CER FRANCE Finistère / Légumes de plein champ : Planifier, se comparer, s'ouvrir

Marie-Françoise MENGUY

Comment faire pour tenir la barre dans une conjoncture mouvementée ? Voici trois témoignages en production légumière : un producteur spécialisé, un conseiller d'entreprise et un ingénieur études.

Qu'est-ce qui fait qu'on peut réussir aujourd'hui en légumes ?

Christian Stéphan : je pense que l'un des principaux critères de réussite, en tout cas pour nous, c'est de s'être spécialisés. Cela nous a permis de pouvoir investir dans du matériel spécifique, surtout pour les récoltes, qui sert pour les deux cultures. Du coup, le retour sur investissement est plus rapide. La spécialisation nous permet aussi de ne pas nous disperser et donc d'être plus efficace sur ce que l'on fait.
Ensuite, en choux-fleurs; pour dégager du revenu, le plus important, c'est le planning de plantation. Il faut le préparer dès le départ, le plus pointu possible, pour jongler avec les variétés et les dates de plantation. Au final, l'objectif est de n'avoir aucun trou de production sur la saison et d'avoir des rentrées de trésorerie régulières. Autrement dit, il faut des coupes tous les jours !

Christian Stéphan, en Gaec avec son frère à Sibiril (Finistère).

Christian Stéphan, en Gaec avec son frère à Sibiril (Finistère).

Le pilotage, la gestion, sont-ils importants pour vous ?

C.S. : notre comptable, Marie-Laure Jézéquel, suit régulièrement l'exploitation, on la voit 3 ou 4 fois par an. On étudie de près le bilan, le compte de résultats, les performances techniques. Et les chiffres parlent d'eux-mêmes ! On voit ce qui marche, ce qui ne marche pas.

Se comparer aux autres, est-ce un moyen de progresser ?

C.S. : C'est rassurant d'avoir un système de comparaison avec les autres, pour savoir si on est toujours dans les clous ou pas. S'en passer complètement, ce serait se fermer sur soi-même, et ça serait la plus mauvaise chose. En fait, pour être dans les bons, il faut être le plus ouvert possible.

L'avis de Marie-Laure Jézéquel, conseillère d'entreprise

« Il faut intégrer dans sa gestion la variabilité des cours. Ce que je conseille aux adhérents, c'est de garder l'équivalent de 2 annuités bancaires de côté et de respecter des critères d'endettement à l'hectare. En légumes classiques, je dirais de ne pas s'endetter plus de 500 € par hectare, pour faire face aux moments difficiles ». J'insiste aussi sur la main-d'oeuvre, familiale ou salariée ; c'est le premier poste de charge en légumes frais : de l'ordre de 40 % en chou-fleur, artichaut ou en endive par exemple. Lorsqu'il y a une nouvelle culture d'envisagée, il faut bien s'assurer qu'elle ne viendra pas pénaliser l'organisation en place. »

Marie Laure Jézéquel, conseillère d'entreprise à CER FRANCE Finistère

Marie Laure Jézéquel, conseillère d'entreprise à CER FRANCE Finistère

 

L'avis de Jean-Jo Castel, ingénieur d'études

Il n'y a pas un modèle type de l'exploitation qui marche. C'est un ensemble de facteurs qui aboutit à la rentabilité. Ce qu'il faut, c'est viser la cohérence de son système. Mais des pistes se dégagent néanmoins.
Quand on analyse les écarts de résultats, des tendances lourdes ressortent. Les exploitations qui dégagent les meilleurs résultats réalisent de meilleures performances technico-économiques. En terme de marge brute, c'est le chiffre d'affaires qui fait la différence : forte incidence du rendement, mais aussi dans une moindre mesure, du prix de vente. La technique reste primordiale.
Les légumes étant vendus au kilo ou à la tête, il importe de traduire ses coûts à l'unité de vente. Un point d'équilibre de 4 260 € par hectare en chou-fleur, c'est 0,61 € la tête avec un rendement de 7 000 têtes par hectare. Mais si votre rendement passe à 10 000, votre point d'équilibre descend à 0,43 € la tête.
La diversification n'est pas payante en 2009/2010, ce ne sera pas le cas, vu la conjoncture désastreuse en échalote et la bonne tenue du prix du chou-fleur d'hiver. Mais sur les dernières années, les exploitations légumières « diversifiées » s'en sortent un peu mieux que les « traditionnelles » (choux, artichauts, pommes de terre).
Les légumes comme l'échalote, la salade, nécessitent d'engager plus de frais : main-d'oeuvre, mécanisation, irrigation en particulier. La priorité sera de valoriser ces charges par un chiffre d'affaires maximum. En 2008/2009, le quart supérieur en terme de revenu réalisait 70 000 € de produits de plus que le quart inférieur avec un peu moins de charges.

Jean Jo Castel, ingénieur études à CER FRANCE Finistère

Jean Jo Castel, ingénieur études à CER FRANCE Finistère

 

Source CER FRANCE Finistère

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