Pression des Etats-Unis sur la Commission européenne : Les ministres européens s'opposent au poulet chloré

Pascal Le Douarin

Réunis en Conseil les 19 et 20 mai, les ministres agricoles de l'Union européenne se sont
majoritairement positionnés contre un projet de la Commission Européenne. Celui-ci
concerne la levée de l'interdiction d'utiliser dans l'UE des produits chimiques à des fins de
traitement antimicrobien de la viande fraîche de volailles. La discussion a été mise à l'ordre
du jour à la demande de la France. Le ministre Michel Barnier a obtenu le soutien quasi
unanime des États membres. Vingt-et-un pays ont refusé le retour des poulets « chlorés »
en Europe.
La levée de cette interdiction, en place depuis 1997, signifierait concrètement le retour des
viandes de volailles américaines sur le continent européen. Selon des sources
européennes, l'impact immédiat serait de 30 000 tonnes de viande exportées par les
Américains et de 100 000 tonnes à court terme.





Période probatoire de deux ans

En dehors de toute considération scientifique, trois arguments sont avancés par les tenants
du « Non ». D'abord, ce serait une décision totalement à l'encontre de la politique menée
jusqu'à présent en matière d'hygiène des denrées alimentaires. Ensuite, ce serait une
distorsion de concurrence supplémentaire entre les opérateurs européens et ceux des
pays tiers. La prévention d'un bout à l'autre de la chaîne alimentaire exige des efforts
importants des opérateurs. Enfin, ce traitement ne correspond pas au type d'aliments
souhaité par les consommateurs européens, même si un minimum d'étiquetage est prévu.
Le projet de texte permettant le retour de poulets traités avec des substances chimiques
antimicrobiennes contiendrait néanmoins des restrictions : l'usage de mesures préventives
contre la prolifération bactérienne dans les poulaillers, le rinçage à l'eau potable des
carcasses traitées, la mention du traitement sur les étiquettes des produits vendus aux
consommateurs. Quatre substances seraient autorisées (dioxyde de chlore, chlorure de
sodium acidifié, phosphate trisodique, acides peroxydés). L'autorisation serait accordée
pour deux ans, uniquement pour les poulets entiers. Durant ces deux années, des études
scientifiques seraient menées pour évaluer l'impact sur les organismes, l'apparition
d'antibiorésistances, l'environnement.




Le ministre de l'Agriculture Michel Barnier se prononce vigoureusement contre le poulet chloré. (EC/Sipa/F. Sierakowski)

Le ministre de l'Agriculture Michel Barnier se prononce vigoureusement contre le poulet chloré. (EC/Sipa/F. Sierakowski)

 

Fortes pressions américaines

Le projet de la Commission n'est pas arrivé sur la table par hasard. Tout est parti du
lobbying américain et du Conseil économique transatlantique (CET), une organisation de
concertation bilatérale entre l'UE et les USA. Pour les Américains, l'interdiction en Europe
des traitements chimiques sur les carcasses pose problème, dans la mesure où les USA
se coupent d'un marché important, mais aussi parce que d'autres pays pourraient s'aligner
sur la position sanitaire européenne. Le commissaire européen à l'Industrie, Günter
Verheugen, s'est fortement impliqué en faveur des américains. Il milite pour le retour du
poulet made in USA en s'appuyant sur l'absence de données scientifiques prouvant que
ces méthodes sont dangereuses. Le CET s'est réuni le 13 mai à Bruxelles. Verheugen y a
déclaré qu'une décision dans ce sens était imminente. Tous les commissaires européens
ne semblent pas du même avis, notamment celle à la Santé (Mme Androula Vassilou) et
celle à l'Agriculture (Mme Mariann Fischer Boel).

L'objectif du commissaire à l'Industrie est de faire passer son projet dès que possible.
L'agenda prévoyait un examen le 28 mai (après le bouclage de ce numéro de Réussir
aviculture), avant le sommet USA-UE du 10 juin en Slovénie. Pour y parvenir, il doit réunir une
majorité. De leur côté, les États membres opposés au projet doivent aussi réunir la majorité
qualifiée. Une étape décisive sera franchie les 15 et 16 juillet, lors du Comité permanent de la
chaîne alimentaire. Si les ministres n'y parviennent pas, ce sera au tour des députés
européens d'intervenir.

Source Réussir Aviculture Juin 2008

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