Produits de « commodité » d'origine carnée : Le rapport Rouault fraîchement accueilli

Pascal Le Douarin

Les propositions du délégué interministériel à l'industrie agroalimentaire présentées le 15 décembre n'ont pas convaincu les représentants de la filière.

Fin octobre, Philippe Rouault, élu breton à Pacé (Ille-et-Vilaine) et délégué interministériel à l'industrie agroalimentaire, remettait à Bruno Le Maire et Christine Lagarde un rapport sur la capacité des industries agroalimentaires à se développer dans un contexte de compétition internationale, particulièrement vis-à-vis de nos voisins allemands, italiens et espagnols. Il concerne uniquement les produits de « commodité » d'origine carnée (lait et viandes de diverses espèces), objet d'un commerce international de masse et pour lesquels le facteur prix est décisif. Le 15 décembre, Philippe Rouault est venu présenter l'essentiel de ses 160 propositions devant des décideurs de la filière avicole réunis pour l'assemblée générale du syndicat des accouveurs (SNA).

Accroître la taille des PME

Principale conclusion du délégué, la taille des entreprises est un atout fondamental dans la compétition transcontinentale. Les premiers Français, Doux et Bigard, sont treizième et quatorzième mondiaux selon Rabobank et ne pèsent qu'un million de tonnes. Philippe Rouault pointe deux éléments clés impactant directement le prix : la taille des entreprises et les coûts salariaux arrivent avant la fiscalité, l'énergie, la logistique. « En Allemagne, il existe deux fois plus de PME intermédiaires (50 à 250 salariés) qu'en France, illustre le délégué interministériel. La grande distribution souhaite diminuer le nombre de références par produit, ce qui implique de diminuer le nombre de fournisseurs. » S'ajoutent des éléments de « compétitivité hors prix », comme les réglementations, la recherche-développement…
Pour résister dans un environnement économique hostile, les regroupements semblent inéluctables. Le délégué préconise de mettre en place un programme d'accompagnement stratégique des PME, afin de réaliser des audits, et de mobiliser des financements pour faciliter les alliances.

Salle de découpe automatisée dans un abattoir récent. Robotisation et regroupement des entreprises seraient deux facteurs clés d'amélioration de la compétitivité du secteur. (P. Le Douarin/Archives)

Salle de découpe automatisée dans un abattoir récent. Robotisation et regroupement des entreprises seraient deux facteurs clés d'amélioration de la compétitivité du secteur. (P. Le Douarin/Archives)

 

Automatiser les IAA

Pour résoudre le décalage du coût de main-d'oeuvre (environ 7,50 €/heure dans un abattoir en Allemagne), il propose une robotisation accrue et une simplification des nombreuses conventions collectives. « Sur le long terme, cela permettra de conserver une activité en France et cela améliorera l'attractivité du métier. » En termes d'amélioration de la compétitivité hors prix, Philippe Rouault cite la simplification des procédures administratives pour l'exportation, une stratégie offensive de promotion à l'export, un meilleur emploi des crédits européens de recherche-développement, une application française moins stricte de la réglementation européenne.
En résumé, conclut le délégué, « il n'y a pas de recette miracle, mais des enjeux à relever à différents niveaux, des exploitations agricoles (plan de modernisation des bâtiments), jusqu'aux produits finis délivrés aux GMS (logistique et gamme de produits). »

Préconisations décalées

L'auditoire, composé majoritairement de responsables de PME, s'est montré réservé, avec le sentiment qu'un plan venu d'en haut ne décidera pas de l'avenir des IAA françaises. Au lieu de distribuer quelques millions à un acteur pour en reprendre d'autres, Estelle Tanguy-Le Helloco (Accouvage d'Armor) aimerait que toutes les entreprises aient les mêmes cartes que les Allemands et reçoivent des aides pour investir. Pour Louis Perrault (sélectionneur Sasso), la spécificité avicole française n'a pas été prise en compte. « Nous avons une richesse que n'ont pas les autres pays, qui lie l'homme, le territoire et l'animal. Ce rapport passe complètement à côté et manque d'innovation. N'essayons pas de copier Tyson, alors qu'on parle désormais de développement durable. » Pour Alain Melot, vice-président de la FIA (fédération des industries avicoles), qui rappelle que 40 % de la consommation du poulet est importée, « c'est un rapport de plus. Certaines actions ne nécessiteraient pas d'argent, comme de ne pas interpréter trop strictement des directives européennes (cas de la viande « gros grain » qui nous coûte 40 millions d'euros). Pourquoi ne pas bloquer des importations pour non-respect des règles européennes ? » Ce rapport a le mérite de constater que des évolutions doivent se produire à tous les niveaux, mais « comment est-ce qu'on avance maintenant ? » a conclu Alain Melot.

Source Réussir Aviculture Janvier-Février 2011

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