Races anciennes : La grise du Vercors renaît

Chantal Bonzon et Hervé Dumuis

velyne Tézier fait revivre une race de poule perdue. Les premières productions fermières vont démarrer après un long travail patrimonial, scientifique et économique.

Cette histoire débute avec une directrice d'école du Pays du Royans dans la Drôme qui n'a jamais oublié ses racines paysannes et se souvenait d'une poule grise typique de son Vercors, très présente dans les fermes de son enfance. Dotée d'une basse-cour, Évelyne Tézier a décidé dans les années 90 de retrouver la trace de cette race oubliée. Photos et témoignages des anciens nourrissent sa quête. Les caractéristiques de cette poule sont bientôt mises à jour : belle allure gauloise, hautes pattes rosées, plumage à la couleur « coucou », oreillons blancs, queue à grandes faucilles, crête écarlate et yeux dorés… « Le Sud de la France possédait des poules noires », explique-t-elle.

La grise du Vercors. Une belle allure gauloise, de hautes pattes rosées, un plumage couleur « coucou », des oreillons blancs, une queue à grandes faucilles, et une crête écarlate. (DR)

La grise du Vercors. Une belle allure gauloise, de hautes pattes rosées, un plumage couleur « coucou », des oreillons blancs, une queue à grandes faucilles, et une crête écarlate. (DR)

Voyage transalpin

Dans le Vercors, cette couleur « coucou » typique provient probablement de la « Cuculla » italienne, amenée au début du xxe siècle par des travailleurs émigrés italiens, employés à fabriquer du charbon de bois. En Italie, cette race s'est éteinte et ne subsiste que la Cuccula à pattes jaunes. Proche cousine, la Coucou des Flandres, affiche elle aussi cette couleur caractéristique de la grise du Vercors et des oreillons blancs.
Évelyne se pique au jeu de la recherche génétique, rassemble amoureux du patrimoine et agriculteurs autour d'une association : Ouantia. Ensemble ils entreprennent de rechercher les races porteuses des bons gênes et susceptibles, au fil des croisements, de redonner vie à sa belle poule du Vercors.

Évelyne Tézier, directrice d'école dans la Drôme. La grise du Vercors doit sa renaissance à cette institutrice passionnée. (DR)

Évelyne Tézier, directrice d'école dans la Drôme. La grise du Vercors doit sa renaissance à cette institutrice passionnée. (DR)

 

Travail de fourmi récompensé

Débute alors un long travail de croisements. Faute de souches suffisamment pures, ces croisements font appel à des souches qui ressemblent le plus au phénotype recherché.
La poule de Barbézieux originaire du Sud-Ouest est choisie pour son type méditerranéen, la Coucou des Flandres pour sa couleur et ses oreillons sablés de blanc, la Coucou des Malines pour sa couleur et la saveur de sa viande, et le poulet de Bresse pour ses caractéristiques de ponte (nombre et couleur blanche des oeufs). L'association se mobilise et, à partir de 1999, sélectionne les « bons » sujets année après année. Ce labeur a été récompensé par l'établissement d'un standard de race qu'il fallait encore stabiliser, améliorer et homogénéiser en vue de la production de poussins à destination des élevages. Pour être efficace, ce travail devait être conduit scientifiquement, sur un grand nombre de sujets (1000 poussins par génération) pour sélectionner les 150 meilleures descendantes et les 30 à 50 mâles nécessaires pour les accoupler.

Françoise Robert, de la chambre d'agriculture de la Drôme : « L'idée est de trouver des marchés collectifs, type restaurateurs ou supérettes. » (DR)

Françoise Robert, de la chambre d'agriculture de la Drôme : « L'idée est de trouver des marchés collectifs, type restaurateurs ou supérettes. » (DR)

 

Des premiers pas significatifs

C'est à cette étape, en 2007, que l'association a décidé de confier la sélection au centre de Béchanne (Ain), « qui est en train créer un conservatoire de race française au sein duquel la grise du Vercors trouvera naturellement sa place et sera sauvegardée », explique Évelyne Tézier. La sélection nécessite 12 000 euros par an. L'objectif est de stabiliser le phénotype et le génotype tout en conservant la rusticité de la Coucou (race mixte), son adaptation au milieu naturel Royans-Vercors, et ses qualités gustatives indéniables. Depuis février 2008, l'association, propriétaire des animaux, commercialise les poussins certifiés et vaccinés issus de la sélection.
En 2007, des poussins ont été placés chez un éleveur amateur afin d'apprécier les performances et le potentiel de la Grise. Les chiffres devront être confirmés par Béchanne, qui doit par ailleurs améliorer certains critères comme la conformité et l'homogénéité. Cependant, pour Françoise Robert, technicienne en production avicole fermière de la chambre d'agriculture de la Drôme « l'objectif n'est pas de faire des performances, mais de conserver la qualité de la chair, même s'il faut 120-140 jours pour y parvenir ».

Le combat pour la réintroduction de la Grise n'est toutefois pas terminé. « Depuis l'activité d'élevage basée sur un cahier des charges, jusqu'à la commercialisation, tout reste à affiner, explique Françoise Robert. L'idée est que des agriculteurs fassent de la Grise en complément et de trouver des marchés collectifs, type restaurateurs ou supérettes. En pratique les surcoûts des poussins et l'organisation de l'abattage posent problème. »
Actuellement, deux lots de 250 et 400 poussins, issus de Béchanne, sont suivis chez des producteurs. Le cahier des charges, encore en chantier, stipule que l'alimentation sera non OGM, avec une finition aux sous-produits de noix, comme il était de tradition dans le Vercors. La zone de production a été également déterminée et quelques clients pointent le bout du nez. Des premiers pas très significatifs pour le devenir de la grise du Vercors.

Organisation de la sélection de la grise du Vercors à Béchanne

Organisation de la sélection de la grise du Vercors à Béchanne

 

Des partenaires soutiennent la grise du Vercors

Au-delà des recherches patrimoniales, Évelyne Tézier et l'association Ouantia ont recréé la race pour la mettre à disposition des éleveurs qui souhaitent diversifier leurs revenus.
. La chambre d'agriculture de la Drôme a apporté son appui technique et donné un envol à ce projet ancré dans le territoire : résurrection d'une race ancienne, lien avec le terroir, biodiversité…
. La chambre consulaire a animé le projet, recherché des financements et trouvé les premiers producteurs pour organiser la vente directe.
. Le Pep Avicole, pôle d'expérimentation et de progrès, a donné un cadre au projet.
. Le Parc naturel régional du Vercors s'est montré intéressé par cette démarche d'agriculture durable et par une production à l'authenticité retrouvée. L'été 2007, il a fait réaliser une étude sur les possibilités de développement auprès des exploitations du Royans Vercors, et sur les débouchés potentiels. Cette étude a fait le point sur le profil des exploitations du Vercors et a clarifié le potentiel de distribution, tout en réfléchissant à la problématique de l'abattage.
Un financement « Poule Grise du Vercors » sur quatre ans doit être obtenu auprès des pouvoirs publics pour faire entrer le projet dans un schéma économique.

Source Réussir Aviculture Mai 2009

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