Prospectives pour 2025 : L'Itavi imagine le marché futur de l'oeuf en France

Pascal Le Douarin

En imaginant plusieurs scénarios pour le marché de l'oeuf en 2025, une réflexion Itavi-Inra-CNPO soulève les enjeux du maillon production.

Aujourd'hui, la structure du marché français de l'oeuf est bien connue. Un tiers des 230 oeufs consommés par personne et par an le sont sous forme d'ovoproduits, le reste sous forme d'oeuf-coquille consommés en restauration collective (21 % des volumes totaux) et à domicile (46 % des volumes dont 87 % sont achetés). Le débouché en GMS progresse de 2 à 3 % par an, en volume comme en valeur. Avec deux tiers des volumes et 54 % de la valeur, l'oeuf standard s'y maintient tout juste. La croissance du rayon oeuf est désormais tirée par l'alternatif, qui réalise 46 % de la valeur pour un tiers des volumes. En alternatif, la progression annuelle varie de 5 à 15 % selon le type d'oeuf (plein-air, Label rouge, bio).
Quelle sera la structure du marché dans quinze ans ? La montée en puissance des attentes sociétales de durabilité et de bien-être poussent vers l'alternatif, mais le contexte de crise reste favorable à l'oeuf de cage moins cher. Faut-il poursuivre ces tendances jusqu'en 2025 ? Quelles seront les parts de l'oeuf standard et de l'oeuf alternatif ? Des ruptures vont-elles se produire ?
L'Itavi et le CNPO, appuyés par l'Inra, ont cherché des éléments de réponse à la lumière de quatre scénarios basés sur des facteurs externes à la filière, mais assez puissants pour peser. En concertation avec des professionnels, leurs réflexions sont inspirées d'une étude prospective Itavi-Inra menée sur la volaille de chair.

Les attentes sociétales poussent vers l'alternatif, mais le contexte de crise reste favorable à l'oeuf de cage moins cher. Cette tendance va-t-elle se poursuivre jusqu'en 2025 ? (A. Puybasset)

Les attentes sociétales poussent vers l'alternatif, mais le contexte de crise reste favorable à l'oeuf de cage moins cher. Cette tendance va-t-elle se poursuivre jusqu'en 2025 ? (A. Puybasset)

Les QUATRE scénarios

Deux scénarios poursuivent les tendances socio-économiques en les accentuant dans des sens opposés.
. Le scénario Chair de poule mise sur une mondialisation non régulée de l'économie et des échanges, mettant l'accent sur la compétitivité-prix.
. Celui de la Poule dans le pré postule que l'Europe se préoccupera plus de développement durable et de l'origine.
Les deux autres scénarios sont en rupture.
. Le scénario Coq européen joue la carte d'un très fort protectionnisme européen qui privilégie l'emploi dans un contexte économique défavorable, donc avec la recherche de prix bas.
. Le quatrième scénario de la Poule au pot imagine que l'économie est régie à l'échelle planétaire. Une gouvernance mondiale se met en place pour lutter contre le réchauffement climatique et la faim.
Les impacts ont été appréhendés sur la part des importations, celle des ovoproduits dans la consommation, et au final sur la répartition des modes d'élevages.

Des enjeux à réexaminer

Premier constat, le groupe de travail estime que la consommation des oeufs devrait progresser de 10 à 20 oeufs par personne et par an, en réponse à des conditions économiques dégradées et aux critiques sur la consommation de viande (arguments nutrition, santé et environnement). « Ce comportement attendu de substitution de la viande par l'oeuf reste néanmoins à vérifier dans les faits », tempère Pascale Magdelaine de l'Itavi.
Deuxième constat, tous les scénarios postulent que la part des ovoproduits augmentera mais, « comment évoluera réellement la part des ovoproduits : 30 % , 40 %, ou 50 % de la consommation comme dans le scénario Chair de poule ? Et quelles seront les parts des différents modes d'élevage dans les ovoproduits ? », s'interroge l'économiste de l'Itavi.
Ces préoccupations sont d'actualité aux Pays-Bas et en Allemagne qui ont massivement basculé vers des oeufs sol de code 2. « Leur industrie de l'oeuf va-t-elle continuer à se fournir sur place ou va-t-elle importer de l'Union européenne ou de pays tiers ? »

En dehors des contextes sociopolitiques, le devenir de la filière dépend aussi des choix de ses acteurs. Quelle part auront en France les volières qui se développent fortement en Allemagne et aux Pays-Bas ? En 2010, les oeufs de poules au sol qui représentent 1 % des achats en valeur dans les GMS françaises ont reculé de plus de 5 %. Cependant, depuis décembre dernier le groupe Auchan essaie de ses différencier avec des oeufs sous MDD visuellement identifiés oeufs de volière. Quel sera le nouveau modèle de production biologique et avec quel cahier des charges ? Quelles formes auront les exploitations en 2025 ? Des capitaux familiaux avec une contractualisation aval ou des élevages intégrés ? À quel niveau se situera la compétitivité française dans un marché européen, y compris en alternatif ? Les professionnels auront-ils une capacité de production suffisante au regard de l'acceptabilité sociétale (taille des fermes…), et de l'attractivité du métier (image du hors-sol) ?
Enfin, le chantier de la durabilité reste à défricher avec la définition d'indicateurs différents au niveau local (proximité, biodiversité, complémentarité…) et global (empreinte carbone, émissions de GES…).

Source Réussir Aviculture Mars 2011

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires