Vaccination au couvoir : L'injection « in ovo », une technologie de pointe

Armelle Puybasset

L'injection « in ovo » consiste à vacciner les oeufs à couver deux à trois jours avant l'éclosion. L'arrivée de vaccins de nouvelle génération ouvre de belles perspectives à cette technologie.

Vacciner un poussin avant qu'il ne sorte de sa coquille : c'est ce que permet l'injection in
ovo. Cette technique a initialement été développée pour vacciner les poulets de chair contre
la maladie de Marek. L'objectif était d'assurer une vaccination de chacun des poussins et
de stimuler précocement leur immunité pour avoir une protection optimale dès les premiers
jours de vie. La société Embrex, filiale du laboratoire Pfizer et leader sur ce marché, a
inventé cette technique et a commencé à la commercialiser aux États-Unis au début des
années 90. « Elle s'est depuis largement diffusée. Chaque année dans le monde, près de
15 milliards de poulets sont vaccinés par la voie in ovo avec le système Inovoject, a indiqué
Claire Biener, d'Embrex lors des Rippa(1) à Rennes en juin dernier, soit près d'un tiers de la
production mondiale de poulets de chair. » En France, les couvoirs équipés d'une machine
d'injection in ovo sont encore peu nombreux (moins d'une dizaine) et l'utilisent
essentiellement pour vacciner les poulets label contre la maladie de Marek. Mais depuis
peu, l'éventail des vaccins injectables in ovo s'est élargi avec l'arrivée sur le marché de
deux vaccins recombinants contre la maladie de Gumboro administrés au couvoir.

« De nouveaux vaccins protégeant contre d'autres virus avicoles et utilisant l'injection in ovo
sont à l'étude. À terme, les vaccinations ne se feront pratiquement plus en élevage mais au
couvoir », estime Ephrem Adjanohoun, de la société E-Cat, autre fabricant de robots
d'injection, lors de la journée des techniciens avicoles de Ploufragan. Le développement de
vaccins de nouvelles technologies ouvre donc de belles perspectives à cette technique.

Avec l'injection in ovo, la vaccination est à la fois individuelle et collective. Les injections sont réalisées par plateaux avec un injecteur pour chaque oeuf. (Embrex )

Avec l'injection in ovo, la vaccination est à la fois individuelle et collective. Les injections sont réalisées par plateaux avec un injecteur pour chaque oeuf. (Embrex )

 

Injection lors du transfert

La vaccination in ovo consiste à percer la coquille de l'oeuf, à traverser la chambre à air et
à
injecter par une aiguille une dose de vaccin dans le liquide amniotique ou dans l'embryon.
L'injection est réalisée au cours du transfert des oeufs à couver de la salle d'incubation vers
la salle d'éclosion, c'est-à-dire entre J17 et J19, J0 correspondant au début de la mise en
incubation. « En dehors de cette fenêtre, l'éclosabilité peut être affectée, explique Claire
Biener. Plus que l'âge d'incubation, c'est le stade de développement embryonnaire qui
importe le plus. » Celui-ci fluctue en fonction de la souche et des paramètres d'incubation. «
Une injection trop précoce peut abîmer l'embryon ou les structures de l'oeuf (trop invasif).
Si
elle est tardive, les risques de mortalité embryonnaire sont liés à la casse des oeufs. Les
embryons commencent à bêcher à partir de 19 jours et le transfert par vide d'air (système
de ventouses) est plus difficile. »

La coquille percée par une aiguille

Généralement, la machine à injection in ovo est installée dans la salle de transfert. La
vaccination a lieu directement sur les plateaux d'incubation. Elle est réalisée après mirage et
élimination des oeufs clairs (non fertiles). De ce fait, seuls les oeufs embryonnés reçoivent
une dose de vaccin. Il existe plusieurs techniques d'injection. La plus courante est la
méthode du trocart utilisée par Embrex. Le concept d'« aiguille dans l'aiguille » du système
Inovoject comprend une aiguille externe spécialement conçue pour percer la coquille
(trocart) et une seconde aiguille à l'intérieur pour l'injection. Leurs caractéristiques sont
différentes (biseau, longueur et diamètre). « Le trocart perce la coquille de façon précise
sans la casser et ne rentre pas dans la cavité embryonnaire (risque limité de transmission
de micro-organismes de la coquille à l'embryon). Le diamètre de l'aiguille interne est adapté
pour percer les membranes. »

Le système d'injection d'Embrex est composé d'un trocart qui perce la coquille sans rentrer dans la cavité embryonnaire et d'une aiguille qui injecte le vaccin. (Embrex)

Le système d'injection d'Embrex est composé d'un trocart qui perce la coquille sans rentrer dans la cavité embryonnaire et d'une aiguille qui injecte le vaccin. (Embrex)

 

Hygiène du couvoir optimale

La société E-Cat propose une autre technique Eginject — qui consiste à injecter en deux
temps (à deux vitesses) avec une même aiguille. « Dans un premier temps, l'aiguille perfore
rapidement la coquille afin de faire un trou net et d'éviter de créer des fissures. Puis, sa
vitesse est ralentie pour pénétrer délicatement dans la chambre à air et dans le liquide
amniotique », explique Ephrem Adjanohoun. Quelle que soit la technique utilisée, l'aiguille est
désinfectée après chaque injection pour éliminer tout risque de contamination. Les
avantages de l'injection in ovo mis en avant par les fabricants sont nombreux.
Tout d'abord, elle garantit que tous les embryons sont vaccinés avec une dose uniforme
(0,05 ml) et réduit sensiblement le temps de travail et les besoins en main-d'oeuvre. Les
injections sont réalisées par plateau entier, avec un injecteur pour chaque oeuf. Elle permet
donc des cadences élevées (entre 30 000 à 60 000 oeufs par heure).
Au niveau du poussin, la vaccination in ovo permet une stimulation précoce du système
immunitaire. La manipulation des oiseaux à l'éclosion est limitée (moins de stress des
poussins). Bien entendu, tous les couvoirs ne peuvent s'équiper d'une telle machine. La
taille critique est d'environ 300 000 éclosions par semaine (la quantité de vaccin nécessaire
pour amorcer la machine est assez conséquente).





Par ailleurs, la vaccination in ovo exige une parfaite maîtrise des conditions d'hygiène au
couvoir. « Avec l'injection in ovo, nous faisons un trou dans un milieu de culture potentiel.
Les deux barrières protectrices que sont la coquille et la membrane de la chambre à air
sont rompues. Les risques de contamination microbienne sont donc réels », prévient Claire
Biener. Les règles d'asepsies doivent être respectées : absence de microbes dans
l'environnement du couvoir (notamment de spores d'Aspergillus) ; préparation du vaccin
dans des conditions d'hygiène strictes ; désinfection de la machine après chaque utilisation
par des cycles de nettoyage. « Le contrôle des risques de contamination est le point clé
d'une vaccination in ovo réussie », conclut la vétérinaire. (Embrex)

(1) Rencontres interprofessionnelles de pathologie aviaire organisées par le groupe Chêne
Vert.

Source Réussir Aviculture Septembre 2008

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