Système U affiche ses marges

Florence Doucet, responsable filière fruits et légumes, Crédit Agricole SA

Système U affiche ses marges

L’enseigne coopérative tient à affirmer sa différence et le dit bien haut en affichant, mois après mois, de nouveaux partenariats avec les filières agricoles. Ces partenariats passent par une contractualisation prix/volumes/qualité et par une décomposition du prix de détail, affichée de façon explicite en magasin.

Après le lait bio (Biolait) et la pomme (BVL, Mesfruits et Cardell), U a lancé une nouvelle offre de produit frais à prix « transparent » : le kiwi. Pour ce produit, U a fait le choix d’une barquette quatre fruits variété Hayward, livrée par la coopérative Scaap Kiwifruits de France.  Pour d’autres produits, l’enseigne a contractualisé sur des engagements en terme d’agriculture durable, avec des filières certifiées Agriconfiance. C’est le cas pour le vin de Buzet et les légumes surgelés Gelagri.

Les opérateurs impliqués dans ces différents partenariats se félicitent de la précision des cahiers des charges et de l’attention portée au prix producteur, une nouveauté dans l’univers de la grande distribution.  Système U affirme vouloir développer ses offres de produits frais à marges affichées : l’enseigne a des projets avancés sur les agrumes et la pomme de terre. Cette démarche s’inscrit bien entendu dans des campagnes de communication, et  les produits issus de ces partenariats portent tous la marque U : elle n’en est pas moins originale et même porteuse d’innovation.

Une réponse à la méfiance des consommateurs

Non seulement elle crée une différenciation sur des produits peu marketés, voire banalisés, mais elle constitue également une réponse aux doutes et à la méfiance des consommateurs. Méfiance sur les pratiques culturales et sur l’origine des produits, doutes et suspicion sur les marges réellement pratiquées par les enseignes. Et ce sujet est plus que jamais d’actualité : le rapport de l’Observatoire des prix et des marges, dit rapport Chalmin, n’a-t-il pas fait apparaître des taux de marge brute très importants sur les produits frais ? et singulièrement sur les fruits et légumes, y compris les moins chers ? Ces taux de marge étant par ailleurs très variables selon les produits.

Compensation des pertes en rayon, péréquation des marges avec les produits d’épicerie et les boissons, ou tout simplement prise en compte de frais fixes correspondant aux m² immobilisés : de nombreux facteurs entrent en jeu, et les professionnels des filières auraient souhaité que les chiffres fournis par la grande distribution pour cet exercice soient plus précis. Au-delà de ces controverses, force est de constater que le prix payé par le consommateur de fruits et légumes frais, par exemple, comporte 35 à 60% de marge commerciale. 

Une démarche transparente et pédagogique

La démarche de Système U dans ce contexte est à la fois transparente et pédagogique : en affichant la décomposition d’un prix on rend la marge compréhensible et on la situe dans un contexte de filière, pour un produit résultant d’un cahier des charges précis, dont le consommateur est en droit d’attendre une qualité donnée.

Reste à suivre dans le temps cette intéressante expérience : les contrats seront-ils poursuivis, les cahiers des charges respectés de part et d’autre, et le consommateur choisira-t-il d’encourager ce type de démarche en achetant plus de volumes ? Les concurrents de Système U choisiront-ils, dans ce cas, de s’investir dans une démarche qui peut être analysée comme une amorce de commerce équitable « nord-nord » mais aussi comme un relais de croissance? Et s’ils le font, y aura-t-il progrès des filières ou banalisation des produits et destruction de valeur ? Les paris sont ouverts.

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