dire que la facture de chauffage baissera, prévient Bernard Goudemand, puisqu'il y aura plus de renouvellement d'air. »
Au bout du compte, Aviplus souhaite que ses éleveurs de dindes lourdes, mais aussi intermédiaires, « redécouvrent » les gestes qui paient. « Les réticences sont naturelles, conclut le responsable technique, mais ils sont convaincus que c'est la voie à suivre. » C'est aussi incontournable pour conserver les débouchés. L'Allemand Heidemark exige qu'Unavi-Aviplus soit à court terme certifié QS, de la fabrication des aliments (déjà le cas avec le système GMP) jusqu'à l'élevage, avec un cahier des charges spécifique.

Arnaud Talleux, éleveur référent d'Unavi, montre l'état des coussinets plantaires d'un dindon de 106 jours. « Les pattes, les pattes, les pattes ! Il faut veiller aux pattes ! » (P. le Douarin)

Arnaud Talleux, éleveur référent d'Unavi, montre l'état des coussinets plantaires d'un dindon de 106 jours. « Les pattes, les pattes, les pattes ! Il faut veiller aux pattes ! » (P. le Douarin)

 

Source Réussir Aviculture Juillet-Août 2009

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