Quand l'aviculture soigne la schizophrénie : Billiers, la thérapie passe par les poules

Pascal Le Douarin

tablissement unique en France, le centre de postcure de Billiers réapprend à de jeunes schizophrènes l'autonomie, au travers d'activités manuelles comme la conduite d'un élevage de poules au sol.

Du haut de la tour de la chapelle du Domaine de Prières, le visiteur contemple successivement l'estuaire de la Vilaine, les parcs de moules de bouchots, les polders et l'arrière pays avec ses éoliennes. À ses pieds, il découvre un vaste ensemble de bâtiments résidentiels et de travail qui accueillent 145 stagiaires et une centaine d'encadrants. Pour faire la distinction avec l'hôpital, le mot patient n'est pas de mise ici. Bâtie au pied de la mer sur un site de 23 hectares clos de murs, l'abbaye cistercienne a été détruite après la Révolution. Reconverti en château, le Domaine de Prières, créé à l'initiative de la MSA, est devenu un centre de soins depuis 1961. Pendant au maximum deux ans, il accueille des stagiaires atteints de schizophrénie qui viennent de passer en moyenne une année de cure à l'hôpital. « Notre objectif est de les aider à réintégrer la normalité à travers la réalisation de multiples activités de travail », résume Serge Sourdril, l'éducateur spécialisé responsable de la partie agricole. Les ateliers avicoles — volailles de chair et production d'oeufs — font partie du parcours de réadaptation. Environ 10 000 volailles sont élevées, abattues sur place et vendues en direct sur place et au marché de Muzillac.

Pratiquement les pieds dans l'eau, les poulaillers neufs remplacent deux bâtiments de 120 m2 qui seront reconvertis pour l'engraissement des volailles. (P. Le Douarin)

Pratiquement les pieds dans l'eau, les poulaillers neufs remplacent deux bâtiments de 120 m2 qui seront reconvertis pour l'engraissement des volailles. (P. Le Douarin)

Suivi personnalisé d'autonomisation

Le 25 mars, un atelier de 12 000 poules au sol a démarré pour succéder aux 4500 logées en cages hors normes dans deux bâtiments des années soixante. Ces deux ateliers font partie de l'exploitation agricole de 98 hectares, qui comporte un atelier de vaches laitières (160 000 litres) et une trentaine de vaches allaitantes. S'ajoutent une activité horticulture-maraîchage, de la menuiserie, de la mécanique-métallerie, ainsi que le service restauration ouvert au public.
Environ 1 % de la population est touchée par la schizophrénie. Cette maladie se déclare souvent avec les difficultés rencontrées lors du passage à la vie d'adulte. Sur un terrain psychologique fragilisé, l'abus de substances toxiques (alcool, cannabis…) favorise le basculement. Le soin passe par la prise de médicaments associée à des activités destinées à « sortir les stagiaires de leur bulle et de leur isolement ». Chacun d'entre eux bénéficie d'un suivi personnalisé d'autonomisation. Au personnel médical se joint une équipe pluridisciplinaire d'éducateurs et de moniteurs spécialisés par atelier, comme Roland Burban qui a en charge un des deux poulaillers de 6000 poules.

Recoller au réel

L'atelier pondeuse est adapté aux arrivants. « Nous avons deux ans pour les réadapter à une vie socioprofessionnelle », résume Serge Sourdril.
Dans la première phase de la réadaptation, les stagiaires redécouvrent un rythme et un cadre réguliers qui les rassurent : un monde clos sans être oppressant, une activité physique et technique répétitive. « Quand ils arrivent, ils sont aussi fatigués physiquement. Ils travaillent lentement. Le ramassage des oeufs leur convient bien » remarque Roland Burban. « C'est une étape indispensable avant d'aller se confronter à des vaches ou de participer à l'abattage des volailles ajoute Serge Sourdril. Nous leur donnons des repères ancrés dans le réel, qui les déconnectent de leurs pensées, qui les poussent à travailler en équipe, donc à communiquer entre eux. »
L'autre intérêt thérapeutique est de leur faire constater que leur travail a une réelle finalité. « Ils ne travaillent pas dans le vide. Nous leur faisons comprendre qu'il y a une valorisation économique et qu'ils contribuent à servir d'autres personnes. »
La plupart des oeufs sont repris par le fabricant d'aliment Nutréa nutrition animale sur la base d'un contrat de quinze ans (minimum garanti de 5 euros de marge brute par poule). Serge Sourdril voudrait atteindre au moins l'équilibre économique (hors salaire des encadrants).

Ouvert sur l'extérieur

« En passant de 4500 à 12 000 poules, nous allons essayer de développer la vente directe. C'est plus intéressant économiquement et bon pour la notoriété du Domaine de Prières, mais cet aspect passera toujours après la thérapie. Le soin reste notre priorité précise Serge Sourdril. À la fin des deux ans de parcours, nous n'arrivons pas à tirer d'affaire tous nos stagiaires. Un tiers sont trop fragiles et rechutent. Ils retournent alors en hôpital ou dans leur famille. » Un tiers ne travaille pas, mais arrive à une relative indépendance. Enfin, un tiers des stagiaires parviennent à une insertion professionnelle via un établissement spécialisé, comme un Esat.

Source Réussir Aviculture Mai 2011

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