Un milliard et demi de poules dans l'empire du Milieu : Une poule pondeuse sur deux est chinoise

Julienne Nezan et Pascal Le Douarin

En Chine, deuxième puissance économique mondiale, l'oeuf est devenu en près de trente ans une source quotidienne de protéines à bas prix.

La Chine est fière des technologies qu'elle exporte dans le monde entier. Ordinateurs, iPhones et réfrigérateurs ne concernent cependant qu'une petite minorité de Chinois urbains et aisés qui adoptent des modes de consommation occidentaux et fréquentent des hypermarchés ultra-modernes. L'autre face de la Chine, moins médiatisée, est celle des campagnes. Pour les 720 millions d'habitants qui vivent sur des fermes minuscules, de l'ordre d'un hectare par famille, l'élevage de volailles, pour la viande et surtout pour ses oeufs, constitue une alimentation renouvelable et une source de revenus. Et pour les Chinois urbains pauvres, pour ceux qui travaillent dans les usines, l'oeuf est la source de protéines animales la plus abordable. Selon le professeur Ning Yang, de l'université agricole de Pékin, en 2009 la consommation moyenne individuelle était proche de 20 kilogrammes. Ce ne fut pas toujours le cas.

Minoritaires mais en constante progression, les oeufs des complexes de ponte intégrés sont lavés et conditionnés en emballage attractif pour être commercialisés dans les magasins modernes. (J. Nezan)

Minoritaires mais en constante progression, les oeufs des complexes de ponte intégrés sont lavés et conditionnés en emballage attractif pour être commercialisés dans les magasins modernes. (J. Nezan)

Fin de siècle euphorique

Jusqu'à la fin des années 70, la production d'oeufs a été uniquement le fait d'élevages familiaux recyclant leurs déchets dans leur basse-cour et autoconsommant leurs produits. La production ne dépassait pas les 3 millions de tonnes avec une consommation individuelle inférieure à 3 kilogrammes par an.
Le développement démographique, l'urbanisation et une nouvelle volonté politique vont bouleverser le modèle traditionnel. Avec l'ouverture à une forme d'économie de marché décidée par le Parti, l'offre va s'envoler à partir de 1979. Le décollage se réalise avec l'importation de souches européennes et américaines, l'adoption de techniques d'élevage rationalisées et la création d'élevages modernes autour des grandes villes. Les aides de l'État sur les céréales vont permettre de produire à bas prix. La production progresse de 7,5 % par an jusqu'en 1990.
Avec un taux de croissance annuelle de 8 %, les années 90 seront encore plus dynamiques. Le professeur Ning Yang l'explique par la conversion des petits fermiers aux méthodes modernes et au marché. Des millions de fermiers se sont mués en businessman. Une concentration se produit dans les régions du Nord, productrices de céréales ou des bassins de consommation faciles d'accès. Les volumes d'oeufs produits passent de 9,5 millions de tonnes en 1991 à 22,2 millions en 2000.

Sur un marché. Les oeufs durs constituent un en-cas apprécié. (J. Nezan)

Sur un marché. Les oeufs durs constituent un en-cas apprécié. (J. Nezan)

 

Débuts de segmentation

Au changement de siècle, l'offre et demande atteignent un certain équilibre et la croissance ralentit fortement. Selon des statistiques chinoises, la production atteignait 23 millions de tonnes en 2008, avec un cheptel estimé à 1 480 millions de poules et une productivité moyenne de 15,5 kilogrammes par poule.
Dans le même temps, la compétition s'est accrue entre les producteurs. Les problèmes sanitaires, notamment l'influenza aviaire, ont perturbé l'industrie de l'oeuf. D'un développement quantitatif, le secteur se tournerait vers une offre plus qualitative. La production a tendance à se déconcentrer géographiquement pour diminuer le risque sanitaire (difficultés à maintenir la chaîne de froid) ainsi que les coûts de transport, et à miser sur le marché de l'oeuf frais.
Comme ailleurs dans le monde, les consommateurs urbains deviennent plus exigeants. Ils s'intéressent à leur santé et à l'environnement. Des oeufs plein air et bio sont apparus. Pourtant, les oeufs sont encore majoritairement et traditionnellement vendus sur les marchés, sans étiquetage ni traçabilité. Minoritaires mais en constante progression, ceux des complexes de ponte intégrés sont lavés, paraffinés et conditionnés avant d'être commercialisés dans les magasins modernes.

Dans le futur, le secteur continuera à progresser mais plus lentement prédit le professeur Ning Yang. La consommation chinoise devrait atteindre 25 millions de tonnes en 2020 et 30,5 millions en 2030. Le talon d'Achille du secteur de l'oeuf (et des autres productions animales) est son approvisionnement en matières premières. La production d'aliments du bétail est passée de 1,1 million de tonnes en 1980 à 137 millions en 2008. Les animaux d'élevage industriels ont consommé 41 % de la production chinoise de grains en 2008 (205 millions de t). La Chine doit faire de plus en plus appel à l'importation pour ses protéines : 60 % du soja, de la farine de poissons et des acides aminés synthétiques proviennent du continent américain. La Chine ne sera pas la ferme de ponte du monde. À peine 0,3 % des oeufs seraient transformés par moins de 500 entreprises et le pays est quasiment absent du marché international.

 

Source Réussir Aviculture Mai 2011

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