Réseau Cristal : Zoom synthétique sur les façons de produire des poulets lourds

Pascal Le Douarin

Pour sa traditionnelle réunion annuelle, le réseau regroupant des cabinets vétérinaires, a voulu apporter des éclairages sur la production des poulets lourds.

Le 31 janvier à Nantes, plus de cent vétérinaires, responsables et techniciens d'organisations de production étaient invités par les cabinets vétérinaires du réseau Cristal. Ils ont suivi avec attention des interventions, vétérinaires et surtout zootechniques, ayant trait à la problématique de la production des poulets lourds. Jusqu'à présent, seules deux entreprises en France élèvent des poulets au-delà de 2,5 kg de poids final (Glon en Bretagne et Doux en Centre). Mais depuis quelques semaines, voire quelques mois, d'autres organisations testent la faisabilité technico-économique de ce créneau.
En allant vers du très lourd, c'est-à-dire 4,5 kg et plus, certains y voient le moyen de reconvertir des outils industriels destinés à la dinde.

Claude Toudic, service technique du groupe Hubbard : « Notre philosophie est de limiter la croissance toute la vie du poulet lourd. » (P. Le Douarin)

Claude Toudic, service technique du groupe Hubbard : « Notre philosophie est de limiter la croissance toute la vie du poulet lourd. » (P. Le Douarin)

Boiteries et mortalité d'origine métabolique

Sur le plan de la pathologie, le docteur vétérinaire Dominique Seguin, pratiquant dans le Loiret, a suivi les poulets lourds élevés en région Centre par le groupe Doux. Il souligne deux types de pathologies qu'il a pu particulièrement observer : les troubles locomoteurs et les maladies d'origine métaboliques.
Les premiers sont liés aux inadéquations presque naturelles entre les fortes prises de poids et les programmes d'alimentation, tandis que les seconds — notamment les ascites — sont à relier aux moindres prédispositions respiratoires de ces animaux. La composante génétique est donc importante. Lui faisant suite, les deux fournisseurs de génétique, à savoir Ross (type 708 de préférence) et Hubbard (type Ultra yield de préférence), ont rappelé la nécessité de ne pas faire pousser trop vite ces types génétiques sélectionnés pour faire du rendement, plutôt que de la croissance. Pour simplifier, ces poulets sont des marathoniens du muscle et non des sprinters, à qui il faut laisser le temps de faire du squelette avant de déposer des masses musculaires.

De plus, l'amélioration des rendements en carcasse et en muscle s'est faite au détriment des autres organes, notamment respiratoire et cardiaque. Ils nécessitent une conduite technique en douceur, sans stress. Pour pallier les troubles locomoteurs, Claude Toudic du service technique de Hubbard) conseille, entre autres, de maîtriser deux leviers : la vitesse de croissance et la litière. Les moyens sont nombreux : programme lumineux, rationnement mais à manier avec précaution, présentation de l'aliment, conditions d'ambiance (conduite sous température élevée ou sous température basse).

Jusqu'à présent les poulets lourds faits en France (ici en Bretagne ) sont calibrés pour être abattus sur des chaînes poulets (maximum à 3,5-3,6 kg). (A. Puybasset)

Jusqu'à présent les poulets lourds faits en France (ici en Bretagne ) sont calibrés pour être abattus sur des chaînes poulets (maximum à 3,5-3,6 kg). (A. Puybasset)

 

Démarche intégrée de filière

Au plan alimentaire, Renaud Domitile (Idéna) relate l'expérience acquise par sa firme-services au Canada.
D'abord, il n'existe pas de modèle unique de production. Chaque organisation peut avoir son propre système, avec des variables très diverses en termes de densité, de poids final femelle, de poids final mâle, de productivité, ou de desserrement. En tout état de cause, le nutritionniste préconise une véritable démarche intégrée qui échappe à la recherche de gain à court terme sur chaque maillon. Pour faire du poulet lourd, c'est le résultat final qui compte. L'investissement sur l'aliment est nécessaire, notamment au démarrage. Par ailleurs, il insiste sur les apports vitaminiques et minéraux supplémentaires destinés au renforcement osseux, sur la diversification des matières premières (réduction des déséquilibres électrolytiques), sur la présentation de l'aliment (afin de contrôler la croissance), et sur l'investissement alimentaire dans la sécurité digestive.
Pour terminer cette journée, les témoignages, canadien et italien, ont souligné que le poulet lourd pouvait s'élever sous toutes les latitudes et sous tous les climats. À quand son développement en France ?

Source Réussir Aviculture Mars 2008

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