La filière française de la lentille se structure

Lise Monteillet

La filière française de la lentille se structure
© FOP

Rencontre avec François Perrot, le président de l’Association nationale interprofessionnelle des légumes secs (Anils), qui regroupe producteurs, collecteurs et conditionneurs. Cette association est financée par une nouvelle CVO, effective dès la récolte 2016. L’objectif : lever des verrous techniques grâce à la recherche et l’expérimentation.

Quelles productions fédèrent l’Anils ?

François Perrot : Pour l’instant, nous travaillons essentiellement sur la lentille, car, à l’origine, la démarche est partie de deux bassins de production sous label, qui ont souhaité travailler ensemble sur le plan technique. Mais nous sommes ouverts à d’autres productions :  pois chiches, haricots secs, demi-secs…

Que savons-nous sur la production de lentilles en France ? 

F.P : La lentille se cultive dans plusieurs régions. Deux bassins bénéficient de signes officiels de qualité : la lentille verte du Puy sous AOP et la lentille verte du Berry sous Label rouge et IGP. La lentille se cultive aussi dans la Marne, dans l’Aube, en Vendée et dans le Sud-ouest. La collecte nationale est estimée autour de 25 000 tonnes. Ce chiffre est en réalité assez flou car la production de lentilles n’est pas encore répertoriée par FranceAgriMer. De plus, la récolte 2016, qui va commencer, n’est pas encore connue.

Quel est l’intérêt d’insérer des lentilles dans son assolement ?

F.P : C’est une culture de printemps qui permet d’allonger les rotations. De plus, la lentille est fixatrice d’azote.  Cette production est rémunérée correctement, de l’ordre de 650 € la tonne sous le label du Berry. Le prix est plus élevé pour la lentille verte du Puy. Il s’agit néanmoins d’une culture à risques. La plante verse régulièrement. Quand il pleut, elle est très dure à récolter. La lentille a du potentiel de développement. La moitié de la consommation française est importée, surtout du Canada.

Comment est financée l’Anils ?

F.P : Elle sera financée par une cotisation volontaire obligatoire (CVO), un dispositif qui vient d’être publié au Journal officiel. Le montant a été fixé à 11 € la tonne, hors taxe. Mettre en place une CVO est toujours polémique car les producteurs doivent payer. Mais si les agriculteurs ne prennent pas les choses en main, personne ne viendra aider la production de légumes secs. Grâce à la CVO, nous allons pouvoir financer des expérimentations techniques pour protéger la culture. En matière d’insecticide, notamment, nous rencontrons de gros soucis avec la bruche. Nous avons aussi besoin de réaliser de la recherche variétale, car la seule variété cultivée en France, Anicia, a plus de 50 ans ! Pour cela, nous devrons trouver de nouveaux financements, notamment auprès des pouvoirs publics.

La crise agricole risque-t-elle de compromettre le développement de l’Anils ?

F.P : Nous espérons que la récolte de lentilles sera bonne. Il faut avancer, sinon notre petite filière va disparaître. Dans les années 1990, la production est tombée très bas. Nous avons réussi à la relancer en misant sur la qualité. Cela n’a pas été facile, face au Canada. Mais nous y sommes parvenus. Aujourd’hui, nous devons conforter la production, même si cela tombe dans un contexte très compliqué pour l’agriculture française. Terres Univia, l’interprofession des huiles et protéines végétales, nous a beaucoup aidés pour créer notre association.

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