Technicien avicole : Le maillon en mutation

Hervé Dumuis

Le technicien est un maillon incontournable. Excellent techniquement, il est aussi reconnu pour ses capacités relationnelles. Mais pour rester en phase avec son environnement, ses compétences devront encore évoluer.

Le technicien avicole a beaucoup évolué. Eugène Goater, vétérinaire retraité actif se rappelle : « Dans les années 50-70, les entreprises amont ont recruté des agents de relation avec les producteurs. Ils étaient formés sur le tas. » Progressivement, des formations se sont mises en place et le niveau est passé à Bac puis BTS.
Aujourd'hui le profil type du technicien avicole est le titulaire d'un BTS agricole ayant suivi une formation de conseiller avicole à Ploufragan. Une autre évolution notable, subie par le technicien a été la perte progressive de son influence au niveau sanitaire. Depuis les années 70, tout médicament doit avoir une autorisation de mise sur le marché et un décret récent interdit au technicien de réaliser un diagnostic pathologique et la prescription de médicaments. Mais comme le rappelle justement l'association des techniciens de Ploufragan, « son rôle face aux pathologies aviaires est de déclencher l'alerte » permettant au vétérinaire la mis en place du traitement approprié.
En pratique, certains techniciens rappellent que la limite entre ce qui leur est légalement possible de faire et la réalité de leur métier est assez fine…

Le technicien représente à la fois l'entreprise qui l'emploie et ses éleveurs, sans pouvoir pencher ni d'un côté ni de l'autre. (H. Dumuis)

Le technicien représente à la fois l'entreprise qui l'emploie et ses éleveurs, sans pouvoir pencher ni d'un côté ni de l'autre. (H. Dumuis)

Un homme ou une femme passionnée

Le technicien est un avant tout un homme ou une femme passionnée par son métier. Il y passe du temps, il se forme régulièrement, il aime la liberté d'action dans laquelle ses capacités relationnelles font merveilles. Sa plus grande satisfaction est de sentir se créer des relations de confiance avec ses éleveurs, de les voir progresser et d'avoir ce sentiment légitime du travail accompli.
Sur ce point, il est parfois en manque. Les techniciens ont besoin qu'on leur dise quand ils font du bon travail. Encore mieux si l'éleveur passe un petit coup de fil au patron ! Les éleveurs admettent le rôle essentiel du technicien, c'est leur référent technique. C'est aussi celui qui assure la veille sanitaire et réglementaire car les choses évoluent rapidement. Ils sont unanimes « le technicien doit aller au-delà de la technique ». C'est donc aussi celui qui les écoute et les encourage. Eux aussi aimeraient bien que le technicien les félicite plus souvent. Comme par pudeur ou par peur que l'autre prenne « la grosse tête », éleveurs et techniciens voient plus souvent le détail qui cloche que celui qui brille.

D'après Roger Le Guen, sociologue et enseignant à l'ESA d'Angers « il y a une rupture par rapport aux années 70 où la modernisation de l'agriculture s'est faite main dans la main entre agriculteurs et techniciens. Il faut retrouver plus de coopération et de respect car le monde est devenu dur commercialement ». Pas facile pour le technicien qui comme le souligne Pascal Azam, directeur des productions animales de la coopérative landaise Maïsadour « représente à la fois l'entreprise qui l'emploie et ses éleveurs, sans pouvoir pencher ni d'un côté ni de l'autre ».

D'après Roger Le Guen, sociologue et enseignant à l'ESA d'Angers « il y a une rupture par rapport aux années 70 où la modernisation de l'agriculture s'est faite main dans la main entre agriculteurs et techniciens. Il faut retrouver plus de coopération et de respect car le monde est devenu dur commercialement ». Pas facile pour le technicien qui comme le souligne Pascal Azam, directeur des productions animales de la coopérative landaise Maïsadour « représente à la fois l'entreprise qui l'emploie et ses éleveurs, sans pouvoir pencher ni d'un côté ni de l'autre ».

Des compétences à étoffer

Au-delà d'un besoin de clarté sur la partie sanitaire, le technicien va devoir faire face à des éleveurs de plus en plus formés et étoffer ses compétences, notamment en analyse. Et l'offre de formation devra évoluer. Nicole Le Hir, déléguée régionale Bretagne pour l'Apecita déplore « qu'en Bretagne on ne dispose pas d'une formation de niveau Licence voire Master ». Avipôle Formation tente d'y répondre. Car les entreprises commencent déjà à recruter des techniciens avec des diplômes d'ingénieur. Si comme le souligne Christophe Chrétien, directeur de la branche Sanders Bretagne ou Bruno Mousset, directeur opérationnel de LDC amont « cette tendance ne devrait pas se généraliser en aviculture ». Le modèle évoqué par Christophe Chrétien est celui « d'éleveurs de haut niveau face à un référent généraliste de niveau ingénieur s'appuyant sur des spécialistes comme le technicien actuel ». Le technicien restera donc un spécialiste, d'autant mieux reconnu qu'il aura su trouver une nouvelle place pour conserver son statut de pivot.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Aviculture de juin 2009. (RA n°147 p. 10 à 19).

Source Réussir Aviculture Juin 2009

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